‹ Les combats du Général de Négrier au TonkinChapitre 15 sur 19 · LE GÉNÊnAt. ut, rrGRIER · texte numérisé non relu

LE GÉNÊnAt. ut, rrGRIER

Après uii court bombardement, le premier fort, le plus éle\6 et un des plus importants, est enlevé à la baïonnette ptr la légion étrangère. Quel assaut! On ne savait vraiment pas si on pourrait arriver au haut. Le souffle manquait; 38 hommes sont blessés, un adjudant tué et un sergent-major a Tépaule fracassée au moment où il arrache le pavillon chinois^ Fennemi évacue le fort, emportant, suivant sa coutume, laphipart de ses morts.

Le mouvement continue. La première brigade, colonel

Giovaninelli, flanquée sur sa gauche par la oompagâie

j Gravereau, de la légion étrangère, de la 2® brigade, et

•< par les deux bataillons de celle-ci sur sa droite, attaque

M de front quatre positions fortifiées, pendant que le

--4 général de Négrier les prend en écharpe.

ri A la tombée de la nuit, la fusillade est dans toute

-<■* sa force.

A notre extrême gauche, le succès est plus chèrement acheté; en longeant la crête, le capitaine Gravereau se trouve en face du premier des trois ouvrages la couronnant; emporté par son courage, cet officier, au lieu de se renfermer dans son rôle de surveillance, se laisse entraîner trop loin et tente une attaque de vive force. Un voit son feu qui diminue de minute en minute. On envoie au commandant Lambînet, de l'infanterie de marine, et à deux compagnies de turcos, Tordre de se porter à son secours; mais il y a une ligne de mamelons à franchir.

Pendant ce temps, la compagnie de la légion engage un combat acharné; le brave capitaine Gravereau est frappé de six balles et tombe mort sur le rempart*

Son lieutenant et son sous-lieutenaat sont blessés : les deux tiers de la compagnie sont mis hors de combat. Les renforts arrivent, mais malgré leur intervention énergique ce n'est qu'au jour que le premier fort est

emporté, les deux autres sont évacués par leurs défenseurs.

Dans cette journée nos troupes accomplissent des prodiges. Au point du jour, elles se trouvent en présence du centre de résistance de Hao-Ha, immense amas de mamelons occupés par des forts généralement casematés et précédés, sur des pentes, de tranchées bien construites.

Les deux brigades sont toujours dans le même ordre, et exécutent leurs mouvements avec une précision automatique; le général de Négrier, en communication constante par la télégraphie optique avec la 1'® brigade, où se tient de sa personne le général Brière de Tlsle.

Un brouillard intense empêche la reprise des hostilités avant midi. La tactique méthodiquement suivie est celle-ci : démolir les forts au moyen de Tartillerie, puis, quand la brèche est faite, lancer Tinfanterie à Tassant. Les tentes en cotonnade blanche des Chinois servent admirablement de point de ihire ; elles forment bientôt un immense brasier sur une étendue de plusieurs kilomètres de montagnes sur montagnes. Les compagnies s'élancent, baïonnette au canon, tandis que d'autres, tournant les positions, forment une immense chaîne de tirailleurs prêts à fusiller l'ennemi dès qu'il cherchera à fuir. C'est effectivement ce qui se produit: une partie des Chinois restent dans les casemates, d*où ils tirent sur nos hommes ; les autres évacuent, et on les voit très distinctement dégringoler des hauteurs. Notre ligne, bien placée, ouvi::e alors un feu meurtrier ; la fuite se change en déroute.

Nous prenons d'assaut dix nouveaux forts ; les autres avoisinants sont occupés presque sans coup férir. Le soir, les deux brigades tiennent l'entrée du défilé de Dong-Song. Au dire de tous les officiers, comptant de

nombreuses campagnes, il n'est pas donné d'assister deux fois à un pareil speclacle. Citer tel ou tel corps, telle ou telle compagnie, ce serait faire preuve de partialité. Tous indistinctement ont été au-dessus de ce qu'on pouvait leur demander.

Le 6, la colonne reprend sa marche, la 2" brigade en lètc. Dès 9 heures 30 du matin, celle-ci est sous le feu

llao-Ha [S rëviiec).

d'un ouvrage barrant la route, l'enlève, puis, néguecam les ouvrages plus à gauche, attaque la longue tranchée couvrant Dong-Song au sud. Vigoureusement poussée, cette attaque obtient un succès complété par l'enlèvement des forts dominant Dong-Song à l'est. La 1" brigade continue, pendant ce temps, son mouvement par la route, dépasse la 2° brigade, et s'empare du dernier fort vers Lang-Son. Le camp retranché est à nous. L'ennemi fuit en pleine déroute; une partie s'écoule vers Lang-Son ; l'autre partie, inquiétée par nos progrès sur la route, se jetle vers Than-Moi, à travers le défilé. Les Chinois abandonnent, comme dans lés forts précédents,

dans les magasias et les ouvrages de Dong-Song, toutes leurs tentes, des drapeaux, vivres, munitions, cITets de toute nature, en quantités considérables.

La série des forts, au nombre de cinquante environ, défendant 1g^ positions de Dong-Song, ainsi qu'une vaste tranchée barrant la vallée, sont tombés en notre pouvoir dans la matinée du 6. Jamais aucune armée, n'en .1

encore pris en si peu de temps un si grand nombre, («s trois journées des 4, 5 et 6 février 1883 compteront paimi les plus glorieuses de l'armée française. La rapidité do conception de la part des chefs, dn général de Négrier surtout, la régularité des manœuvres, l'entrain et le courage de nos soldats gravissant, sac au dos, des montagnes à pic, sous le feu chinois, rien n'a manqué. Le 6, à midi, la besogne était achevée et le quartier

général établi sous une pagode, à l'entrée d'un village abandonné d'une douzaine de feux, caché derrière un bouquet d'arbres à l'abri du camp retranché de Dong- Song. Les lieutenants Saillard et Bailly établissent aussitôt leurs postes d'optique, se reliant à Chu par les postes intermédiaires laissés dans les défilés de Deo-Yan.

Voici le chiffre de nos pertes: 1 officier tué, le capitaine Gravereau, de la légion étrangère, quatre blessés; troupes, H morts, 160 hommes hors de combat. Il est difficile d'évaluer les pertes de l'ennemi; nous avons trouvé de nombreux cadavres, mais les Chinois emportent presque toujours leurs morts et leurs blessés. En tout cas, notre feu a dû être très meurtrier.

Le jour même, une reconnaissance de chasseurs d'Afrique, sous les ordres du capitaine Lecomte, de l'état-major général, part pour Chu par la route de Dec- Quan et atteint heureusement cette place. Elle ne rencontre que quelques traînards ; les forts qui couvraient cette ligne sont évacués. Dès le lendemain, ordre est donné de travailler à la route de Deo-Quan, qui, plus directe, est adoptée désormais comme ligne de communication avec notre base.

A Dong-Song le paysage est des plus accidentés ; à perte de vue, on ne voit que des montagnes qu'il faut encore traverser pour atteindre Lang-Son. Les villages sont rares et méritent plutôt le nom de hameaux : il n'y a plus de paillotes, toutes les constructions sont en terre. Quant aux habitants que les Chinois employaient aux travaux de tranchées^ ils ont été emmenés par l'ennemi, de sorte que la vallée paraît inhabitée.

Nous avons dans la vallée une petite rivière dont Teau est excellente.

Le général de Négrier et un chef d'état-major, le commandant Fortoul, sont infatigables. Us ont profité de

larrêt pour escalader le pic de Dec Quas, qui semble être le plus haut de cette partie du Toukin, et d'où Ton a une vue sur les diverses vallées. Là, ils ont pu compter à la lorgnette les innombrables ouvrages élevés par les Chinois sur la route de Kep, et qui témoignent de la présence de 20 à SS,000 hommes sur cette seule voie (renseignement confirmé par quelques prisonniers.) Ces ouvrages sontdevermsinutiles, puisque nous les tournons.

Il reste beaucoup à faire ; toute la nuit on entend des coups de fusil tirés par nos factionnaires sur les rôdeurs ennemis ; un homme du 143® aie cou coupé au moment où il vient d'être relevé. Dans le camp de Ho-Haho, on a trouvé des fusils, des cartouches, des réserves de poudre ; les canons Krupp ont été enlevés par les Chinois, mais ils n'ont guère servi.

Les journées des 7, 8, 9 février sont consacrées au ravitaillement des troupes en vivres et en munitions, ravitaillement qui n'est pas possible sans un temps d'arrêt dans le mouvement en avant, les moyens de transports étant insuffisants sur nos derrières, les coolies des corps, des ambulances, les mulets même de l'artillerie, devant y suppléer, pour permettre d'aligner de nouveau les troupes à six jours de vivres sur le sac. D'ailleurs, il est nécessaire de donner du repos aux troupes, qui viennent de fournir trois jours de combat sur un terrain très tourmenté.

Le convoi de vivres attendu arrive à Dong-Song le 8 au soir; la distribution a heu le lendemain, et grâce aux mesures prises et aux efforts de l'intendance, nos troupiers peuvent toucher de nouvelles rations pour six jours.

Pendant la journée du 8, une reconnaissance est poussée vers Than-Moï avec ordre de s'emparer du col et de s'y maintenir. L'opération est couronnée de succès ; malheureusement, la roule de Than-Moï-Dong-Song est

reconnue impraticable à une offensive dirigée contre h

premier point, et qui aurait permis de couper la gauclic

des troupes chinoises remontant sur Lang-Son par h

route mandarine.

Le môme jour, 8, le colonel Giovaninelli, avec une

Page 1