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La Guerre franco-allemande, page

3. La division de Laveaucoupet comptait à elle seule 130 officiers et 1,782 hommes hors de combat. Un de ses régiments, le 40% avait perdu quatre officiers supérieurs, sur cinq.

Comdaitanis

Effectifs engagés. — La victoire que les Allemands venaient de remporter était due, incontestablement, à leur grande supériorité numérique. Elle seule leur avait permis d'exécuter sur les deux flancs de la position ces mouvements enveloppants qui obligèrent, à neuf beures du soir, nos courageux soldats à abandonner celle-ci. Elle seule avait triomplié d'une bravoure héroïque, et telle que l'histoire n'en enregistre point d'exemple plus éclatant. C'est donc avec surprise qu'on lit dans l'ouvrage du maréchal de Moltke, La Guerre de 1870-71, la phrase que voici relative à la bataille de Spicheren : « Malgré tous les renforts (que reçurent les Allemands), les forces insuffisantes qui avaient entrepris f attaque n atteignirent jamais, à aucun moment de la journée, f effectif de f adversaire. » Examinons donc les chiffres, et nous jugerons après.

Le 2'= corps comptait au total, le 6 août au matin, 29,980 hommes, 5,099 chevaux et 90 pièces (dont 18 mitrailleuses). Dans ce nombre sont compris tous les non combattants. Au début de la journée, tant que les seules troupes engagées furent, du côté français, la division Laveaucoupet et la brigade Valazé, du côté allemand, la brigade de François, bientôt renforcée de la brigade de Woyna (28° brigade), les forces s'équilibrèrent à peu près : 13,400 Français environ contre 15 à 16,000 Allemands. Mais quand, dans l'après-midi, la 5° division prussienne, puis successivement des fractions plus ou moins importantes des 6% là', 16' divisions d'infanterie et des 5' et 6' divisions de cavalerie eurent franchi la Sarre et gagné le champ de bataille, tandis que de notre côté la seule division Bataille apportait l'appoint de ses 9,000 hommes à nos effectifs, la balance se rompit rapidement et les forces des Allemands dépassèrent le chiffre de 45,000 hommes, 11,000 chevaux et 108 pièces de canon tandis que les nôtres se maintenaient forcément aux quantités citées plus hautV

Telle est l'exacte vérité, puisée aux sources les plus documentaires. Il est regrettable que, pour exalter ses soldats victorieux, M. de Moltke ait jugé à propos de l'altérer et cherché à retirer aux nôtres la seule consolation que leur a laissée la défaite, celle d'avoir sauvé l'honneur des armes. Plusieurs fois encore nous aurons malheureusement à constater, dans l'ouvrage du célèbre chef d'état-major allemand, cette tendance à dénaturer les chiffres, quand leur éloquence le gène. Ce sont là des procédés mesquins, contraires à la dignité de l'histoire, et qu'il est pénible de voir employer par un homme dont la valeur d'ailleurs incontestable a été secondée da is une large mesure par une fortune qui ne se lassait jamais.

Reste maintenant à examiner une question capitale au point de vue des responsabilités. Cette supériorité numérique, dont l'adversaire a tiré si grand profit, l'armée française pouvait-elle l'avoir? La réponse no fait, hélas ! aucun doute, et une étude attentive des positions qu'occupaient resiioclivcmcut le 6 au malin les divers

1. En prenant à la lettre les indications données par le grand état-major allemand lui-niome (tome 1, supplément XIV) sur les troupes engagées, on trouve que 3.3 bataillons, 3.3 escadrons, 18 IjaUci'ics, plus les services accessoires, ont pris part à la bataille do Spicheren. Il sutlit d'attribuer à cha.mne des unités leur effectif de guerre pour arriver au chiffre minimum de 45,260 hommes avant (■(uiiliatiu.

BATAILLE DE SPICHEREN "irA

corps allemands et le 3" corps français, démontre qu'aussi bien et mieux ([uc les premiers, le second pouvait arriver sur le. champ de bataille en temps utile. Comment donc ne l'a-t-il pas fait? C'est ce que nous allons chercher à exi)liqucr par les faits.

Mouvements exécutés dans la journée du G août par Je ri" corps. — Lorsque, à neuf heures 10 minutes du matin, le général Frossard entendit les premiers coups de canon tirés par la batterie d'avant-garde de la 14° division prussienne, il en prévint le maréchal Bazaine, son chef direct', à Saint-.\v()ld et lui demanda en même temps, afm de protéger ses flancs qu'il jugeait exposés, d'envoyer à (irossbliedersdorff une brigade de la division Montaudon, et vers Merleliach et liosbriick la division Decaen'. Le maréchal n'ayant fait à cette communication aucune réponse, le commandant du 2° corps envoya à dix heures un nouveau télégramme ainsi conçu : « L ennemi fait descendre, des hauteurs de Savrchruck vers nous, de fortes reconnaissances, infanterie et cavalerie; mais il no prononce pas encore son mouvement d'attaque. Nous avons pris nos mesures sur les plateau.x et sur la route'. » Quarante minutes plus tard, troisième dépèche, où commence à percer l'inquiétude : « On me prévient que f ennemi se présente à Rosbriick et à Merlebach, c est-à-dire derrière moi. Vous devez avoir des forces de ce côté-? »

A onze heures 15, le maréchal répond : « D'après les ordres de f Empereur, j'ai porté les divisions Castagny et Metman sur Puttelange et Maricutlial. Je n'ai plus personne à Rosbriick nia Merlebach; j'envoie en ce moment une brigade de dragons dans cette direction '. »

On voit que Bazaine ne dit rien de la division Decaen, tout entière autour de Saint-Avold, et qu'il lui eût été si facile d'expédier à Rosbriick conformément à la demande du général Frossard. Voulait-il à tout prix garder la position de Saint- Avold? Obéissait-il à l'idée que lui a prêtée le rapporteur du conseil de guerre de Trianon, de conserver intactes pour des circonstances ultérieures les troupes de son corps d'armée ? Toujours est-il qu'au même moment il envoyait aux généraux Metman et Castagny le capitaine de Locmaria avec des instructions singulières (|ni ne répondaient nullement aux besoins du "2° corps, et n'avaient d'autre résultat que de leur faire exécuter un mouvement inutile, de très peu d'étendue, et ne modifiant en rien la situation générale. D'après ces instructions, la division Metman devait se porter sur Macheren et Bening, la division Castagny sur l-'airhswillci- d 'l'iieding. C'était les rapprocher de Saint-Avold beaucoup plus (|ue de Spiclicreu. Fn informant de ces mouvements le général Frossard, le maréchal lui conseillait de se couvrir vers Bosbnick avec une lu'igade de la division Bataille, et de se concentrer sur Cadenbronn, s'il se sentait trop vigoureusement pressé.

1. On se rappelle que, depuis la veille, le maréchal Bazaine était investi du couimaiidonienl supérieur des 2", 3' et 4" corps.

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