CHAPITRE IX
. marche en avnnt. — La position de Dong-Dang. — Formation en échelons. — Commencement de l'atLaque. — Action de nntre ïrtillerie. — Prise de Dong-Dang. — Attaque du lll» et de lu légion sur le mnssif calcaire. — Traita de courage. — Morl du
soas-lieatenant Portier. — La poursuite. — La Porte de Chine. — Prise de quatre canons et de trois mitrailleuses. — Destruction de la Porte de Chine.
I Le 17 février, une reconnaissance, composée du
• bataillon du 23*, une section d'artillerie et quatre chas-
) seurs d'Afrique sortait de Lang-Son et trouvait les
Chinois à Dong-Dang à 8 kilomètres de cette ville. ! Les renseignements fournis par les émissaires s'accor-
j daient à représenter l'ennemi comme occupant Dong-
^ Dang et se trouvant en forces au sud de la frontière.
,^ Il eût été imprudent de laisser l'ennemi s'établir si
— < près de Lang-Son.
t^ En conséquence, le général de Négrier résolut de
<^ prendre l'offensive aussitôt qu'il aurait réuni à Lang-
^^ Son des approvisionnements suffisants pour partir avec
six jours de vivres sur le sac. La brigade ne possédait aucun moyen de transport lui permettant d'emporter d'autres vivres que ceux du sac.
Chaque jour de retard permettait à l'ennemi de se forcer et de s'organiser; tandis que l'effectif de la brigade, déjà très faible, diminuait sans cesse par suite de l'augmentation du nombre des malades.
Malgré la précaution prise d'envoyer en arrière tous les coolies de bagage des corps, pour chercher des vivres à Dong-Son, ce ne fut que le 21 au soir qu'on put en réunir à Lang-Son pour six jours, et cependant les troupes avaient vécu avec du riz en remplacement de biscuit, de sucre et de café, un jour sur deux.
Le 23 féwier, la brigade s'établit à sept heures et demie du matin en rendez-vous au nord de Ri-Lua.
Elle laisse ses trains, sous la garde d'une compagnie du i 43*' dans la redoute avec l'ordre de ne sen'er que sur l'avis du général.
L'ayant-garde comprenant les chasseurs d Atrîque, une compagnie et demie de tirailleurs tonkinois, le 2« bataillon de la légion, la 12« batterie du 12* d'artillerie, une section d'ambulance légère, rompt à huit heures du matin et s'avance sur la route de Dong- Dang.
Le gros (lieutenant-colonel Herbinger), formé par le 3* bataillon de la légion, la 4® batterie bis d'artillerie de marine (86 millimètres de montagne), le reste de l'ambulance de la brigade, les bataillons des 23® et 111® et une compagnie du 143®, se mettent ensuite en mouvement sur la même route. Deux compagnies du 143® sont appelées comme soutien des batteries et ne les quittent pas.
A neuf heures quarante , la pointe d'avant-garde signale l'ennemî. Un groupe d'une quarantaine de Chinois se replie de crête en crête en faisant le coup de feu pour retarder la marche.
L'avant-garde est poussée vivement en avant ; mais en arrivant à une vallée transversale, elle trouve une ligne de tirailleurs assez forte occupant un mouvement de terrain qui enfile la route.
Les tirailleurs tonkinois se déploient vers la droite, le 2® bataillon de la légion à cheval sur la route, la batterie deSaxcé s'établit sur un mamelon à l'ouest et commence à préparer l'action de l'infanterie.
De la position de cette batterie, le général commandant la 3® brigade se rend compte du terrain.
De Lang-Son à Dong-Dang, la route serpente dans un défilé à flancs difficilement accessibles.
Des mamelons à relief considérable ne se soudant les uns aux autres que par des cols très bas, forment de nombreux points d'appui, faciles à défendre.
La vallée s'élai^it à trois kilomètres de Dong-
Cette petite ville est placée à la rencontre de deux vallées secondaires qui ouvrent, l'une la route de la Chine au nord, l'autre le chemin de That-Ké au nordouest.
Entre ces deux routes est un massif de roches calcaires dominant les vallées d'environ 200 mètres. Un plateau raviné, que d'énormes blocs calcaires, déchiquetés, percent en différents endroits, forme la partie supérieure de ce massif^ dont les murailles tombent à pic sur la vallée.
On ne peut accéder au plateau que par de rares brèches, donnant passage à des sentiers en lacets et par une brèche plus large située au nord de Dong- Dang, à travers laquelle les terres éboulées forment rampe.
La muraille calcai re se prolonge au nord-nord-est jusqu'à deux kilomètres au-delà de la Porte de Chine. La route de Chine suit le pied de la muraille. Le terrain à l'est de la route est fortement mamelonné et semblable à celui des environs de Lang-Son. A partir de Dong-Dang, la route suit par conséquent un défilé dont un flanc seulement est accessible.
Le plateau du massif calcaire formait le centre de la position de l'ennemi. Il était couronné par une série de tranchèes-abris et d'ouvrages armés de canons Rrupp, en arrière desquels se trouvaient de nombreux camps s'échelonnant dans la direction du nord.
La gauche de la position était formée par les redoutes et les . camps fortifiés tenant tous les pitons entre lesquels serpente la route de Chine.
La droite s'étendait au sud de Dong-Dang. Elle était couverte par un ruisseau encaissé et appuyé par trois redoutes.
Notre avant-garde n'a pas terminé son déploiement,
que rennemî, se renforçant rapidement, prononce une attaque enveloppante par les deux ailes.
Pour éviter Tenvelopperaent de sa gauche , le général de Négrier prend une formation en échelons, la droite en avant.
L'échelon de gauche, placé sur des hauteurs, à l'ouest de la route, est formé par une section dé la 12® batterie du 12 (section Largouët) avec un peloton du 143® comme soutien et le bataillon du 23®.
Le 2® échelon, placé sur un sommet touchant la roule et à 400 mètres en avant du précédent, est composé des deux autres sections de la batterie de Saxcé,d'jan peloton du 143® et des troupes de l'avant-garde, tirailleurs tonkinois (commandant Tonnot), et du 2* balaillon de la légion (commandant Diguet).
Le 3® échelon est établi au nord-est de la route, sur un sommet très élevé, commandant la droite de la position de Tennemi, ainsi que le village de Dong-Dang et donnant de bonnes vues sur le plateau du massif calcaire. La 4® batterie bîs d'artillerie de la marine (capitaine Ropperh) y est amenée avec les plus grandes difficultés. Les mulets ont roulé dans les rizières, et le matériel a dû être apporté objet par objet, à bras, avec le secours d'une compagnie de la légion.
Les troupes de cet échelon comprennent : la compagnie du 143®, soutien de la compagnie Ropperh (capitaine Dautelle), une compagnie du 2*"® bataillon de la légion (capitaine Bérard), qui, de l'avant-garde, a été détachée vers ce point, comme garde-flanc, et une compagnie du 3""® bataillon de la légion tirée du gros (capitaine Lascombe).
Une compagnie du 3™® bataillon de la légion, également tirée du gros, est en même temps envoyée en garde-flanc, à droite, pour tenir les sommets encore plus
130 LE GËT4ËHAL DE NËGRIER
élevés qui pourraient commander la position de l'échelon. Cette mesure est d'autant plus nécessaire, que l'ennemi, se renforçant, cherche à déborder notre droite.
Le reste des troupes est maintenu en réserve. 1 A midi, l'ennemi, qui se montre de plus en plus nom-
I breus vers la droite, tente une attaque, en poussant de
grands cris, contre le mamelon, qu'il prend pour notre ) point d'appui de gauche. En se développant, cette
J attaque présente le flanc au premier échelon situé en
' arrière. Tombant ainsi sous des feux croisés d'artillerie
'i et de mousqueterie , elle se disperse dans les rampes et
^j il n'est plus rien tenté par l'ennemi dans cette direction.
^ Cette attaque ayant échoué, le général, qui s'est porté
;■" i l'échelon ds droite, donne l'ordre aus compagnies
Béisrd et Lascombes d'enlever la hauteui' située en '^ Tace de l'échelon. De cette hauteur, l'ennemi entretient
;3 un feu espacé qui menace de rendre la position intenable
;d pour l'artillerie. La batterie Ropperh prépare l'action,
;-■ qui est menée à droite, par la compagnie Bérard, à
:^ gauche par la compagnie Lascombe.
<^ La compagnie Bérard, après avoir réussi son attaque,
enlève à l'ennemi une seconde position.
Dans ce mouvement, le capitaine Bérard tombe très grièvement blessé.
Le commandant Schaeffer, qui marche par les crêtes, aT4t \a compagnie de garde-flanc de droite, se porto I A égaleioLiit en avant et gagne du terrain dans la directlcn
« de la route de Chine.
Il est une heure ; les attaques d'aile des Chinois ont échoué.
Le général se décide à couper l'ennemi en deux en lui enlevant sa position du centre. Le feu de l'artillerie est concentré sur le plateau calcaire. Le brigadier Elie,
PFxISE DE LA POUTE DE CHINE 131
de la batterie Roperh, fait, en cette circonstance, preuve d'une grande énergie dans la mise en batterie d'une pièce qu'il faut monter à bras sur un piton, presque à pic, malgré le feu de l'ennemi.
L'artillerie chinoise, qui jusqu'alors a pris pour objectif d'abord l'échelon de droite, puis l'échelon du centre, est éteinte à deux heures. Une crête située au sud-est de la route de Chine, sur laquelle l'ennemi a rangé en bataille un corps nombreux, est balayé en même temps par nos obus, et évacuée aussitôt.
L'échelon de gauche reçoit l'ordre de venir s'établir à la hauteur de l'échelon du centre. La batterie de Saxcé, réunie, joint son feu à celui de la batterie Ropperh pour préparer l'attaque.
Les ouvrages situés à l'ouest de Dong-Dang sont rigoureusement canonnés par un feu croisé. Ils sont attaqués et enlevés par l'avant-garde, tirailleurs tonkinois (capitaine Geil) ; 2® bataillon de la légion (commandant Diguet) et deux compagnies du 3* bataillon de la légion (capitaines Brunet et Michel).
Les tirailleurs tonkinois sont jetés aussitôt dans le village de Dong-Dang, dont la partie sud est en flammes. Le sergent Vigneau, du i^ régiment de tirailleurs tonkinois, se signale entre tous par la manière dont il sait enlever sa jeune troupe et la maintenir sous un feu violent.
Le lieutenant-colonel Herbinger reçoit l'ordre d'atta* quer le plateau du massif calcaire ; le sous-lieutenant Degot, du 3® tirailleurs algériens, détaché à l'état-major de la brigade comme officier topographe, lui est envoyé comme guide.
Le lieutenant-colonel Herbinger avec le bataillon du lli® (commandant Faure) et une compagnie du 3® bataillon de la légion (capitaine Brunet), qui était restée à la
\ète du gros, traverse au pas de charge le village ea flammes et monte à l'assaut du massif calcaire, qu'il atteint au nord de Dnng-Dang par la brèche Je l'ouest. Lignards et légionnaires rivalisent d'ardeur et d'entrain.
Le capitaine Brunet, de la légion, marche le premier, le sabre haut, en avant de sa compagnie, et l'entraîne au combat.
Le légionnaire Schaller, qui, bien que déjà sérieusement contusionné à Thaï-Hoa, n'a pas voulu entrer à l'ambulance, arrive le premier sur la position ennemie. Le sergent-fourrier Dereuil, de la même compacte, est atteint coup sur coup de deux blessures au poignet et à la cuisse. Cet énergique sous-officier refuse de se laisser porter h l'ambulance et ne cesse de guider les hommes qui l'entourent.
De son côté le Hl® se couvre de gloire.
Le sergent Latty, du 111®, escalade le premier, à la tête de sa section, les rochers occupés par Tennemi et est blessé dans cette attaque.
Un intrépide soldat du 111®, Jacquemifl; tombe à ses côtés, la cuisse brisée, et crie toujours à ses camarades : a En avant le 111® l en avant ! » Béuard, soldat au 143®, déjà blessé au combat de Chu, est blessé de nouveau en donnant le meilleur exemple à sa section. Citons aussi M. de Colomb, le digne fils du général commandant le IS® corps d'armée à Marseille, lieutenant au 111®, qui, commandant sa compagnie, la mène à Tattaque du centre de la position ennemie avec un remarquable entrain.
Les Chinois ne peuvent résister à tant d'audace et s'enfuient de tontes parts. Le lieutenant-colonel Herbinger poursuit son mouvement et couvre sa gauche vers Thal-Ké par une compagnie du 111® que M. Massiet du Biest, capitaine à la suite du 143®, conduit avec autant de hardiesse que de coup d'œil.
Dans cette attaque, le sous-lieulenant Emile Portier, du 111®, est mortellement blessé. Ce jeune officier était sorti de Saint-Cyr en 1881 et appartenait au 113®. Il était proposé au choix pour le grade de lieutenant quand il sollicita et obtint la faveur d'être envoyé au Tonkin, où il fut affecté au 111®.
Déjà son frère aîné, ancien élève de l'École polytechnique, était mort lieutenant d'état-major en 1877, des suiles d'une chute de cheval. La mort s'acharne ainsi dans les familles militaires, frappant la fière jeunesse qui ya au-devant d'elle, pleine de défis.
En même temps, les trois compagnies du 2® bataillon de la légion (capitaines Ysombard, Cotter, lieutenant Durillon), qui viennent de s'emparer des redoutes au
sud de Dong-Dang, marchent dans la direction de That-Ké, en chassant l'ennemi de crête en crête.
Il est trois heures, les Chinois sont séparés en deux
fractions ; Tune disparait par le chemin That-Ké, Fautre
s'écoule par la route de Chine. Le général, qui s'est
I placé à Test de Dong-Dang, conmience aussitôt la
. poursuite.
Les deux compagnies (Cotter et Durillon), du S® batailt ion de la légion, sont mises en position sur la route de
1 That-Ké, pour couvrir de ce côté le mouvement de la
\ brigade.
Le lieutenant -colonel Herbinger reçoit l'ordre de s'avancer par le plateau calcaire parallèlement à la route de Chine et de renvoyer la légion sur cette route.
Les tirailleurs tonkinois sont poussés sur la route de Chine, tandis que deux sections de la batterie de Saxcé se mettent en batterie sur un mamelon. Cette position enfile la vallée et permet de battre les ouvrages et les camps fortifiés qui la défendent.
La poursuite se fait par échelons d'artillerie, l'infanterie allant successivement occuper les positions que le feu de nos batteries vient de faire évacuer.
Aussitôt que l'artillerie qui a été portée en avant a ouvert le feu, l'échelon en arrière cesse le sien pour descendre la route, et dépasse à son tour l'échelon qui le précède.
De Dong-Dang à la frontière chinoise le chemin n'est plus qu'un sentier rocailleux , longeant des collines à peu près nues et inhabitées. Ce sentier aboutit, en se rétrécissant de plus en plus, à une porte en bois à double battant, flanquée d'une pagode à double mirador et encastrée dans un mur crénelé en brique, |ui grimpe jusqu'au sommet des collines, hautes de 50 mètres
environ, qui forment gorges. C'est la ligne des frontières, la fameuse Porte de Chine.
Au sommet des collines, le mur cesse, et on peut entrer sur le territoire du Kouang-Si sans obstacle.
A cinq heures trente, la brigade occupe la Porte de Chine, et les forts qui la flanquent des deux côtés. Les derniers tirailleurs de Tennemi disparaissent vers le nord. La nuit arrivant, la brigade prend ses bivouacs sous la protection d'avant-postes poussés en avant à cheval sur la route de Chine.
Le quartier générai de la brigade est établi à la pagode de la porte. Les troupes sont réparties dans les villages chinois au nord de la frontière ei dans les ouvrages abandonnés par Tennemi. Le gros de l'ambulance a laissé son dépôt des blessés à Dong-Dang^ sous la garde de deux compagnies de la légion. L'ordre est donné aux trains de serrer sur Dong-Dang.
Dans cette journée, l'ennemi avait pris «ne position exceptionnelle, et l'avait garnie de troupes nombreuses qui ont montré de la résolution dans leurs attaques, et qui, jusqu'à trois heures, ont paru bien décidées à défendre la frontière.
Dans sa déroute, qui n'a commencé qu'après la prise de sa position du centre, l'ennemi a abandonné 4 canons Krupp de montagne, 3 mitrailleuses de gros calibre en parfait état, une grande quantité d'étendards , d'énormes approvisionnements de munitions d'infanterie et d'artillerie, des poudres, des torpilles (quelques-unes chargées de dynamite), du câble électrique fluvial, un magasin de fusils et habillements, des tentes, etc. Il a même été trouvé en magasin des plaques de blindage d'acier de 25 centimètres d'épaisseur, pour batteries cuirassées.
Dans cette région si difficile où les combattants ont
été forcés de gravie, sous le feu, des pentes abrupte», la fatigue des troupes a été extrême; cependant elles n'ont jamais monlié plus de vigueur, ni plus de dévouement. Nos pertes s'élèvent à un officier tué, le souslieutenant Portier, du 111°; un officier blessé, le capitain Bérard, de la légion; troupe: 8 tués et 41 blessés. L'objectif de la â° brigade n'était pas de s'établir dans le Kouang-Si ; nos troupes eurent cependant la satisfaction de bivouaquer deux jours en territoire ennemi.
Le général de Négrier laissa h. Dong-Dangun bataillon de la légion, une section d'artillerie et une section de tirailleurs tonkinois.
Avant de rentrer à Lang'Son il fait sauter ' la porte-frontière et ordonne qu'on mette à côte un immense écriteau avec ces mots en caractères chinois et français:
c Le respect des traités vaut mieux que les portes aux frontières, »
Le 27 février, notre colonne rentre à Lang-Son où les Annamites amènent journellement des prisonniers blessés; les maires reviennent dans les villages, maïs le Phu de la province, La-Kuan-Oai, a suivi la fortune des Chinois.
a Parle de Chine sprcs sa desUiicUoD.
AlUique du cjiap de Bang Bo pac U brigaJo Uo Négrier (14 m.ics ms.