CHAPITRE III
Bataille de Borny. — Le terrain sur lequel était placée l'armée française (sauf le 6° corps) s'étendait en arc de cercle sur la rive droite de la Moselle et de la Seille, à une dislance de 5 ou 6 kilomètres de la place de Metz. Il était constitué par deux plateaux, celui de Borny et celui de Sainte-Barbe, que séparaient les deux ravins do Colombey et de Montoy, réunis un peu à l'est de Mey, et coupé, principalement sur les bords de celui-ci, par des pentes encaissées et profondes. Cette circonstance devait être mise à profit par l'ennemi, pour s'avancer à l'abri de nos coups. En arrière se trouvaient les trois forts de Saint-Julien, de Bellecroix et de Queuleu, dont seul le second n'avait pas de vues suffisantes pour apporter à la lutte l'appoint de sa grosse artillerie ; ces forts étaient longés respectivement par les trois routes do Bouzonville, de Sarrelouis et de Château-Salins. Enfin, à l'est, courait une ligne lie hauteurs boisées, que jalonnent les villages de Servigny, Noisseville, Ogy et qui dominait sensiblement h^ plateau de Borny.
Les armées allemandes s'étaient mises en devoir, dès la matinée du 14, d'exécuter les presci'iptions contenues dans l'ordre que nous avons donné au chapitre précédent. ].,a ^^ (|ui n'avait pas à bouger, lançait vers le nord-ouest, à Vigy, la
3° division de cavalerie. La IP envoyait le IIP corps occuper Vigny (5° division) et Louvigny (6°), et le IX° occuper Bucliy (18° division) et Béchy (25"). Ces deux corps, destinés, comme on sait, à soutenir, s'il en était besoin, la I'" armée, s'en trouvaient encore distants cependant de 18 kilomètres environ, soit de plus de quatre heures de marche.
Les autres corps se dirigeaient vers la Moselle, précédés par des masses de cavalerie, dont un parti donna lieu, même, à un incident qui ne manque pas de saveur. Un escadron du 2° dragons de la garde, qui était arrivé jusque près de Toul, se heurta, sous les murs même de la place, à un peloton de 35 cuirassiers et gendarmes français; il rejeta sans grande difficulté cette poignée d'hommes sur le faubourg et s'avança à leur suite, fort surpris que les remparts restassent silencieux. Le capitaine pensa alors que la place était évacuée et envoya un officier pour la sommer; mais celui-ci ne reçut que a cette laconique réponse — Repassez une autre fois — et bientôt, des maisons et des jardins, les coups de feu se mirent à pleuvoir sur les dragons'. » Ceux-ci eurent toutes les peines du monde à regagner la campagne, non cependant sans avoir réussi à détruire les écluses destinées à tendre les inondations.
Cependant l'élat-major prussien ne comprenait rien à notre immobilité. « La singulière persistance des Français à demeurer sous Metz, alors que déjà deux corps prussiens avaient atteint la Moselle moyenne et que la cavalerie courait le pays jusqu'à la route de Verdun, ne pouvait guère indiquer d'autre intention que celle d'attaquer la l" armée qui, par suite du développement donné au mouvement de la IP, pouvait paraître isolée-. » Quant au général de Steinmetz, il considérait sa mission comme ayant un caractère principalement défensif, sauf cependant le cas où nous tenterions quelque chose vers le sud, et il ne songeait nullement, du moins c'est l'état-major allemand qui l'affirme, « à entreprendre une attaque de front contre des masses ennemies établies sous la protection de leurs forts \ »
L armée française commence son mouvement. Premiers engagements. — Les choses en étaient là, quand, le 14, l'armée française, enfin dirigée sur la ligne de retraite indiquée par l'Empereur, commença à s'ébranler. Déjà, depuis le matm, les convois étaient passés sur la rive gauche; vers midi et demi, les corps placés aux ailes (2° et 4°) se mirent en marche à leur tour, et engagèrent leurs têtes de colonnes sur les routes qui, derrière eux, conduisaient à Metz. Le 3" corps et la Garde impériale devaient rester les derniers sur le plateau, afin de couvrir le mouvement.
Jusqu'à quatre licures, il ne se produisit aucun incident. L'écoulement par les ponts de la Moselle s'opérait d'une façon régulière, sous les yeux même de l'étatmajor général; déjà le 2° corps en entier, ainsi que deux divisions du 4°, avait