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CHAPITRE IV

BATAILLE DE REZOXVILLE

Matinée du 10. — Départ de l Eiiiperciir. — Le 16 août 1870, au lever du soleil, la majeure partie de l'armée du Rhin était concentrée sur le plateau de (jravelotte, occupant les bivouacs que voici :

Le 2' corps campait à l'ouest de Rezonville, au sud de la route de Mars-la-Tour, et face à ce village \

Le 6° corps se trouvait à droite du 2^ au nord de celte même route.

Le â° corps, dont li' maréchal Le Bœu! venait de prendre le commandement à la place du général Dccaen, était établi plus au nord, entre Saint-Marcel et Verneville. La 3" division (Metman) ne l'avait pas encore rejoint, et quittait seulement à ce moment la Maison-de-Planches.

Le 4" corps était encore à Woippy ; seule la division de Lorencez marchait sur Sainle-Marie-aux-Chènes.

La Garde et le iiuarlier !^énéral se trouvaient à (iravt'lolte.

1. La division de Laveaucoupet, qui devait tonner la garnison de Mot/., était restée dans la placei

312 BATAILLE DE REZONVILLE

La division de cavalerie de Forton se trouvait, comme on Ta vu, à Vionville ; la division du Barail ' couvrait, vers Bruville, le S" corps.

Quant aux Allemands, tout heureux d'avoir accompli sans être inquiétés leur marche de flanc si longue et si dangereuse ^ ils commençaient l'exécution des prescriptions du prince Frédéric-Charles, et mettaient leurs différents corps en mouvement.

L'ordre expédié le 15 au soir par le maréchal Bazaine à son armée était ainsi conçu : « La soupe sera mangée demain matin à quatre heures. On se tiendra prêt à se mettre en route à quatre heures et demie, en ayant les chevaux sellés et les tentes abattues. Les 2° et 6° corps doivent avoir 30,000 liommes devant eux ; ils s'attendent à être attaqués demain. » Par conséquent, le maréchal savait que l'ennemi cherchait à lui couper la route de Verdun. Il ne donne cependant aucun renseignement sur la situation, se borne à cette indication vague, et s'empresse d'aller assister au départ de l'Empereur. Celui-ci était déjà en voiture avec le Prince impérial et le prince Napoléon, devant la mauvaise auberge oîi il avait passé la nuit. « Son visage fatigué portait l'empreinte du chagrin et de l'inquiétude; les larmes semblaient y avoir tracé de profonds sillons; son regard était plus voilé encore que d'habitude;... dans son entourage, on voyait la tristesse sur tous les visages, la désillusion dans toutes les pensées '. » Bazaine, traversant l'escorte des chasseurs d'Afrique, s'approcha au galop de la voiture impériale et salua le souverain : « Je me décide à partir pour Verdun et Chàlons, dit celui-ci d'une voix triste ; mettez-vous en route pour Verdun dès que vous le pourrez. » Puis il tendit la main au maréchal et s'éloigna au grand trot, choisissant, par une intuition heureuse, la route d'Etain de préférence à celle de Mars-la-Tour, où il eût été infailliblement pris par la division allemande bivouaquée à moins de dix kilomètres plus loin.

Le commandant en chef le regardait s'éloigner; telle était sa joie d'être débarrassé de cette tutelle gênante qu'il ne put s'empêcher do la manifester à haute voix *. Retournant alors à son quartier général, il se hâta de contremander le départ de l'armée et d'ordonner qu'on fit les distributions de vivres et de munitions. « Dès que les reconnaissances seront rentrées, prescri\ ait-il, et que tout indiquera que r ennemi n'est pas en force à proximité, on pourra dresser do nouveau les tentes. » Mais, connue il ne voulait vraiseuiblableuient pasav(»uer trop nettement son projet de ne pas quitter Metz, il eut soin d'ajouter: « Xous partirons probablement

1. L.a brigade Marguoritte (l" et 3° chasseurs d'Afrique) resta à Gravelotte pour servir d'escorte à l'Euipereur dans sa route sur Verdun. Elle ne put jamais rejoindre l'armée de Metz. On envoya pour la remplacer, le K), au général du H;nail, la brigade do France (dragons de l'Impératrice e lanciers de la Garde).

2. " Il est certain, a dit le lieutenant-colonel aujourd'hui général de Villenoisy, que les Prussiens ont l'ait autour de Metz la marche la plus dangereuse que jamais armée ait exécutée. » (Procès liaznine, audience du 21 octobre.)

3. Metz, Campaijnes et négociations, par un ol'ticier supérieur de l'armée du Khiii, Paris, Duniaine, 1871, page 27.

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