La Guerre franco-allemande, page
596 BATAILLE DE BORNY ET JOURNÉE DU i 5 AOUT
nombre n'avait pu conquérir, éprouva-t-elle ce soir-là un sentiment d'émotion joyeuse où elle voulut lire l'augure de jours meilleurs. Dans ses bivouacs, établis au milieu des morts et des mourants que la lune éclairait de sa lueur blafarde, elle salua le retour espéré des anciennes gloires, la fin des angoisses et des tristesses, et l'aurore de triomphes nouveaux. « Vous avez rompu le charme », disait le lendemain l'Empereur au maréchal, et le mot était ratifié par l'armée tout entière, bien convaincue que c'en était fini des amertumes de la défaite... Hélas ! il n'en était rien, et ce premier succès, si ardemment désiré, si joyeusement acclamé, nous était, en réalité, plus préjudiciable ipi'utile. Nous avions, en livrant la bataille, fait le jeu des Allemands.
Que cherchaient ceux-ci, en effet? Retarder le plus possible notre passage sur la rive gauche afin de permettre à la IV armée d'achever son mouvement tournant. Cependant leur désir de nous maintenir sur les plateaux où nous étions campés n'allait pas jusqu'à leur faire commettre l'imprudence de nous attaquer dans la zone même d'action des forts de ÏNletz, et il résulte de leurs propres dires que, sans la bouillante ardeur du général de Goltz, notre retraite, si tardive qu'elle fût, aurait pu s'effectuer sans encombre. « 11 n'était pas dans les intentions du commandant en chef de la V armée, a écrit le grand état-major prussien, d'aborder les Français dans la zone même de la place; rien, dans le contenu des rapports parvenus au quartier général de \'arize jusque dans les premières heures de l'après-midi, ne faisait non plus prévoir une rencontre pour le 14. Aussi, quand vers cin(| heures, des dépèches ultérieures du I" et du Ml" corps eurent apporté la nouvelle, Ibrl surprenante dans ces conditions, qu'une action était imminente, sinon môme déjà entamée, sur le plateau de Metz, le général de Stcinmetz s'était dirigé vers la route de Sarrelouis, et avait envoyé des ofiiciers de son état-major sur les divers points du champ de bataille pour ordonner, en son nom, de rompre le combat'. » Bien plus, malgré les heureux résultats de l'initiative du général de Goltz, la publication officielle n'a pas hésité à infliger à celui-ci un blâme implicite. « Le résultat de la bataille de Golombey-Noiiilly-, y est-il dit, a montré, une fois de plus, (pi'un sentiment aussi vif de solidarité, qu'une telle promptitude de décision renferment le germe de résultats féconds ; mais il no faut pas se dissimuler, pour cela, que ce. mode de batailles improvisées est de nature à entrai/irr maints (taïKjci-s. et, sous ce rapport, un utile enseignement peut (''Ire tire de la journée du 1 A août. »
Ainsi donc, celle lutle à laquelle prirent pari [iliis de 100, OOO lionimes a été provoquée par un simple incident, auquel ne s'attendaient ni l'ini ni l'autre des généraux en chef. Geci prouve qu'à la guerre, il est indispensable de se préoccuper d'avance de toutes les évenlualilés et de se mettre en garde contre des événements qui, bien que non prévus, peuvent cependant ijuelquefois surgir spontanément du seul fait de la situation tactique. Le 11, le