La Guerre franco-aUcmuiulc, page
l'approche de la nuit, ce combat si meurtrier durait encore et se poursuivait dans les premières maisons de Stiring'. »
Retraite générale. — Tout à coup, le bruit sourd d'une canonnade lointaine se fait entendre en arrière, du côté de Forbach. Le général Frossard, en proie à une anxiété cruelle, songe à sa ligne de retraite qu'une action engagée de ce côté, où il n'a laissé que des forces insignitlantes, va terriblement compromettre. Il songe aussi à l'énorme quantité de matériel qui se trouve à Forbach et qui va devenir la proie de l'ennemi. Il voit sa droite chassée de ses positions, sa gauche débordée et presque tournée, son front pressé par des flots d'assaillants que vont grossir encore les bataillons dont la sombre masse se profile déjà sur l'horizon, vers Sarrebruck. Il sent ses soldats à bout de souffle et incapables de prolonger plus longtemps une résistance qui dépasse les limiles de leurs forces. Comprenant que l'heure est venue, s'il ne veut pas sacrifier ce qui reste de son malheureux corps d'armée, d'abandonner une lutte désormais sans espoir, il donne alors l'ordre de la retraite, et prescrit aux généraux Vergé et Bataille de se retirer par la roule de Sarreguemines, la seule qu'il croie libre encore.
La prise de Stiring. — Mais l'ennemi a vu le mouvement de recul et s'élance à la suite de nos régiments désorganisés. A la tète de sa brigade, que renforcent des bataillons et des compagnies arrivés là pêle-mêle, le général de Woyna se porte à l'attaque des forges et des amas de scories qui les entourent d'un rempart circulaire derrière lequel nos fantassins sont encore embusqués. Ces défenses, témoins quelques heures auparavant d'une lutte acharnée, sont enlevées, et l'ennemi pénètre avec nous dans les rues de Sti^ing■-^^'endel^ Il est huit heures trois quarts du soir. Cependant' nos braves régiments n'abandonnent point la partie sans faire payer aux Allemands leur victoire. Le 32°, le 55° et le 77° exécutent de nombreux retours offensifs et ne reprennent leur marche rétrograde que quand le nombre a eu enfin raison de leur résistance opiniâtre". Mais, dans l'obscurité et le désordre de la nuit, qu'illuminent de leurs sinistres lueurs les bâtiments en flammes des usines, nulle direction d'ensemble ne peut plus être imprimée à cette lutte désespérée. Des officiers et des soldats qui se battent encore dans les bâtiments isolés, sont faits prisonniers; ceux qui peuvent s'échapper brûlent ce qui leur reste de cartouches et finissent par être massacrés... A travers l'incendie, la lutte meurtrière se continue, au hasard, dans des recoins sanglants où succombent des héros ignorés
qui n'ont pas voulu se rendre A onze heures seulement, la fusillade cesse de
crépiter et aux suprêmes convulsions de la bataille succède un lugubre silence, que viennent seuls troubler les râles des mourants.