La Giieric franco-allemande, page
Cette halte intempestive sauva le 2" corps d'une complète destruction ; car il est liien évi. lent que si, vers six heures du soir, la hr division avait déhouché sur les derrières de la position de Sliring, comme elle pouvait le faire en coupant au court k travers la forêt de Forbach, la division Vergé, prisé entre deux feux et privée de toute ligne de retraite, eût été tout entière anéantie.
Quoi qu'il en soit, lorsque le général von der Goltz, commandant d(> cette avant-garde, déboucha, vers sept heures, en face de Forbach, il trouva rangée devant lui, sur le Kanichenberg\ la petite troupe du colonel Dulac, qui occupait, au sommet de la colline, une tranchée-abri construite, le miilin, par les soldais de la brigade Valazé, et agrandie par les sapeurs de la compagnie de réserve du génie. Il fut aussitôt accueilli par une fusillade nourrie, ipii lui donna le change sur l'effectif des défenseurs de la ville et l'empêcha de s'engager tout de suite à fond. Le lieutenant-colonel Dulac eût été cependant fort empêché de résister, fût-ce quelques minutes (car il n'avait pas même, au début, assez de monde pour occuper toute la tranchée), si un secours imprévu ne lui était arrivé peu d'instants ^nuparavant. C'était un détachement de 200 réservistes, que le sous-lieutenant Arnaudy, du 2" de ligne, amenait à son régiment et qu'il avait eu la présence d'esprit de conduire au colonel Dulac aussitôt qu'en débarquant de la gare, il avait pu juger de la gravité de la situation.
Ces 200 hommes, bien qu'ils eussent quitté les drapeaux depuis plus de deux ans, et ignorassent même le maniement du fusil Chassepot, prirent place dans la tranchée, pêle-mêle avec les dragons à pied, les sapeurs et quelques pontonniers. Pendant près de deux heures, ils réussirent par un feu, sinon savamment exécuté, au moins courageusement entretenu, à contenir les bataillons prussiens, cl ils n'al)andonnèrent leur poste que lorsque, menacé d'être (ourné par sa gauche, le lieutenant-colonel Dulac leur en eût donné l'ordre formel, l'nur protéger la retraite, les dragons remontèrent à cheval, et dans la uuil, noire, ([u'illuminail seule par inslants la lumière des coups de feu, im escadron chargea saus hésiter riufanlerie ennemie stupéfaite de tant d'audace.
Grâce à ceth' intrépide diversion, les survivants purent se replier avec leur chef dans la direcliwn de Furhach, barricader le pont du cheiuin de fer et regaguer la ville, tandis que deux batteries de la réserve (G" et 10" du I.Vj, qui n'avaient pas donné de la journée, s'établissaient sur les hauteurs qui dominent Forbach à l'est, criblaient les Allemands de projectiles, malgré l'obscurité, et les obligeaient à s'arrèler.
Celte poignée d'iiommes, ])ar son sang-froid, sa fermeté, l'énergie de son chef et l'heureux esprit d'initiative du sous-lieulenant Arnaudy, avait donc contenu des fiU'ces vingt fois supérieures, augmenté les pertes de l'ennemi, iulerdil l'eulrée de Fnrbach, cl permis au 2° corps d'effectuer sa reiraite. titie. inscriplinu placée sur uu
1. I.o Kanii-lioiiljcrs (montagne des lapins) est une colline située à l'ouest de Forba<'li, i\\n commande la vallée do la Ho.sselle et couvre la station ainsi que les abords de la voie ferrée de Nancy à Sarrebruck.
monument du cimetière de Forbach rappelle leur vaillante conduite; il n'est pas hors de propos de la rappeler ici.