‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 123 sur 262 · Ibid., page · texte numérisé non relu

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évacué les hauteurs, et deux divisions du 3° corps (l"''' et 4') étaient en marche, quand tout à coup un petit nuage de fumée blanche sortit des bois, vers Coincy, et un obus vint s'abattre entre les fermes de Bellecroix et de Sébastopol. A ce moment, les 2° et 3° divisions du S° corps, restées les dernières, se préparaient, déjà formées en colonnes de route, à prendre à leur tour la direction de Metz, et n'attendaient plus pour cela que la rentrée de leurs grand'gardes.

Elles se déployèrent aussitôt et coururent à leurs positions de combat. Dans la 3" division (Metman), la l'" brigade (général de Potier) occupa le bois situé à l'ouest de Colombey, ayant le 29° de ligne (colonel Lalanne) sur la lisière est et le 7° de ligne (colonel Cottret) sur la lisière sud ; une partie de ce dernier régiment se porta également dans des tranchées-abris qui avaient été construites en terrain découvert, dans la direction de la Grange-aux-Bois. Le T bataillon de chasseurs (moins une compagnie de grand'garde restée au château d'Aubigny) s'établit sur le chemin qui va de Colombey à la route de Sarrebruck. La 2' brigade (Arnaudeau) se plaça en seconde ligne, en avant de la ferme de Sébastopol.

Dans la 2° division (Castagny), la 2" brigade (Duplessis) se déploya à 500 mètres environ à l'ouest du ravin de Colombey, à cheval sur les routes de Sarrelouis et de Sarrebruck, le 69° (colonel Le Tourneur) au nord et le 90° (colonel de Courcy) au sud. Un bataillon du 19°, qui avait fourni une grand'garde restée à Montoy, occupait le point de réunion des deux routes. Enlln, le 15" bataillon de chasseurs vint se poster, pour relier les deux divisions, dans un petit bois de sapins qui borde le côté droit de la route de Colombey à Bellecroix. Les trois autres bataillons du 19°, ainsi que le 41° (colonel Saussier), de la l" brigade (Nayral), formaient une seconde ligne, en arrière de Bellecroix.

En même temps, les troupes du général de Ladmirault qui étaient déjà dans la vallée', gravissaient les rampes qu'elles venaient de descendre une heure avant, et accouraient au pas de charge au secours du 3° corps. Ce fut un spectacle inoubliable ! Sur la route en lacets qui grimpe de la vallée, les fantassins poudreux et ruisselant de sueur, mais superbes d'énergie, couraient, Fceil enflammé, et grimpaient la côte d'un pas rajjide que rythmaient les roulements ininterrompus de la charge. Les artilleurs, fouaillant leurs chevaux lancés au galop, passaient dans une trombe de poussière, et jetaient aux coteaux boisés d'alentour des bruits de tonnerre, que l'écho renvoyait aux bataillons déjà engagés, comme pour leur donner confiance. Tous ces braves gens, las de reculer, écoutaient enfin sonner l'heure de la bataille attendue depuis si longtemps, et promise comme une revanche des longues journées de retraite devant un ennemi qu'on ne voyait jamais. Et dans le bruit croissant du combat s'élevait une clameur immense, un cri ])oussé à la fois par des milliers de poitrines, cri (rainour de la i^atrie, cri de joie et d'espérance, où se résumaient tous les sacrifices, tous les dévouements, tous les courages, où se fondaient les amertumes des revers dans la foi robuste de l'avenir, le cri de : Vivo la France!

1. C'étaient les divisions de Cissey (l"'') et de Lorcncez (3"^). La division (M'onier n'avait pas encore quitté le plateau.

Certes, au point de vue tactique, ce retour offensif était une erreur, et nous en aurons la preuve bientôt : mais qui userait en faire un reproche au général de Ladmirault?

Cependant, la lutte engagée si inopinément avait pris rapidement un caractère d'intensité qui témoignait de ce désir ardent qu'avait l'armée française d'en venir aux mains. Mais avant d'en entamer le récit, il est nécessaire de revenir en arrière et d'expliquer par suite de quelles rircunstances elle avait éclaté, pour ainsi dire spontanément.

Depuis que notre mouvement de retraite était commencé, les généraux prussiens, postés sur les hauteurs qui dominent le ravin de Colombey, en observaient les différentes phases. Le commandant du I" corps, général de Manteuffel, supposant un instant que nous préparions peut-être une attaque contre la IP armée, avait même, dès deux heures et demie, fait donner l'alerte à sesiieux divisions, cantonnées à Courcelles-Chaussy et aux Étangs, et les tenait prêtes à toute éventualité. D'autre part, le général von der Goltz, qui commandait à Laquenexy j'avani-garde du VIP corps, constatait que notre mouvement rétrograde avait bien réellement Metz pour objectif et que, par conséquent, nous cherchions à fi-anchir la Moselle. Dans ces conditions, il crut pouvoir prendre sur lui de nous arrêter ; prévenant aussitôt les deux divisions de son corps d'armée de la prise d'armes exécutée par li^ P'' corps, il quitta à trois heures et demie son bivouac et lit demander au général de Manteuffel, ainsi qu'à la V division de cavalerie, de soutenir son offensive.

Ainsi, pour la troisième fois en huit jours, une bataille allait s'engager sur la simple initiative d'un commandant d'avant-garde, et contrairement aux intentions du général en chef. Pour excuser le général de Goltz, la Relation prussienne prétend que son intention primitive était seulement d'occuper Colombey. C'est possible; mais il n'en est pas moins vrai qu'en mettant, sans ordres, ses troupes en mouvement, il entamait une lutte dont il ne pouvait ni prévoir l'importance, ni maîtriser les développements. Ce sont là des pratiques dangereuses, et il a fallu l'inerlie du maréchal Bazaine pour qu'elles aient, cette fois encore, réussi.

Quoi qu'il en soit, l'avant-garde du général de Goltz, composée de 2 régiments, 1 bataillon de chasseurs, 1 régiment de hussards et "2 batteries légères, s'ébranla dans la direction du plateau de Borny. Deux bataillons et une batterie furent dirigés par Marsilly sur le château d'Aubigny. Un bataillon marcha sur Colombey, par Ars- Laquenexy. Le régiment de hussards couvrit le mouvement, à droite, et le reste des troupes suivit en arrière, d'assez près. La compagnie de chasseurs à pied français, qui était de grand'garde au château d'Aubigny, fut bientôt assaillie par des forces supérieures, tournée presque par le sud, et dut, après une courte défense, i-ejoindre son bataillon. L'ennemi put ainsi, sans difficulté, s'étaldir dans le château, et occuper le revers ouest du ravin de Colombey.

Mais deux batteries du ti" corps étaient venues au galop se poster sur la crête du plateau, entre Borny et la mule de Sarrebruck, et ripostaient victorieusement au feu de la seule batterie allemande qui fût encore en position. Le combat devint immédiatement très vif, en sorte que les diverses fractions de l'avant-garde prus-

sienne durent entrer en ligne successivement. Elles occupèrent Golombey et s'étendirent vers le nord, jusqu'à la Planchette, qui n'était occupée que par une grand'garde et fut enlevée après quelques moments d'une chaude fusillade. Mais, pendant ce temps-là, la brigade Arnaudeau s'était déployée à son tour. Le 59° (colonel Duez) avait pris position entre la ferme de Sébasfopol et le bois de Borny; le 71° (colonel de Férussac) envoyait deux bataillons dans le chemin creux qui, partant de Bellecroix, vient aboutir un peu à l'est de la même ferme, et son troisième bataillon renforcer la première ligne. Ces troupes dirigeaient maintenant sur l'adversaire un feu violent qui l'empêchait absolument de déboucher du ravin. « On se trouvait ainsi, dit la Relation allemande, avoir pris pied solidement sur le revers opposé du ravin; mais, pour le moment, il n'était pas possible d'aller au delà. Les Français occupaient en grand nombre les hauteurs à l'ouest et au nord de Golombey, jusqu'à la route de Sarrebruck, de sorte que, de ce côté aussi, les compagnies qui avaient marché sur la Planchette ne pouvaient gagner du terrain sur le revers ouest du ravin'. » D'autre part, la batterie même qui avait ouvert le feu la première, prise d'écharpe par une troisième batterie française accourue en avant du bois de Borny, était obligée de reculer jusqu'au sud-ouest de Coincy où venait de s'établir la deuxième batterie d'avant-garde. Enfin, la 4° division du 3° corps (général Aymard) ', interrompant aussi son mouvement de retraite, arrivait à son tour sur ses positions de combat. Le 11° bataillon de chasseurs (commandant de Paillot) prolongeait au nord de l'intersection des deux routes la ligne formée par le 69°, laissant entre lui et ce régiment place pour les deux batteries de la division. A sa gauche, le 44° de ligne (colonel Fournier) s'était déployé jusqu'au moulin de la Tour. Le reste de la division formait une deuxième ligne, en arrière.

Il était alors plus de cinq heures ; la brigade de Goltz, seule encore en face de toutes ces forces, aurait couru les plus grands dangers, si l'on avait, de notre côté, abandonné une attitude passive devenue sans excuse. Gar de deux choses l'une : ou le maréchal Bazaine voulait, coûte que coûte, effectuer sa retraite sur Verdun, et dans ce cas le meilleur parti à prendre eût été de laisser l'ennemi, qui s'avançait témérairement sous le canon des forts, se heurter aux murs de Metz, comme l'a écrit le major von der Gollz. Il était facile de le contenir jusqu'à la nuit avec le 3° corps et la Garde encore en position, tandis qu'on aurait hâté le mouvement des autres corps sur la rive gauche. Ou bien, si le maréchal jugeait l'occasion bonne pour infliger aux Allemands une leçon sérieuse, alors il pouvait sans hésiter profiter de la situation critique où ils s'étaient mis par leur propre imprudence, et bousculer leurs avant-gardes avec les forces supérieures dont il disposait, pour les rejeter sur leurs renforts. Il n'adopta aucune de ces deux solutions, ne prit pas de détermination, et laissa la lutte se développer sans lui assigner d'objectif défini. Il ne parut pas se rendre compte que le retour offensif opéré par le général de Ladmirault, de sa seule

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