‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 134 sur 262 · Ibid., réquisitoire · texte numérisé non relu

Ibid., réquisitoire

304 BATAILLE DE BORNY ET JOURNEE DU i 5 AOUT

allemande quasi officielle, en dit long à cet égard : « Ces ponts laissés intacts par l'ennemi lï étaient ni défendus ni même surveillés, et ils nous furent de la plus grande utilité. Il est hors de doute que celui de Pont-à-Mousson et surtout celui de Novéant, dont la destruction n'eût demandé que peu de temps, nous ont rendu de très grands services et que nous devons en partie à leur conservation le succès de la journée du 16 août \ »

Cependant, le maréchal, ainsi qu'il l'avait dit dans son ordre de mouvement, s'était rendu auprès de l'Empereur, au quartier général de Longeville-lès-Metz. Il y arriva à une heure du matin, le 15, et eut avec le souverain une entrevue qu'il a racontée lui-même en ces termes: « (Juoique Sa Majesté fût souftrante et au lit, je fus immédiatement introduit dans sa chambre; l'Empereur m'accueillit avec son affabilité habituelle. Je lui racontai ce qui s'était passé et je lui exprimai mes inquiétudes pour les journées suivantes, les Allemands ayant trouvé libres les routes qu'ils avaient à suivre pour prendre position entre Meuse et Moselle, par conséquent sur notre ligne de retraite. Je fis part à l'Empereur de la souffrance que j'éprouvais et j'ajoutai que, craignant de ne pouvoir supporter les allures du cheval, je le priais de me faire remplacer. Sa Majesté, me touchant l'épaule et la partie brisée de l'épaulette, me répondit avec cette bonté qui cliarmait ceux qui pouvaient l'approcher : « Ça ne sera rien, c'est l'affaire de quelques jours, et vous venez de briser le charme. » — L'Empereur ajouta : « J'attends une réponse de l'Empereur d'Autriche et du Roi d'Italie; ne compromettons rien par trop de précipitation et évitons, avant tout, de nouveaux revers ^ » — Que dire de l'inconsciente ingénuité du général en chef, qui déplore la facilité laissée aux Allemands pour prendre position sur ses derrières, alors qu'il lui eût été si facile de la leur retirer! Que penser aussi des persistantes illusions de ce malheureux Empereur, qui escompte encore l'appui d'alliés problématiques, à l'heure où les événements ne laissent plus déjà aucun doute sur le parti que dicte à ceux-ci leur intérêt! N'y a-t-il pas quelque chose de tragique dans cette entrevue, au pied d'un lit d'auberge, du souverain éperdu avec le lieutenant félon qui s'apprête à tromper sa confiance, et dans cet aveu poignant d'une suprême espérance dont la réalisation est impossible désormais?...

C'est ainsi que se termina la nuit du 14 au 15, sans donner lieu à de nouveaux incidents. Mais, dès six heures du matin, une batterie prussienne étant venue se poster près du château de Frescaty \ envoya quelques obus aux troupes qui se pressaient sur la route de Gravelotte, entre Longeville et Moulins. L'un d'eux tomba malheureusement au milieu d'un gruuiic d'officiers du 10° de ligne, occupés à faire le rapport, emporta les deux jambes du colonel Ardant du Picq, officier des plus remarquables et des plus justement appréciés, et blessa mortellement un adjudant-major et un chef de bataillon. Le quartier impérial, situé à quelque

1. Opérations du corps du yénie allemand, par A. Gœtze, capitaine au corps du génie prussien.

2. Ex-inaréclial Bazaine, Épisodes de la guerre de ISIO et le blocus de Metz, Madrid, Gaspard, 1883, page 70.

3. Elle appartenait à la (> division de cavalerie, ainsi iju'il sera dit plus loin.

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