Salut à toi, au jour do la victoiiu
5. Rapport officiel du maréchal Bazaine sur la bataille de Borny.
matin, les 3° et 4° corps demeurèrent donc sur place, séparés à peine par quelques mètres des troupes allemandes, et mêlant leurs brancardiers aux brancardiers ennemis dans la triste besogne du relèvement des blessés. Le général de Steinmetz avait en effet ordonné la retraite des I" et VIP corps sur leurs anciens emplacements; toutefois, « afin de permettre l'enlèvement des blessés et de laisser aux troupes le sentiment de leur victoire, l'évacuation des positions conquises ne devait commencer qu'après quelques heures '. « Ce que le général en chef allemand appelait positions conquises se bornait en réalité à cette bande de terrain, longue de 2 kilomètres et large à peine d'un, qui s'étend du ruisseau de Golombey au fameux chemin creux bordé de peupliers; c'était là tout ce que l'ennemi avait pu nous enlever de terre ; partout ailleurs il avait échoué devant nos positions.
Pertes. — Cette bataille, à laquelle « une direction générale fit défaut de part et d'autre' », qui avait été engagée inconsidérément et soutenue au hasard, fut, vu son peu de durée, particulièrement meurtrière. Nous comptions S généraux blessés, dont I mortellement, 39 officiers et 335 hommes tués, 157 officiers et 2,484 hommes blessés, enfin 590 disparus, en tout 3,608 individus hors de combat. Quant aux Allemands, leurs pertes étaient plus sensibles encore : elles atteignaient le chiffre de 4,906 hommes hors de combat, se décomposant ainsi : 1,189 tués, dont 70 officiers, 3,590 blessés, dont 152 officiers, enfin 127 disparus. Il est vrai de dire que leurs effectifs dépassaient les nôtres de beaucoup, puisqu'ils avaient mis en ligne deux corps d'armée et demi, soit environ 70,000 hommes, contre moins de deux corps d'armée français, soit 50,000 hommes : au point de vue de l'artillerie, en particulier, leur supériorité numérique s'affirmait par 192 pièces engagées contre 156, dont 36 mitrailleuses.
Résultats de Taffaire de Borny. — Quels étaient, maintenant, les résultats de cette rencontre sanglante ? Au point de vue purement tactique, nous pouvions certainement nous considérer comme victorieux, et l'impression générale ressentie par les troupes qui avaient si valeureusement lutté pour conserver les positions de Bellecroix et de Mey était incontestablement celle d'un succès. Si, à la vérité, l'assaillant avait pris pied sur le versant ouest du ravin de Golombey, c'était d'une façon tellement précaire que, de son propre aveu, il ne pouvait pas y rester. « Il n'était pas impossible, dit en effet à ce sujet la Relation allemande, qu'au point du jour les masses ennemies que l'on supposait encore entre les forts et en arrière ne cherchassent à déboucher de nouveau, avec des troupes fraîches, contre la position assez en l'air du 1"' et du VU" corps. Ces considérations déterminaient le général Steinmetz à ordonner la retraite de ces deux corps \.. » Aussi l'armée française, qui, pour la première fois depuis le commencement de la campagne, couchait sur un champ de bataille ([u'un ennemi supérieur en