‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 12 sur 262 · Général Thoumas, Les Transformations, etc., page · texte numérisé non relu

Général Thoumas, Les Transformations, etc., page

L'ARMEE FRANÇAISE ENM870 37

porté à l'armée le 15 août 1859, il disait aux trois cents officiers réunis en un banquet, aux Tuileries : « Que le souvenir des imperfections signalées revienne à votre mémoire, car pour tout homme de guerre, le souvenir c'est la science même. » Au surplus, ces imperfections ne présentaient rien d'irrémédiable, et il n'était pas besoin de remonter bien haut dans l'histoire de France pour s'apercevoir ({u'elles n'avaient pas toujours existé. Sans parler, en effet, de la permanence des corps de la Grande Armée, due surtout à la continuité de l'état de guerre, il existait un document qui prouvait que déjà, sous l'ancienne monarchie, on s'était préoccupé d'avoir tout constitués, dès le temps de paix, les éléments des armées de campagne, (le document n'est autre que l'ordonnance royale du 17 mars 1788, élaborée par le Clonseil de la Guerre, et précédée de ce préambule remarquable :

« Sa Majesté veut que les troupes soient toujours disposées à entrer en action et qu elles soient à cet effet organisées, équipées et pourvues de tous Jes effets de campement comme elles doivent être à la guerre, en sorte que ht paix soit pour elles une école constante de discipline et d instruction, en même temps quelle sera pour les généraux une école de commandement. »

En conséquence, le territoire du royaume était partagé en 17 commandements, dont les trois plus importants, Lille, Metz et Strasbourg, devaient être affectés à des maréchaux de France, et les troupes étaient embrigadées' en permanence pour se répartir dans ces 17 commandements, aux ordres directs des commandants en chef. Les événements ne laissèrent point à ce système le temps de s'asseoir définitivement, et bientôt les armées, appelées à la frontière, durent, avant de recevoir une organisation rationnelle, passer par bien des péripéties diverses. Mais le principe qui l'avait inspiré fut soigneusement recueilli par la Prusse et appliqué, dès 1813, à son armée reconstituée. Pour nous, nous l'avions totalement oublié, et jiersonne, avant le maréchal Niel, ne songea à le remettre en vigueur.

Ce ministre si regrettable se souvenait, en efi'et, des désordres dont il avait été le témoin au début de la campagne d'Italie; aussi, son premier soin, quand le 20 janvier 18<37 il arriva aux affaires, fut-il de chercher à en éviter le retour. Dans ce but, il arrêta d'avance et fixa sur le papier la constitution des armées de campagne, que des raisons politiques l'empêchaient de former effectivement, dès temps de paix. La répartition des troupes, les ordres nécessaires à leur concentration et à la préparation des mouvements, les lettres de service, en un mot, ce qu'on appelle aujourd'hui la mobilisation fut établi d'avance, non pas peut-être aussi complètement qu'il eût été à désirer, mais très suffisamment tout au moins pour ((u'on ne fût plus pris au dépourvu. C'était un pas décisif fait en avant, au prix, il est vrai, d'un travail énorme, puisqu'au 1" janvier de cette année, il n'existait en ce genre absolument aucun préparatif'. Bien malheureusement, l'affolement général qui s'empara des esprits, au moment de la déclaration de guerre, détruisit net tout ce qui avait été fait. La réjjartition établie trois années auparavant, et qu'il était si facile d'utiliser en inscrivant simplement sur les lettres de service les noms des

1. Le principe do la division, unité de f-ombat, ne fut adopté que plus tard, en 1793.

Page 1