CHAPITRE II
ÉVÉNEMENTS MILITAIRES ET POLITIQUES DU 7 AU 1 i AOUT 1870
A. Retraite de l'armée française. — Il riait trcjis lieurc\s du maliu (juaiid, le 7 août, les dernières troupes françaises évacuèrent le plateau de Spichereii. La retraite du '2° corps s'effectuait lentement, péniblement, dans un encombrement déplorable produit par les convois de voitures et de cacolets qui se' mélangeaient aux colonnes, à travers une nuit noire, et au milieu d'une conCiision qui s'explique par ce fait que le général Frossard, laissé |)ar le niaréclial I5a/.aine dans la plus complète ignorance des positions occupées par le "i" corps', n'avail pu lixei- à ses troupes aucun point de ralliement.
C'est seulement à son arrivée à Sarreguemines que le commandant du ::2" corps, apprenant la défaite de Frœschwiller et jugeant avec raison que, dans ces conditions, il risquait, s'il continuait le mouvement le long de la frontière, de se trouver pris entre les deux armées victorieuses, expédia à tout son corps d'armée l'ordie de
1. Cette ignoi-aiire dura jusque dans la matinée du 7. A ce moment, lo frénéral Frossard rci.'ut du niaiéclial le télégramme suivant, expédié dans la nuit : « Vous avez, pour couvrir votre ligne do retraite, la division Castagny, qui est en avant do Kcdkling, et la division Motnian, qui campe à Bening. Vous foiez bien de battre en retraite sur la position de Cadcnbronn d'abord. »
rétrograder sur Puttelange. Il enjoignit même à la brigade Lapasset, qu'il trouva dans la ville, de le suivre, et en fit son arrière-garde. Depuis cette date, la brigade Lapasset, qu'on désigna sous le nom de brigade mixte, resta attachée au 2° corps'.
Fort heureusement, les Allemands ne tentèrent même pas de nous poursuivre. Epuisés par le rude combat de la veille, un peu surpris même de leur triomphe, ils n'osèrent ou ne purent pas le compléter, et ne lancèrent sur les traces de l'armée battue que quelques escadrons, assez timidement d'ailleurs. Un régiment de hussards envoyé vers Sarreguemines n'entrait dans la ville que « vers la fin de l'après-midi ^ » et après avoir constaté qu'elle était évacuée. Il y capturait toutefois « des approvisionnements considérables en vivres et en matériel de campement, ainsi que quelques locomotives demeurées en arrière^ ».
Le 8 au matin, les 2' et 3° corps se trouvaient donc à une certaine distance de la frontière et à l'abri d'une attaque immédiate ; mais, ici comme en Alsace, on avait négligé en se retirant de couper les voies ferrées, de détruire les ouvrages d'art et de donner des ordres pour le sauvetage du matériel. Le dévouement des agents de la Compagnie parvint à arracher des mains de l'ennemi la majeure partie des wagons, des machines et des appareils télégraphiques, ainsi que la caisse de l'armée ; mais, si complet qu'il ait été, il ne put réussir à mettre la voie hors de service, et, moins d'une semaine plus tard, les Allemands trouvèrent dans son utilisation un puissant auxiliaire pour leur marche sur Metz.
Projet de concentration à Chàions. — Cependant les deux nouvelles foudroyantes des désastres du 6 août avaient plongé dans le désarroi le plus complet l'état-major impérial. Là, on avait pensé d'abord à jeter rapidement vers Saint- Avold toutes les forces disponibles afin d'inquiéter sur son flanc droit la marche de l'ennemi; des ordres furent même préparés pour le mouvement, dans la nuit qui suivit la bataille. Mais on ne tarda pas à reconnaître que la dissémination des différents corps rendait l'opération impraticable, et on y renonça. Passant alors tout à coup à un parti diamétralement opposé, l'Empereur résolut d'opérer la concentr;lion de l'armée sur un jjoint très éloigné de la frontière, à Ghàlons par exemple, dans l'espoir d'avoir plus de temps à lui et aussi de couvrir Paris ; entre temps, un premier point de ralliement serait donné sous Metz.
Ce plan avait le défaut grave de livrer à l'adversaire, sans coup férir, une énorme étendue de territoire dont l'abandon n'était nullement iniposé par les circonstances. Malgré les pénibles insuccès des débuts, la situation n'était pas à ce point désespérée qu'on dût songer dès lors à couvrir la cajjitale, et il ne manquait pas, entre la
1. On se souvient (ino la brigade Lajiasset (1" de la 2' division du 5° coriis), qui devait le 0 août rejoindre à Bitciie son corps d'armée, en lui amenant de Sari-eguemines un convoi de 150 voitures, SCS ambulances et son trésor, avait été i-etonuo dans cette dernière ville par le général Montaudon, qui jugeait son départ trop dangereux. Elle avait avec elle le 3" lanciers, 1 escadron des 12° chasseurs et .5" hussards, enfin une batterie d'arlillcrie (7" du 2"). Elle resta ainsi constituée jusqu'à la capitulation de Met/. ,