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Ex-maréchal B\zainf,, Épisodes, page

mais le 15, dans la matinée, il recevait de M. de Moltke un télégramme l'avisant du combat de la veille et lui enjoignant de pousser vers la route Metz-Verdun. Aussitôt il donna l'ordre au général de Voigts-Rhetz, qui commandait le X' corps et avait provisoirement avec lui la 5° division de cavalerie, de porter cette division sur la rive gauche de la Moselle', d'abord vers la route Metz- Verdun, puis vers Metz, de manière à s'assurer si l'armée française avait déjà quitté la place, ou si elle était encore en voie d'effectuer sa retraite. Les deux divisions du X" corps devaient s'avancer dans la vallée de la Moselle et au nord-ouest, pour soutenir la cavalerie. La brigade de dragons de la garde, qui se trouvant à Rozéville était appelée à Thiaucourt, à la disposition du général de Voigts-Rhetz, enfin les autres corps étaient poussés vivement vers la rive gauche de la Moselle, en sorte que les liositions occupées dans la soirée du 15 se trouvèrent ainsi réparties :

5° division de cavalerie (dont nous avons relaté l'engagement avec la division de Forton), à cheval sur la route de Verdun, à l'ouest de Mars-la-Tour. Un do ses escadrons poussait même au nord jusqu'à Jarny i)our se relier aux pai'tis que la T" armée aurait pu jeter sur la rive gauche, au nord de Metz.

IIP corps, à Pagny et Arnaville, sur le Rupt de Mad. Ce corps, (jui a\ail tVanelii la Moselle aux ponts de Novéanl et de Champey, envoya aussitùl après son arrivée, vers minuit, occuper Gorze (5 kilomètres) et Dornot (;] kilomètres) par des détachemeids dont la force était respectivement d'iui bataillon et de six pelotons.

X" corps, à Thiaucourt (11)'' division) et à Foiit-à-Mousson {'20').

Garde, à Dieulouard ; la brigade de dragons à Tliiaiicourt, celle de iihiaiis à Ménil-la-Tour, celle de cuirassiers et gardes du cnr[is, à Pjornècourl.

IV" corps, à Marbache.

C'est-à-dire ipie quatre corps d'armée tenaient la ligue do la .Moselle, hiudis (pi'une division de cavalerie occupait tlèjà la route directe de Metz à \'erdini. Ouant aux autres corps, ils se trouvaient encore en arrière, le IX" à Verny, le XIP à Xomény et Moncheux; entin le IP, qui n'avait rejoint que tardivement, atteignait Han-sur-Nied.

Pendant ce temps, la C/ division de cavalerie était restée en ohservaiion devant Metz, battant le pays jus([u'aiix faubourgs de la place. Trois escadrons, accompagnés de deux pièces, s'avançaient jusqu'à Montigny-lès-Metz, é\ entraient à cou()s de sabre des sacs de vivres abandonnés tlans la gare, et melhud, malgré le broiiil-. lard, leurs canons en batterie, lançaieid dans nos camps ces quelques obus ilont l'im causait la mort si regrettable du colonel Ardant du Pic(i.

Mais ces divers incidents, ainsi ({ue les rapports venus de l'uxieux el de Mai'sla-Tour, avaient clairement démonlré an prince FrèdrM'ic-( Ihai'les (pie nous éli{jns

1. La 5= division avait déjà, le 14, |)orté deux de sus briiiades sur la rive gaudic, savoir: la Ijrigado Barby à Tiiiaucourl, et la brigade Redeni à Beiiey. La brigade Urcdow seule se trouvait encore à Pont-à-Mousson.

en pleine retraite vers la Meuse, et que nous ne prenions aucune précaution pour protéger notre flanc de son côté. 11 jugea, en conséquence, qu'il avait intérêt à nous barrer la route, ou tout au moins à nous suivre, et arrêta le 15, à sept heures du soir, des dispositions en vertu desquelles les IIP et X" corps, avec deux divisions de cavalerie, devaient effectuer le lendemain une puissante diversion sur la route de ^'erdun. Pour cela faire, il était enjoint au IIP corps et à la & division de cavalerie de franchir la Moselle en aval de Pont-à-Mousson \ et de se diriger ensuite, le corps d'armée sur ^'ionville et Mars-la-Tour, par Gorze, la cavalerie sur Thiaucourt et la route de Verdun. Le X° corps, se groupant au préalable à Thiaucourt, devait s'avancer jusqu'à Saint-Hilaire et Maizeray, à l'ouest de Mars-la-Tour. Le n'° corps était envoyé à Sillegny, pour de là suivre le IIP corps sur Gorze, le 17. Enfin, les corps qui se trouvaient encore en arrière de la ligne de la Moselle recevaient l'ordre d'y arriver, puis de continuer leur marche vers la Meuse en traversant la plaine de la Woëvre, en cherchant à se mettre en communication, vers Nancy, avec la droite de la IIP armée, et en faisant reconnaître par leur cavalerie les débouchés de la Meuse, ainsi que les points de passage entre Verdun et Commercy.

En chargeant deux seulement de ses corps d'armée de la démonstration sur la route de Verdun, le prince Frédéric-Charles ne se conformait qu'incomplètement aux instructions envoyées par M. de Moltke, le 15, à six heures et demie du soir, lesquelles semblaient prescrire un mouvement général contre notre flanc gauche. « L'avantage obtenu dans la soirée d'hier, y était-il dit, par le I" et le VIP' corps s'est produit dans des conditions qui excluent toute idée de poursuivre l'ennemi. Ce n'est que par une vigoureuse offensive de la II" armée contre les routes de Metz à Verdun, par Fresnes et par Étain, que l'on peut recueillir les fruits de cette victoire. » Il est vrai que M. de Moltke ajoutait: « Le commandant en chef de la IP armée demeure chargé de conduire cette opération, d'après sa propre inspiration. » Or l'inspiration du prince Frédéric-Charles ne fut pas heureuse, puisqu'elle exposa les III" et X'' corps à un désastre que tout autre que le maréchal Bazaine n'eût pas manqué de leur infliger. Le commandant en chef de la IP armée jugea prudent, avant de s'engager à fond, de reconnaître exactement la situation de l'armée française; mais, par cela même, il mit en présence de forces très supérieures une partie de ses troupes, que les autres fractions n'étaient pas en état de secourir à jn-opos. (détail pour nous une lionne fortune inespéré(\ (huit la fatalité qui nous poursuivait sans relâche nous empêclia de profiter.

En même temps qu'il envoyait les instructions qui précèdent au prince Frédéric-CHiarles, M. de Moltke prescrivait à la V" arnu-e de se porter, le 16, sur la ligne Arry-Pomniéricux, entre Seille et Moselle. Toutefois, pour se garder contre toute tentative offensive de la garnison de Metz, dont on ignorait la force, le P'' corps devait aller s'établir à Courcelles-sur-Nied, et y rester jusqu'à ce qu'il eût été relevé par la 3° division de landwehr, arrivant de Sarrelouis. Ces divers mouve-

1. fuur ceux de leur.s éféiiieiits iiiii no l'avaient pas encore l'ait.

ments furent exécutés dans la journée du 16, et la F" armée, qui ainsi ne prit point part à la bataille de Rezonville, se trouva le soir tout entière (moins le I" corps), prête à franchir la Moselle à son tour. La 3° division de cavalerie, qui revenait de Malroy et de Vry, s'installa un peu en arrière, à Mécleuves ; quant au quartier général, il se transporta à Coin-sur-Seille, où il passa la nuit du 16 au 17.

Te\t.\tive sur Thioxville. — Pour en finir avec la journée du 15, il est nécessaire de relater succinctement Téchec d'un coup de main tenté par les Allemands contre la place de Thionville. Le 12 août, une reconnaissance opérée par le 8° cuirassiers (de la 3° division de cavalerie) s'était heurtée à quelques dragons français en train de fourrager vers Stuckange, et leur avait enlevé un réserviste prussien retenu dans la place. Cet homme, qui avait travaillé aux fortifications, connaissait parfaitement les êtres, et se faisait fort, disait-il, d'amener, au moyen d'un gué, dont il savait l'emplacement exact, des troupes d'attaque sur la rive gauche de la Moselle, à un kilomètre environ en amont de la ville, pour les diriger ensuite sur le point faible de l'enceinte. Il ajoutait que tous les matins, à quatre heures, une cloche donnait le signal de l'ouverture des portes, et que c'était là une circonstance dont on pouvait profiter ^

Le général de Gneisenau, commandant la 31'' brigade d'infanterie (YIIL corps), fut donc chargé d'enlever la place, et partit de Gometange, le 14, à cinq heures du soir, avec sa brigade, un escadron de hussards, une batterie et une compagnie de pionniers. Le réserviste servait de guide à la colonne. A la tombée de la nuit, on s'arrêta et le général fit part de ses projets à tous les officiers jusques et y compris les capitaines : un détachement devait passer le fameux gué ; un autre couper la voie ferrée et le télégraphe ; un troisième pénétrer dans la ville par deux côtés ; enfin deux bataillons formaient soutien, tandis que deux autres feraient une diversion vers la tête de pont située sur la rive droite. La communication terminée, on se remit en marche. Mais voilà que vers minuit, tandis qu'on traversait « par un beau clair de lune » la forêt de Stuckange, l'avant-garde fut brusquement interpellée par des patrouilles françaises ; on continua cependant à s'avancer, et l'on arriva jusqu'au bois de Yutz, tout près de la place, où l'on s'établit au bivouac. « Là encore, des cavaliers français venaient maintes fois jusque sur le bois dans lequel se trouvaient cachés les avant-postes prussiens ; l'adversaire était sur ses gardes, on n'en pouvait plus douter. »

C'est que le commandant de l'artillerie avait fait bonne garde et déjoué les tentatives de l'ennemi ; celui-ci ne voulut pas cependant se retirer sans tenter au moins quelque chose. Il attaqua donc, suivant le plan arrêté, vers trois heures du matin ; mais, accueilli par une violente canonnade, il dut se retirer, sans i)lus tarder. Il en était pour ses frais, une perte de quatre soldats blessés, et une marche de dix-sept heures, faite pour ainsi dire sans interruption.

1. Ces détails sont tirés do la Guerre franco-allemande, par \('. grand état-major prussien, p. .510 et suivantes.

Le jour qui se levait à ce moment allait éclairer une des plus terribles et des plus sanglantes batailles du siècle. La fortune, jusque-là si implacable, nous offrait l'occasion de prendre une revanche décisive, et de venger nos armes de tant d'insuccès immérités. Le récit qui va suivre montrera comment la victoire a encore une fois trompé notre attente, et par suite de quelles défaillances coupables elle a définitivement déserté nos drapeaux.

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