Ibid. Déposition du général de Juniac. Même audience
complète de précision dans les ordres donnés, d'inexplicables lenteurs et de regrettables défaillances, aucune de ces forces n'avait paru sur le champ de bataille, où leur intervention eut été si utile. Quant à la division Decaen, que le maréchal ne voulait pas éloigner de Saint- Avold, elle n'avait pas bougé'', pas plus que l'artillerie de réserve; en sorte que de ces 45,000 hommes, répartis à des distances du théâtre de l'action qui variaient de 14 à "23 kilomètres, c'est-à-dire de trois à cinq heures de marche, pas un n'avait pris part au combat.
Ce piètre résultat prouve, comme le dit la Relation prussienne, que « la tendance à joindre l'adversaire, toujours prédominante chez les Allemands, l'espril de camaraderie, de solidarité des chefs et leur coutume de prendre l'initiative en temps opportun sont toutes choses qui paraissent ne pas avoir existé au même degré dans l'armée française'. » Il prouve aussi que la façon dont s'exerçait chez nous le commandement laissait singulièrement à désirer.
Le grand quartier général, en effet, pas plus que les commandants de corps d'armée, n'avait su se procurer des renseignements précis sur les mouvements de l'adversaire. Il ignorait encore à quel point celui-ci nous était supérieur au quadruple point de vue du nombre, de l'instruction, du matériel d'artillerie et de l'emploi de la cavalerie. Apprenant que des éclaireurs ennemis se montraient partout à la fois, il crut qu'il devait se garder partout, et ne se trouva en force nulle part. Au surplus, chaque fois que nous étions attaqués, à Wissembourg, à Frœschwiller, à Spicheren, les généraux, qui ignoraient absolument les desseins et les dispositions des Allemands, croyaient n'avoir à vider qu'une simple affaire d'avant-postes et leurs yeux ne se dessillaient que quand il était trop tard. C'est une erreur de ce genre qui, en retenant le général Frossard à Forbach, le 6 août, l'empêcha de se rendre de visu compte exact de la situation, et de formuler d'une façon nette et précise, dès le début de la bataille, la nature des secours qui lui étaient nécessaires et l'urgence de leur arrivée ^
Quant à la stérilité des mouvements du 3° corps, on doit en rechercher la cause principale dans l'inertie dont, pour la première fois ce jour-là, le maréchal Bazaine
1. Un seul de ses régiments fut envoyé, par chemin de fer, à Forliach, lorsi[uo ajirès six heures du soir le général Frossard eut informé le maréchal dé l'abandon des hauteurs de Spichcren, en ajoutant : «Envoyez-moi des troupes très vite et par tous les moyens. » Quand le régiment arriva ilevant Forbach, la voie était coupée. 11 rétrograda moitié sur Puttelaiige, moitié sur Saint-Avold.