‹ Les combats du Général de Négrier au TonkinChapitre 12 sur 19 · HA-HO ET NOLI-BOP · texte numérisé non relu

HA-HO ET NOLI-BOP

du fossé se trouvait une double palissade de bambous fortement reliés entre eux.

Ces forts, généralement carrés, ayant de 80 à 100 mètres de côté, contenaient chacun de 50 à 60 grandes et belles lentes régulièrement alignées. Le front d'attaque était armé d'une batterie de quatre canons Kiupp, le fort de Test était armé d'une seconde batterie de six pièces Krupp.

Cet ensemble d'ouwages constituait le camp retranché du Noui-Bop. Les renseignements étaient lom de faire soupçonner son importance, il avait d'ailleurs été construit avec une rapidité remarquable et n'était pas encore complètement achevé. Les cantonnements de l'ennemi s'étendaient dans les villages qui entourent ce camp à Touest et au sud.

Il résultait de la disposition de ces cantonnements qu'une attaque menée par la route de Chu à Ân-Chau ne faisait que rejeter l'ennemi sur des positions plus fortes, tandis que l'assaillant était exposé à être attaqué sur ses derrières par un corps débouchant de Dong-Song par Deo-Van.

En conséquence, le général de Négrier se résolut à Taire une démonstration sur cette route au moyen des troupes de sortie de la garnison de Chu, tandis qu'avec toutes ses forces il déroberait sa marche en remontant la rive gauche du Loch-Nan par un sentier de la montagne. Il se proposait aussi d'atteindre un gué qui lui avait été signalé sur le Loch-Nan, près du village de Dao-Bé, et, après avoir repassé sur la rive droite, de prendre pied sur les hauteurs de Phong-Cot. Un mouvement offensif dans cette direction coupait l'ennemi de sa ligne de retraite sur An-Chau.

Le 3 janvier, les troupes rompent à six heures du matin, franchissent le Loch-Nan au gué de Taï-Lam et.

se formeûi entre Je village de To-Duong et le fleuve, face à l'est, en position de rendez-vous dans Tordre suivant : Avant-garde (commandant Mahias): un peloton de chasseurs d'Afrique, 2 sections de Tonkinois, section du génie, bataillon d'infanterie de marine, 11^ batterie du 12«, section d'ambulance légère. — Gros (lieutenantcolonel Herbinger), bataillon du 1H% bataillon du 143*, 3* bataillon du 3® tirailleurs algériens, 12® batterie du 12*, ambulance, section télégraphique, réserve de cartouches j et convoi. — Arrière-garde (capitaine Cotter): une

compagnie de la légion, la demi-compagnie restant disponible, divisée en deux sections, comme soutien des batteries.

A huit heures la marche est reprise.

^^ Le temps est gris, brumeux ; par moments un épais

brouillard tombe sur la vallée ; impossible de voir à plus ' de trois mètres en avant de soi. Aussi le général de

;3 Négrier, en chef aussi prudent qu'expérimenté, fait

arrêter sa colonne, former les faisceaux et masser le • convoi, en attendant que l'on puisstï s'aventurer en

- toute sécurité sur les collines broussailleuses qui font

•% face et où Ton sait que sont postés les éclaireurs

ennemis.

Quand le brouillard se dissipe, la colonne reprend sa marche oflTensive et se met en mouvement dans un ordre de colonne en bataille des mieux entendus et des mieux ordonnés. La section du génie marche à l'avantgarde avec des mulets chargés de pelles et de pioches, pour nous frayer le passage, là où il sera nécessaire.

Le sentier suivi traverse une région difficile et franchit un grand nombre de ravins et de ruisseaux à l'eau jaunâtre, dont les rampes glissantes occasionnent de nombreuses culbutes. Les sapeurs du génie ont de la peine , à améliorer les passages.

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A une heure, Tavant-garde atteint le gué de Dao-Be, Ce gué est profond, le courant rapide. La riv«. droite est presque taillée à pic et infranchissable pour les mulets portant notre artillerie de montagne. Le. génie établit une rampe. La conduite de nos sapeurs est vraiment admirable. Depuis le matin, ces braves gens, exténués de fatigue, couverts de boue, travaillent sans relâche et sans prendre un seul instant de repos.

Les troupes, à mesure qu'elles passent, prennent la formation de rassemblement dans un pli de terrain boisé qui masque des vues de Textérieur. Le passage présente tant de difficultés que le gros ne termine son mouvement qu'à quatre heures*

Cette perle de temps a permis à Fennemi d'être averti de la marche de la colonne*

A peine Tavant-garde a-t-elle commencé son mouve-. ment dans la direction de Phong-Cot, que le général de Négrier, d'un sommet où il examine les ennemis, aperçoit une ligne chinoise garnissant les crêtes et d'autres groupes marchant à notre rencontre par le chemin de Phong-Cot qui suit le thalweg d'une vallée profonde.

Une section de l'artillerie de l'avant-garde est mise en position, et presque aussitôt le reste de la batterie. L'avant-garde (Tonkinois et infanterie de marine) déploie en même temps vers la gauche et çst aussitôt attaquée.

La position de l'entiemi ne tarde pas à se dessiner. Il a pris, par sa gauche, appui sur une crête barrapt l'horizon et dominant notre position, tandis qu'avec d'autres forces il suit la vallée et marche résolument à Tattaque de notre avant-garde .

Deux compagnies d'infanterie de marine (compagnies . Salles et Tailhan) éclairées à leur gauche par les tirailleurs tonkinois du capitaine Beauquesne, sont envoyées pour

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tenir uae croupe que rennemi est sur le point d'atteindre ; la fusillade s'engage de ce côté.

Il est quatre heures. La ligne chinoise, placée sur la crête de gauche, entre également en action ; l'artillerie est mise tout entière en batterie et prend pour objectif le mamelon dominant occupé par les Chinois.

L'infanterie de marine prend roffensive, et refoule Tenncmi jusqu'à un petit bois oi il essaye de s'arrêter.

L'artillerie ayant préparé l'attaque , le général do Négrier donne l'ordre au lieutenant-colonel Herbinger

^ de faire enlever le sommet dominant par le bataillon du

^ 143® (commandant Farret), soutenu par le bataillon du

.. 1H« (commandant Faure).

Les compagnies de première ligne du 143® (3® et 4*, lieutenant Thibaut et capitaine Dautelle) se portant rapidement en avant et ne commencent le feu qu'à trois cents mètres.

La position ennemie est défendue par une troupe à l'uniforme particulier. Les soldats ont la tête et les épaules recouvertes d'une étoffe jaunâtre à rayures noires imitant la peau du tigre. C'est le fameux régiment Tigre impérial, une des meilleures troupes de la bannière jaune et entièrement composé de Tartares.

Après quelques instants de feu rapide, le 14o^ s'élance à l'assaut. Un officier de haute stature est en avant de tous. C'est le lieutenant Desloges, jeune Breton de vingt-sept ans, fils d'un banquier de Morlaix.

Il est réputé pour êtrrfun des officiers les plus grands de loute l'armée : à Saint-Cyr on avait été obligé de lui fabriquer un lit spécial.

Son courage est du reste à la hauteur de sa taille; arrivant le premier sur le sommet, il aperçoit le drapeau du Tigre impérial, magnifique étendard en soie jaune brodée d'or, et qui est entouré par une troupe d'élite. Il

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s'élaoce vers ce drapeau, le rejoint, abat d'un coup de sabre l'offîcier qui le porte, et, s'emparaut de ce trophée, l'agite trioiQphalement.

Cest le signal de la déroute de l'ennemi, qui abandonne le mamelon , poursuivi par le feu de notre infanterie.

Il est quatre heures et demie. L'infanterie de marine,

en continuant son mouvement, rivalise avec le 143' pour aborder la ligne chinoise. Celle-ci montre encore une cert^ne ténacité et n'est mise en fuite qu'à cinq heures trente-cinq.

En une heure et demie les positions ennemies oui été enlevées, et nos braves soldats ont délogé tîjOOO réguliers.

L'obscurité, devenue complète, arrête la poursuile. Les troupes engagées reçoivent l'ordre d'attendre vit leurs positions le lever de la lune.

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Au débouché du défilé, on a, daus l'après-midi, aperçu le village de Phong-Cot et de nombreuses tentes. H est nécessaire d'occuper ce village qui couvre le débouché.

Le général de Négrier donne Tordre au colonel ller- I biuger de faire passer la ligne par le bataillon du 11 1**

j et d'enlever Phong-Cot ; en même temps il prescrit au

bataillon d'infanterie de s'établir sur un sommet très I élevé dominant Phong-Cot au nprd-ouest pour assurer

1 le flanc gauche du défilé du lendemain.

La 12® batterie du 12® (capitaine Saxcé)eet amenée sur N la crête conquise par le 143". A une heure du matin,

■ j ces mouvements sont achevés sans combat, l'ennemi

ayant évacué Phong-Cot.

Trois compagnies du 111® y prennent position, tandis que la compagnie Verdier, du mênie bataillor, est placée en grand'garde dans une pagode entourée d'un petit bois, à 300 mètres environ au nord de Phong-Cot.

Jusqu'à quatre heures du matin, tout est tranquille aux avant-postes ; toutefois, de la compagnie Verdier, on entend le bruit des outils des Chinois travuTllant à se retrancher.

A cinq heures trente, des hurlements ftirieux, des sonneries de trompes éclatentdans le silence de la nuit; la compagnie du 111* de grand'garde vient d'être subitement attaquée de très près avec vigueur. En n.ème temps, l'ennemi commence à bombarder Phong-Cot: les obus Krupp décrivent dans l'obscurité leur paraWie lumineuse et éclatent au milieu des cagnas dont plusieurs conunencent à flamber.

La compagnie Verdier est enveloppée. Le capitaine désigne un homme pour aller demander des renforts. Ce brave soldat, dont nous regrettons vivement de ne pas connaître le nom, traverse les lignes ennemies

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s'acquitte de sa mission, et sans attendre les renforts, revient en toute hâte reprendre son poste de combat et faire le coup de feu.

Au moment où le jour se lève, six heures du matin, %tte compagnie, serrée de près et afin de se dégager. e\éCi£Xe une attaque à la baïonnette, qui amène un court combat corps à corps. Le capitaine Verdier, qui a déjà été blessé le 8 octobre à Lang-Kep, reçoit là une nouvelle blessure.

La compagnie Tailhan, d'infanterie de marine, descend de sa position, se jette dans le flanc de Tennemi et achève de dégager la compagnie Verdier.

Le 111® prend immédiatement l'oifensive avec une vigueur qui ne laisse pas que d'inquiéter le général de Négrier. La direction du combat peut lui échapper, et il craint de ne pas avoir le temps de faire serrer les troupes pour appuyer l'attaque.

Le village de Phong-Cot est situé au centre d'une plaine entre le massif de Noui-Ba-Mat et les hauteurs occupées pendant la nuit par le bataillon d'infanterie Ae marine. Ces hauteurs se prolongent par une ligne de crêtes escarpées jusqu'à 800 mètres au sud des trois fortins de l'ouest.

L'ennemi avait construit un poste d'observation retranché sur le sommet le plus élevé de cette chaîne.

Au nord de Phong-Cot et dans une direction sensiblement parallèle au cours du Soui>Nien, trois mamelons surgissent isolés dans la plaine et dominent la Ugne des fortins établis sur la rive droite de ce ruisseau.

Le général de Négrier se porte sur ces hauteurs avec la batterie de Saxcé. L'infanterie de marine débusque le poste d'observation du grand sommet, où vient aussitôt s'établit* la section Largouët, de la batterie de Saxcé.

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Toutes les troupes en arrière sont en marche pour serrer sur Phong-Cot.

Pendant que le gros marche, le bataillon du Hl* mène toujours son attaque avec la plus grande vivacité. Nos soldats se soDt lancés à la poursuite des Chinois qui lâchaient pied, et les chargenLavecune ardeur telle (l'antique furia francese) qu'ils arrivent sans prendre haleine sur les mamelons sud de Noui-Bop, sur lesquels l'ennemi a, pendant la nuit, commencé des tranchées.

La section LnrgouËt dé la bdUerie de Saxcé, en avant

Les réguliers sont culbutés dans un arrojo oft beaucon \\ se noient. Emportés par leur ardeur, nos soldats dépnssent ces hauteurs, de sorte que le centre se trouve en pointe.

La droite du KM' commence à être débordée par l'ennemi. Il devient indispensable de rectifier la ligna.

C'est à ce moment que le général de Négrier donne \ ses officiers une nouvelle preuve de son habileté et Ai la sftreté de son coup d'oeil. En una minute, il recon-

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