SDiirenirs tin gêncial Jarras, paiiC 80. 'Z. Ibid
dirent de wagon, firent feu, et mirent les nhlans en fuite. La voie put être rrtal)lie, et les trains se remettre en marche. Ils avaient à peine dépassé Pont-à-Mousson, qu'une troupe de cavaliers ennemis, composée d'environ 50 hussards et dragons, pénétrait dans la ville, coupait le télégraphe et se mettait en devoir de détruire la voie ferrée, près de la gare. Mais le général Margueritte, qui commandait la V brigade de la division du Barail, avait été prévenu. Faisant aussitôt monter à ciieval le 1" régiment de chasseurs d'Afrique, il prit à une heure et demie la route de Pont-à-Mousson, y arriva vers quatre heures, sur])rit dans une auberge, près du Mont-Mousson, le peloton de hussards qu'il capliira tout enlier, et hmça aussitôt sur la gare un demi-escadron qui s'empara tle presque tout le détachement de dragons. Un ofiicier et 14 cavaliers ennemis étaient tués ; "2 officiers et 26 cavaliers étaient prisonniers et une trentaine de chevaux tombaient entre nos mains. C'est à peine si 8 à 10 hommes avaient pu se sauver -en traversant la Moselle à la nage; quant à nous, nous ne comptions que "2 chasseurs tués et '3 blessés. Aussitôt cette brillante affaire terminée, le général Margueritte fit rétablir la voie, juste à temps pour que la A" division, qui arrivait en gare à ce moment, pût continuer sa route sur Metz.
Malheureusement, l'ennemi ne s'en tint pas à cette tentative avortée: le lendemain 13, un détachement de dragons de la garde se ixu'tait de nouveau entre les stations de Frouard et Dieulouard et coupait la voie par une longue tranchée. Les trains qui amenaient les 14", 20" et 31" de ligne durent s'arrêter les uns derrière les autres ; des hommes du 14° de ligne descendirent de wagon pour chasser les cavaliers ennemis et rétablir les communications. Ils furent accueillis par le feu d'une batterie à cheval dont les projectiles ne tardèrent pas à atteindre la machine du train de tète et à lui faire de graves avaries. Le mécanicien fut obligé de rétrograder en toute hâte, et tout ce qui restait du (J" corps, reconnaissant l'impossibilité de pousser i)!us avant, r.etourna au camp de Chàlons.
Ces divers épisodes indiquaient nettement la présence de forces sérieuses sur notre droite ; mais, en même temps, des engagements partiels qui survinrent dans les journées du 12 et du 13 tout autour de nos positions prouvèrent que l'enueini nous talonnait d'assez près, et chercluiit à pénétrer nos desseins. Le 12, le 4'' chasseurs qui opérait une reconnaissance im ])cu en avant de Peltre et de Jury l'ut altaifué par des détachements du 1 1° huiÈsards prussiens et du 13" uhlans; une rencontre sans im])ortance s'en suivit et les deux jjartis tournèrent bride chacun de leur côté. Au même moment, deux escadrons du 2° chasseurs d'Afrique qui patrouillaient sur la rive gauche de la Nied française se heurtaient à une brigade de cavalerie prussienne, accompagnée d'une batterie à cheval, et se voyaient forcés de reculer. L'ennemi les poursuivait jusqu'à Laquenexy, qu'il canonnait, et ne s'arrêtait que devant des troupes d'infanterie déployées devant Ars-Lequenexy. Enfin, des détachements prussiens se montraient entre Noisseville et Relonfey, d'où le ir bataillon de chasseurs les chassait à coups de fusil, vers Coincy, où ils reculaient devant le 90" de ligne, et à Jury. Partout, on voyait les éclaireurs atteindre nos avant-postes, et ne se i'('|ilicr (pTapivs avoir obsi-rvé nos positicjus.
tandis que notre cavalerie ne réussissait pas à percer l'épais rideau des patrouilles adverses. En outre, et c'était là le plus grave, on signalait la présence de plusieurs escadrons à une douzaine de kilomètres au sud de Metz, ce qui semblait indiquer une tentative pour tourner notre aile droite. L'avant-garde de la 6' division de cavalerie allemande s'était en effet étendue jusqu'à Corny, afin de masquer la marche enveloppante de la IP armée, dont il sera parlé plus loin.
U armée se prépare à franchir Ja Moselle. — (]es graves nouvelles ne laissaient pas d'accroilre les inquiétudes de l'Empereur, qui s'effrayait à la pensée de voir l'armée coupée de Chàlons. — « Il n'y a pas un moment à perdre pour faire le mouvement arrêté », écrivait-il le 13 au maréchal. Mais celui-ci ne semblait nullement partager ces craintes. Il jugeait préférable, au contraire, « soit d'attendre l'ennemi dans nos lignes, soit d'aller à lui par un mouvement général d'offensive^ ». Il comptait, a-t-il dit dans son ouvrage justificatif, réussir à rejeter les forces prussiennes derrière la Nied et se porter ensuite par la vallée de la ^Moselle jusqu'à Frouard, pour occuper la position de la forêt de Hayes, qui s'étend entre Nancy et Tout. Mais l'Empereur revint à la charge avec insistance ; il venait d'ailleurs de recevoir de l'Impératrice une dépêche qui, bien que contenant des renseignements inexacts, indiquait le danger auquel le mouvement d'ensemble opéré par les armées allemandes exposait l'armée de Metz ^
Le 13, dans la soirée, il écrivait au maréchal cette lettre impérative: « La dépêche que je vous envoie de l'Impératrice montre bien l'importance que l'ennemi attache à ce que nous ne passions pas sur la rive gauche ; il faut donc tout faire pour cela. Si vous croyez devoir faire un mouvement offensif, guil ne nous entraîne pas de manière à ne pas pouvoir opérer notre passage. »
Le maréchal, cette fois, se décida, et donna les ordres nécessaires pour faire franchir à l'armée les ponts que le général Goffinières avait, dès le 12, fait jeter sur la Moselle par ordre de l'Empereur. Malheureusement, une crue subite, survenue dans la nuit du 1"2 au 13, avait mis hors de service ces ponts trop légèrement construits, et il fallut toute la journée du 13 et la matinée du 14 pour les rétablir. L'opération se trouva donc retardée par force, et ne commença que ce jour-là, à midi, alors que l'armée du général de Steinmelz était déjà, comme nous allons le voir, assez rapprochée de nous pour l'entraver.
B. Mouvements des V et IT armées allemandes. — Les troupes victorieuses à Spicheren n'avaient rien tenté, le lendemain, pour profiter de leur succès. Le désordre où elles se trouvaient les obligeait tout d'abord à consacrer au moins uiu." journée à la reconstitution des unités tactiques, et en outre le général de Steinmetz, n'ayant que de vagues données sur les mouvements des Français, voulait
1. Maicrlial Bazmnk, i:.\.iiiirr <lii liliiii. Paris, Pion, 1872, page :i).
2. Colle dépêche disait que k's doux armées do Sloininotz et du lu'ini-o Frédorir-Cliarlos avaient opéi'é leur jonction ; que celui-ci se dirigeait sur Verdun en passant au nord do Metz et qu'en mémo temps le Prince royal contournait la place par le sud.
Wairoii aiiiljulaiii;
COMMAITANTS
tl-'i ÉVÉNEMENTS MILITAIRES ET POLITIQUES DU 7 AU 14 AOUT
attendre sur place que le l" corps, encore assez loin en arrière, eût rejoint. Il faisait un brouillard épais; les renseignements fournis par la cavalerie manquaient de précision. On savait bien que des forces sérieuses se trouvaient encore à Boulay et Saint-Avold, mais on croyait le corps du maréchal de Mac Mahon en retraite sur Bitche, et l'on avait même envoyé dans cette direction, et au delà de la Blies, une partie de la 11° armée, pour lui couper la retraite ; le IV' corps, accompagné de la brigade de cavalerie de Bredow, alla ainsi jusqu'à Rohrbach.
Le lendemain cependant, ces troupes qui n'avaient trouvé personne devant elles signalaient l'erreur ; en même temps, un régiment de hussards entrait à Sarreguemines et faisait connaître que les forces françaises paraissaient gagner la Moselle. Enfin, le 8 au soir, le contact était repris d'une façon suffisante pour qu'on pût considérer comme certaine notre retraite dans cette direction.
Aussitôt M. de Moltke forma le projet de lancer la ir armée au sud de Metz, vers le cours moyen de la Moselle, afin de tourner la droite française, tandis que la F" attaquerait de front: « On supposait, dit à ce sujet la Relation allemande, que l'empereur Napoléon était sur la Moselle avec une armée composée de cinq corps. Si on voulait l'aborder de front, en même temps que l'on tournerait sa droite avec des forces supérieures, il fallait, dès à présent, maintenir en arrière notre aile droite, c'est-à-dire la F' armée. Son mouvement offensif devait être, en effet, d'autant plus ralenti que, par suite des circonstances relatées plus haut \ l'aile gauche de la IF armée avait dû s'étendre fort loin vers le sud, tandis que le centre achevait encore de se masser. »
Mais, fidèle à sa tactique, habituelle, l'état-major allemand entendait ne nous attaquer qu'avec toutes ses forces réunies ; le mouvement de l'aile marchante (IF armée) ne commença donc pas immédiatement. Dans la journée du 9, le prince Frédéric-Charles massa ses corps aux environs de Sarrebruck, sur la rive droite de la Sarre, sauf le X^ qui franchit la rivière à Sarreguemines, et le IIF, qui occupa Saint-Avold évacué par nous. Sa cavalerie se porta en avant. Quant à la F° armée, qui le 8 avait appuyé à droite, vers Wôlklingen, afin de laisser libre au prince Frédéric-Charles, par ordre supérieur, la route de Sarrebruck à Saint- Avold, elle ne bougea pas, se bornant à envoyer sa cavalerie à Puttelange et Sarralbe, où nous n'avions plus personne, et annonçant à M. de Moltke, lequel n'en savait encore rien, le départ des troupes françaises de Bouzonville et de Roulay.
Le grand quartier général allemand était venu, le 9, à quatre heures du suir, s'établir à Sarrebruck. Quatre heures après, le chef d'état-major général, sûr enfin d'avoir uiut son monde sous la main, cl complètement renseigné sur notre mouvement de retraite, ordonnait un niouvemciU général en avant, par le télégramme que voici :
a Les rcnscjc/nemonts recueillis l'ont supposer que f ennemi s est retiré derrière la Moselle ou la Seillo. Les trois armées prendront cette direction. « Les routes suivantes leur seront respectivement aiTectées, savoir: « ///" armée : les routes Sarre-Union — Dieuze et au sud ;
1. I.'oiivci il'mio parllo do ses forces pour couper la rotraito au l"-" corps fi'ani;ais.
« ir armée : les rouf es Saint- Avold — Nomény et au sud ;
« l" armée : les rouies Sarrelouis — Boulay — les Etangs et au sud.
« AUn de couvrir ce mouvement, la cavalerie devra être lancée au loin et soutenue par des avant-gardes à grandes distances, de manière à laisser aux armées le temps de se concentrer en cas de besoin. Sa Majesté prescrira les modifications qu'il y aurait lieu d'apporter aux directions indiquées ci-dessus, par suite de la jjosifion ou des mouvemeuts de l'ennemi.
« La Journée du 10 août pourra rire mise à profit par la F" et la 11" armée pour laisser reposer les troupes, ou pour les amener sur les roules ipii leur sont affectées. L'aile gauche ne pouvant atteindre la Sarre avant le 12, les corps de l'aile droite n'auront à accomplir que des marches relativement courtes. »
Journée du 10 août. — Le mouvement commença dès le 10, et donna lieu, dans lai" armée', à des incidents qu'il n'est pas inutile de signaler. Tout d'abord, la marche fut très dure. « Les distances à parcourir n'avaient rien d'exagéré, mais on s'était- crcisé, à Forbach, avec des colonnes du HP corps ; des à-coups s'étaient produits sur la route de Wolklingen à Carling, laquelle était commune à une grande partie de la V armée ; en résumé, la journée avait été fort pénible. Les troupes passaient la nuit au bivouac, sous une pluie torrentielle, couchées, sans paille, sur un sol argileux. Ce fut le lendemain seulement que l'on parvint, au prix de nouvelles et sérieuses difficultés, à faire arriver les convois demeurés en arrière sur la route de Sarrebruck-Forbach ■. » En second lieu, les divisions de cavalerie furent maintenues en arrière de l'infanterie (l'état-major allemand ne nous dit pas pourquoi), et il en résulta la porte al)solue du contact, ainsi qu'iui manque complet de renseignements '. On voit, d'après cela, com])ion dans l'armée du général Steinmetz, celui-là même qui avait voulu nous punir de notre négligence, on était éloigné de la perfection.
Il faut convenir que le prince Frédéric-Charles s'entendait mieux à l'aire la guerre, car, à la fin de cette journée, le gros de sa cavalerie était poussé en a\aiit à une distance moyenne de 18 kilomètres, et les patrouilles gagnaient une vingtaine de kilomètres au delà. Une d'elles atteignit même les environs de Pange et, embusquée dans un bois, put observer toules nos positions sur la Nied.
Journée du 11. — Le 11, le prince i)orla (pialre corps (IIP, [\% \' et garde) en avant de la Sarre, sur une ligne allant îles environs de Saar-Union à Faulqucmont, sur la Nied allemande ; les deux autres corps (IX" et XI P) débouchaient dans le même temps par Forbach et Sarreguemines ; l'ensemble du mouvement était couvert par la cavalerie, dont trois brigades patrouillaient en avant sur un grand arc de cercle compris entre la Seille (Nomény) et la Sarre (Sarrebourg), tandis que la 6° division et les dragons de la garde servaient de soutien à ces éolaireurs.
1. La I" armée, qu'étaient venus renforcer le I"'' «-orps (général de M iMlenlfol) et la 1" division de cavalerie, avait, à cette date, un effectif de lUi,()Ol) hommes, 37,000 chevaux et 270 pièces.