Duc d'Aumali;, loc. cit., page lOO
officiers, nommés par l'Empereur, et choisis surtout d'après leur situation sociale, paraissaient enchantés de parader en uniforme aux cérémonies, mais demeuraient, à part quelques exceptions fournies par les officiers démissionnaires de l'armée, aussi étrangers aux choses militaires qu'avant "leur nomination. Quant aux sousofficiers, n'ayant jamais servi, ce n'était que des porte-galons, parfaitement incapables de remplir leurs fonctions d'instructeur.
Et cependant, quand on se rappelle quelle fut la tenue au feu de certains de ces bataillons, ceux de la Seine au Bourget par exemple, de la Sarthe à Loigny, de la Dordogne à Coulmiers, on est en droit de se demander si l'institution de la garde mobile, en dépit de ses imperfections, n'eût pas, avec un peu plus de résolution et de sérieux, donné des résultats satisfaisants. Le maréchal Niel le croyait, tout au moins, et l'opinion d'un homme de cette valeur mérite bien quelque créance. Mais il ne put malheureusement en faire l'expérience lui-même. Obligé de défendre pied à pied devant une opposition aveugle et sourde les principes qu'il jugeait avec raison inséparables de la sécurité nationale ; condamné à mendier des crédits qu'on ne lui accordait qu'avec une étroite parcimonie, quand on ne les lui refusait pas ; en butte aux intrigues de l'entourage immédiat du souverain,' il ne tarda pas à succomber à la peine, sans avoir pu convoquer une seule fois cette garde mobile, qui était son œuvre, et en qui il avait foi. Son successeur, peu désireux apparemment de lutter avec les mêmes difficultés, laissa l'institution se dissoudre ellemême. D'ailleurs les populations, nourries d'illusions et trop avides de bien-être, ne paraissaient pas l'accepter avec enthousiasme; dans quelques villes du Midi même, les tentatives d'organisation qu'on fit soulevèrent une résistance marquée. Le maréchal Le Bœuf ne s'entêta pas. Il laissa les choses en l'état et se borna à déclarer à la Chambre, peu de temps avant la guerre, que la garde mobile « n'ayant pu parvenir à s'organiser, ne figurait sur les contrôles que pour mémoire ».
L'armée française était donc, au mois de juillet 1870, soumise à deux législations différentes: celle de 1832, insuffisante en elle-même, et rendue néfaste parle correctif de 1855, et celle de 1868, dont la disposition la plus essentielle demeurait, jusqu'à ce jour, lettre morte. Il fallait être très optimiste pour voir dans un pareil amalgame des gages de sécurité, ou pour affirmer, avec le gouvernement, que « notre puissance avait atteint un développement indispensable » et que « les ressources militaires de la France étaient désormais à la hauteur de ses destinées dans le monde' », enfin pour acce]jter sans réserve le tableau flatteur que le Journal officiel de l'Empire traçait, le 16 août 1869, delà situation :
« Une armée de 750,000 hommes disponibles pour la guerre, près de 600,000 hommes de garde nationale mobile, l'instruction dans toutes les branches poussée à un degré inconnu jusqu'ici ; 1,200,000 fusils fabriqués en dix-huit mois, les places mises en état, les arsenaux remplis, un matériel immense prêt à suffire à toutes les éventualités, quelles qu'elles soient; el, en face d'une telle situation, la France confiante dans sa force. »