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La Guerre franco-allemande, page

CumhattanI'S.

maréchal LrJazaine devait savoir qu'une armée ennemie le talonnait; les escarmouches des avant-postes, les patrouilles de cavalerie allemande qui se montraient partout, les prisonniers faits en maints endroits, tout cela prouvait clairement que les vainqueurs de Spicheren nous suivaient d'assez près. Il est vrai de dire que notre cavalerie, toujours aussi peu experte dans l'art des reconnaissances, avait laissé le commandant en chef dans l'ignorance de la position exacte occupée par l'ennemi, et que le maréchal pouvait très bien ne pas se douter que l'armée de Steinmetz fût cantonnée à moins de huit kilomètres de la sienne. Mais il connaissait cependant, lui-même en a convenu, la situation générale, et il savait parfaitement que, d'un moment à l'autre, il pouvait être attaqué. Avait-il pris toutes les précautions nécessaires pour parer au danger, et sul'iisamment protégé sa marche rétrograde? Était-il même assuré, en la commençant, de pouvoir l'effectuer jus(iu'au bout, sans avoir à redouter aucune entrave imprévue? C'est ce à quoi les faits répondent par eux-mêmes, et il suftit de les rappeler pdur voir que le commandant en ciief avait malheureusement négligé de prendre une quelc<uique des mesures préalables qui seules eussent pu garantir sa liberté d'action.

Point d'avant-garde de cavalerie pour surveiller et renseigner; pas même de patrouilles ni de reconnaissances. Des grand'gardes d'infanterie , postées à un ou deux kilomètres, c'est-à-dire à une dislance à peine suftisante pour protéger contre une surprise brutale les troupes qu'elles étaient chargées de couvrir : voila en ipioi consistait unicjuement notre service de sûreté. Au lieu de tenir avec de fortes arrière-gardes les directions, parfaitement définies, par où l'ennemi pouvait se présenter en cas d'attaque, et d'effectuer, sous leur proteclion et celle des forts, le mouvement de retraite auquel on semblait décidé, on ne s'était même pas préoccupé de s'assurer la possession des débouchés naturels qui abiiutissaient à la position ni de se garantir contre le danger que présentaient les couverts dont étaient semés les abords de celle-ci. I)ien plus, les queKpu's points d'appui que tenaient nos grand'gardes, tels que la Planchette, Mouloy, le château d'Aubigny, avaient été abandonnés à eux-mêmes, et nulle part on n'avait songé à soutenir les petites unités qui les occupaient au début. Un si complet oubli des règles les plus élémentaires de la tactique explique sui'abondammeut les maigres résultats de nos efforts et justifie les critiques que les Allemands ont formulées à notre adresse. « II. est difficile, ont-ils dit, de comprendre pourquoi, dès le principe, les Français ne refoidèrent i)as avec plus de vigueur les tentatives partielles (pii marquèrent le début tle l'offensive allemande. Il est vrai que déjà l'armée française avait couunencé à passer la Moselle par ses deux ailes; mais au centre, c'esj-à-dirc |)ré('isémenl au point contre lequel fut dirigé le premier effort du génér.d di' (ioltz, le 3'' corps était sous les armes et encore entièrement formé* dans des positions parfaitement

1. Ceci n'est pas tout à fait exact: nous avons vu que deux divisions seulement du 3" corps» sur quatre^, éiaicni encore en position. Mais, à ce point près, l'argument n'en a pas moins sa valeur.

BATAILLE DE BOR.NV ET .lULRXÉE DT 1 :. AOUT 599

disposées pour repousser une attaque. A peu de distance derrière lui, la (larde constituait une réserve compacte. Alors que, en tout état de cause, il eût été avantageux, pour couvrir et assurer la retraite, de se maintenir par de l'ortes arrière-gardes sur le ravin de Golombey, nous voyons, au contraire, les points de passage les pins inniorlanls, tels que (lolombey, la Planchette, Lau\allier, Nouilly, emportés de première lutte par les tètes de colonnes prussiennes, qui continuèrent ensuite à s'y maintenir pendant longtemps, sans être autrement soutenues'. » Si donc notre succès ne fut pas plus nettement dessiné, c'est d'abord parce que les dispositions prises par nous ne répondaient pas aux conditions exigées par la dél'ensive, et aussi parce qu'une direction résultant logiipiement d'un plan mûrement arrêté d'avance avait complètement fait défaut.

Telle quelle, la bataille de Borny eut sur lesévénemenls ultérieurs les conséquences les plus graves. En laissant les 3'= et 4" corps accepter la bataille, le maréchal Bazaine avait singulièrement compromis le succès de la retraite sur Verdun, et perdu une journée que la IT armée devait mettre à profit. Passe encore si, comme il en exiu'imait l'idée dans sa lettre du 13 à l'Empereur, il eut pris résolument l'offensive avec toutes ses forces, et lancé ses 170,000 honunes sur les UO.OOO de Steinnu'tz. Mais cette résistance passive, avec l'arrière-peusée de reprendre aussilùt que possible le passage de la Moselle, ne l'épondait à aucime visée stratégique, et ne pouvait rien amener de fécond. Faut-il voir dans ces perpétuelles hésitations du maréchal l'effet des appréhensions produites par les nouvelles erronées qu'il avait reçues de Paris, ou bien sont-elles seiilcinenl 11' résultat de ce manque de caractère dont il n'a malheureusement donné ([ue trop de preuves depuis ? C'est ce qui jusqu'ici n'a pu être précisé. Mais K' fait certain est qu'elles ont permis à l'armée du prince Frédéric-Charles d'aeeonqilir sans difticulté son dangereux mouvement de flanc, et que lorsque avec une journée de retard les forces françaises atteignirent enfin le plateau de (Iravtdolte, re fut pour se heurter aux avant-gardes prussiennes, ([ui venaient leur barrer le chemin.

Journée du 15 août.

A. Mouvement ue i.'.\hmkk i-i!A.M:AisH. — Dans la nuit du 11 au lô, les différents corps de l'armée du lUiin ipii axaient été engagés rcprii-ent, conlnruu'Uicut aux ordres du maréchal, Icui- luairlu" vta-s la Mosidle. Ils ne reçurent cepcudiiut |ias poui' cela de nouvelles instructions, et se bornèrent à poursuivre rexécidion de celles qui, envoyées le 13, avaient subi dans leur accomplissement l'arrêt causé |jar l'alfaire de iioi'iiy. Nous allons donc xoir ipielle en était la teiH'iu'.

Le 13, dans la nuUinée, le maréchal avait expédié à sou chef d'('t;d-niajor, le g('uéral Jarras, un ordre de mouvement' général aux ternies du(|U(d l'ai'uiée du llhiu devait gagner le point de (iravelotte, situé sur la route de .Met/, à

1. La Guerre franco-allemande, page 1!)!. 'i. Vuir aux |iii'i-fs jiistilicativcs ta pièce ii" 8.

Verdun, en une seule colonne, forte de plus de 150,000 hommesV Arrivée là, elle se serait scindée. Deux corps d'armée, les 2° et 6', avec les réserves générales, auraient continué par Mars-la-Tour et Mauheulles; les trois autres auraient pris la roule de Conflans et d'Etain. On a vu comment la rupture des ponts de la Moselle avait retardé le départ jusqu'au 14 à midi ; malgré tout, le maTéclial comptait pouvoir réunir toute son armée, autour de Gravelotte, le 14 au soir, et il l'écrivait à l'Empereur, quelques instants avant d'être attaqué à Colombey : « J'espère que le mouvement sera terminé ce soir; les troupes ont ordre de camper en arrière des abords de ces routes (celle de Mars-la-Tour et celle de Conflans), atin de les prendre demain matin. » C'était se faire des illusions bien étranges, car une marche exécutée dans des conditions pareilles présentait des causes d'impossibilité matérielle que les chiffres suivants, donnés par M. le général Lewal, démontrent clairement. En formation simple, c'est-àdire l'infanterie par (puUre hommes de front, la cavalerie par deux et les voitures par une, la longueur de la colonne totale eût atteint 226 kilomètres 450 mètres; en formation doublée, cette longueur était encore de 152 kilomètres 236 mètres! Par suite, il fallait, pour que la queue de la colonne puisse arriver jusqu'au bivouac indiqué, dans le premier cas 74 heures 56 minutes; dans le deuxième cas 47 heures SS minutes. Même au delà de Gravelotte, quand on aurait marché sur deux colonnes, celle du nord aurait encore compris 99,252 hommes, celle du sud 53,335 hommes. « Cet effectif énorme dépassait tout ce que Napoléon I" avait cru pouvoir se permettre de plus considérable en ce genre... Les observations les plus motivées furent soumises au commandant en chef au sujet de l'impossibilité matérielle du mouvement indiqué. Il persista dans son

dessein d'engager tonte l'armée dans ce défilé cpii enserre la route de Metz à

Gravelotte, par Moulins -. )>

Et cependant, il aurait pu sans difficulté, disposer, pour gagner les plateaux de

la rive gauche, des quatre routes que voici :

1° De Metz à Gravelotte, par Moulins, environ 13 kilomètres;

2° De Metz à Verneville par Plappeville, Lessy, Chàtel- Saint-Germain,

15 kilomètres ;

3° De Metz à Habonville par Lorry et Anian\illcrs, 16 kilomètres;

4° De Metz à Sainte-Marie-aux-Chènes, par ^^'llil)py, Saulny et Saiut-Privat-la-

Montagne, 15 kilomètres.

M. le général Lewal, dont la compétence à cet égard s'impose, estime qu'en

utilisant ces quatre routes, l'armée, pour se rendre des j^oints qu'elle occupait le 13

sur la rive droite, jusqu'à destination, n'aurait eu besoin (pie de 27 à 28 heures

en formation ordinaire de marclic, de 1'.) à 20 lieurt's en Inrnuilinii doulilèc. Par

1. Lo 13 au soir, l'ariiiéo du Rhin coiii[)lait 17i'),l!)5 lioiiiino.-;. Lp général Lewal cvaliic à l.j.',.587 hommes l'effectif qui dovail lui roslof après l'alTaii-o du 1 1, cl dcfah-aiion faite de.s malades et de la garnison de Metz.

2. Général Liîwal, Èlndcs de guerre, Taciiijiie de marche, l'ai-is, Duniaine, ISTd, i'. ~(H'p et suivantes.

BATAILLE DE BOR.W ET JOIRXEE DU 1 rj AOUT 301

suite, si le mouvement avait commencé dès le 14 au matin, sous la protection d'un corps d'armée laissé vers Borny, pour le couvrir, et s'il s'était exécuté avec la ferme volonté de refuser formellement le combat, il eût élé certainement terminé le 15 au soir; dans ces conditions, la bataille de Rezonville fût très probablement devenue un succès décisif, qui aurait singulièrement modifié la tournure des affaires'.

Pourquoi donc cette obstination fatale du maréchal? Craignait-il, en s'étalant vers le nord, une attaque sur son flanc droit? Interrogé à ce sujet par le président du conseil de guerre de Trianon, il a lui-même répondu: « Non! » Voulait-il ralentir le mouvement de retraite, afin d'être débarrassé de la présence de l'Empereur, dont le départ était li\é au 16, et rester ensuite mailrc absolu de ses actions? C'est plus probal)le, et les événements ultérieurs semblent donner à cette hypothèse quelque valeur. (Juui qu'il en soit, l'armée essaya d'obéir à ses ordres déplorables; mais, ainsi que c'était à prévoir, elle ne put pas y réussir.

Le mouvement avait été commencé, comme on l'a vu précé.demmeiil, le li un peu avant midi, par les "2°, 6" corps" et les réserves générales (cavalerie et artillerie). Dès quatre heures, les deux corps, arrêtés par l'encombrement dû à l'entassement sur les routes des convois et des parcs, étaient obligés de s'arrèlerau pied du mont Saint-Quentin et d'y passer In nuit, tandis que la réserve (riirlilli'rii' allait s'engager sur la route de Lessy, pour essayer de faire de la idace. Le lô, de grand matin, ils se remirent en marche, précédés par la division de cavalerie de Korton, qui arriva devant Mars-la-Tour vers huit heures. Là, celle-ci se heurta à deux escadrons de dragons allemands qui, à son approche, se replièrent sur Puxieux; la brigade Murât, envoyée à leur poursuite, alla jusqu'à Tronville ; nuiis, accueillie j)ar le feu d'une batterie à cheval, elle remonta vers le nord, et revint trouver le gros de la division, qui, de son côté, s'était avancée jusqu'à Mars-la-Tour. Des masses assez importantes de cavalerie se montraient vers l'ouest et le général de Forton ne crut pas prudent de les attaquer; il n'avait cependant devant lui, à ce moment, que la seule brigade Rederu ( 15°)', qui avait pour mission, comme on le verra plus loin, de surveiller la route de Gravelotte à Verdun et de tâcher d'inquiéter les troupes qui s'y seraient engagées; cette brigade, bien qu'accom|)agnée de deux batteries, n'était certainement pas de force à lutter avec la division de l*'(U'lon, suivie à courte distance de la division du Ltarail. Mais noire eavalei'ie, d'une

1. L'année disposait, pour fraiicliir la Moselle, de cinq ponls, doul deux dans la viUu. Un aurait donc pu alTecter à chaque corps d'armée un pont et même une route, en exécutant le uiouvcuient par échelons. Quant à la cavalerie, elle aurait dû franchir la rivière le 13 au soir, et prendre ainsi une journée d'avance. Mais, pour tout cela, il eût fallu construire plus solidement les trois ponts jetés sur la Moselle, ou tout au moins se liâter davantage de les reconstruire. Les exercices exécutés journellement par les pontonniers dans leurs garnisons prouvent que le temps employé à cette réfection a été absolument excessif.

2. Le 2° corps était à Mercy-lès-Metz; le i>' dans les forts et prés de Woippy, c'est-à-dire déjà, au moins en partie, sur la rive gauche.

3. Jusqu'à deux heures de l'aprcs-midi, la brigade Redern resta seule en présence do notre cavalerie. \ ce moment, elle fut rejointe par les deux autres brigades de sa division (brigades Barby etBredow), en sorte que trente-quatre escadrons se, trouvèrent réunis au sud de Mars-la-Tour. Quand le général de Forton se fut retiré, ces troupes s'établirent au bivouac, la brigade Redern à Xonville, la brigade Barby à Puxieux, la brigade Bredow à Suzemont, à cheval sur la grande route.

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bravoure si éclatante sur le champ de bataille, ne savait à celte époque que se sacrifier pour sauver les situations désespérées. Elle se retira donc, après une canonnade sans importance, et s'en revint bivouaquer auprès de Vionville, à côté de la division de Valabrègue (2° corpsj, qui venait d'y arriver de son coté. Quant aux 2° et 6° corps, ils s'établirent vers deux heures de l'après-midi auprès de Rezonville; la cavalerie, qui aurait dû les couvrir, se trouvait exactement à 2 kilomètres 800 mètres en avant d'eux, et n'avait personne sur le tlanc gauche, pourtant sérieusement menacé.

La Garde, qui suivait les 2° et & corps, était partie de Plantières, le 14, à la nuit; elle atteignit (jravelotte le 15 au soir, ayant mis près de vingt-quatre heui-es à faire 17 kilomètres et demi, en raison des à-coups imprimés à sa marche par les difficultés d'écoulement des deux corps qui la précédaient. .\près son arrivée, 73,164 hommes se trouvaient sur la rive gauche de la Moselle. C'était tout ce qui avait pu suivre la roule indiquée par l'ordre du maréchal.

Les 3° et 4' corps avaient dû, en effet, dès le début, renoncer à s'engager sur le chemin de Gravelotte. Le 3' corps, parti le 14, vers deux heures du malin, des environs de Borny, atteignit les ponts de la Moselle dans la matinée du 15. De là il se porta comme il put vers l'objectif indiqué, mais ne réussit à faire arriver qu'une seule de ses divisions, le 15 au soir, à Saint-Marcel ; deux autres rejoignirent avec peine dans la nuit et la matinée du 16; la quatrième ne parvint pas à quitter la Maison-de-Planches, où elle était bivouaquée. Quant au 4° corps, son mouvement s'effectua avec des péripéties telles, qu'il n'est pas inutile d'entrer à son sujet dans quelques détails circonstanciés.

Parti le 15, vers une heure et demie du matin, des environs de (ni mont et de Mey, il mit neuf heures pour arriver au hameau du Sansonnet, sur la live gauche de la Moselle. Ses unités, confondues par les hasards de la lutte et les à-coups d'une marche de nuit opérée pêle-mêle, se trouvaient à ce point en désordre qu'il fallut faire une halle, pour procéder à un rassemblement qui s'imposait, et c'est à midi seulement qu'il put reconstituer son ordre de bataille V Peu après, le général de Ladmirault le remettait en route, en commençant par la 3° division (Lorencez). Mais celle-ci, en arrivant sur la route de Gravelotte, seule désignée par l'ordre de mouvement, la trouva tellement encombrée d'équipages de ponts, de troupes de toute nature et même de cavalerie ^ qu'elle fui dans- l'impossibilité d'avancer. Le commandant du 4' corps lui ordonna alors, de sa propre autorité, de jirendre la roule de Lessy, qu'il croyait libre ; là encore, on se heurta à des troupes auxquelles la même idée était venue, comme par exemple la réserve d'artillerie tout entière, et l'on ne put atteindre Lessy que le 15 au soir. Dès le lendemain, la division de

1. « J'ai dû, éci'ivait au maréctial le général de Ladmirault, garder les position.s jusiiuVi une heure du matin et diriger alors les troupes vers les pont» de la Moselle. A peine aoain-Je pu rallier tout le monde à midi. » Le temps employé par le 4' corps pour parcoui;»!' '.) kilouH-lrcs n'est d'ailleurs pas excessif, étant dunné (ju'il comptait 3:i,000 liummes et qu'il avait du opérer, de nuit, le passage d'une rivière.

ii. Proeén Boznine, déposition du général de Ladmirault.

Lorencez fut dirigée sur Sainte-Marie-aux-Chènes, qu'elle atteignil seulement le 16, vers une heure de raprès-midi. Quant aux deux autres divisions, elles restèrent au Sansonnet et dans la plaine de Woippy, attendant que les chemins fussent dégagés pour s'en servir à leur tour. Nous verrons bientôt comment leur chef réussit à les faire déboucher à temps sur le champ de bataille de Rezonville.

Ainsi, le mouvement général prescrit le 13 août par le maréchal, commencé le 14 à midi, et qui, d'après lui, devait exiger au plus une demi-journée, ne se termina que le 1(5, à une heure avancée de l'après-midi. Bien que l'ordre de n'utiliser que la seule route de (iravelotte n'ait point été exécuté partout, plus de 50 heures avaient cependant été nécessaires pour l'accomplir, et encore n'était-ce pas sans des difficultés considérables. Il est vrai de dire que l'affaire de Borny, en retenant près de 12 heures deux corps d'armée sur la rive gauche, lavait retardé dans de notables proportions; mais ^n peut affirmer hardiment que dans les conditions imposées par le commandant en chef, il ne pouvait, en aucun cas, se terminer avant le 16 au matin, et encore à grand'peine. L'obstination du maréchal, raisonnée ou non, était donc en contradiction formelle avec le projet de retraite rapide sur Chàlons, auquel il avait paru se rallier définitivement; elle permet, en tout cas, d'émettre quelque doute sur sa sincérité à cet égard.

En outre, ce qui était non moins grave, on n'avait détruit aucun des ponts de la Moselle, par lesquels allaient passe;- les corps de la ir armée. Du jour où la retraite par Metz fui décidée, cette destruction s'imposait cependant, pour protéger l'aile gauche ; seule, une arche du pont du chemin de fer à Longeville fut brisée, et ce pont, situé sous le feu du fort Saint-Quentin, ne pouvait précisément pas être utilisé par l'ennemi. « En prévision des événements qui se déroulaient, a dit le général de Rivières dans son rapport, des dispositifs de mine avaient été ménagés dans les ponts de Magny et de Marly, sur la Seille, dans les deux ponts d'Ars et dans celui de Pont-à-Mousson, sur la Moselle; enfin, à Novéant, existait un pont suspendu qui pouvait être détruit en quelques minutes. Des demandes réitérées furent adressées au général en chef, dans la journée du 13 et dans la matinée du 14, par les habitants de Novéant et d'Ars, pour que l'autorisation fût donnée de renverser les ponts. Aux deux premières dépêches, on répondit : A f tendez. Une troisième resta sans réponse. De son côté, le service local du génie faisait auprès du général Coffinières une démarche semblable pour la destruction du pont d'Ars, démarche qui n'aboutit qu'à un refus'. » Cette négligence, qu'on ne peut s'expliquer que par l'idée déjà préconçue chez le maréchal de se créer une excuse pour ne pas s'éloigner de Metz, eut les conséquences les plus fâcheuses ; l'ennemi n'avait pas encore ses équipages de ponts, et la destruction des passages existants eût certainement retardé l'armée du prince Frédéric-Charles de deux ou trois jours ^ pendant lesquels notre mouvement sur Verdim se fût terminé sans encombre; l'aveu suivant, qu'on trouve dans une jjublication

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