Général Thoumas, loc. cit., tome II, page G
Uhlan en rfcoiinai.-jsance.
Combattants
II. Infanterie. — L'infanterie française comprenait, en 1870 :
i" Garde impériale.
i bataillon de chasseurs à pied.
3 régiments de grenadiers à 3 bataillons.
4 — de voltigeurs à 3 — 1 — de zouaves à 2 —
2° Troupes de ligne.
100 régiments à 3 bataillons.
20 bataillons de chasseurs.
3° Armée d' Algérie.
3 régiments de zouaves à 3 bataillons.
3 — de tirailleurs indigènes à 3 bataillons.
1 — étranger à 4 bataillons.
3 bataillons d'infanterie légère d'Afrique.
Nous ne comptons que pour mémoire, parce qu'ils n'appartenaient pas à l'armée de ligne proprement dite :
Le régiment de sapeurs-pompiers de Paris à 2 bataillons ;
Les 7 compagnies de discipline (5 de fusiliers et 2 de pionniers) ;
Les 2 compagnies de sous-officiers et de fusiliers vétérans.
En temps de paix, les bataillons étaient à 8 compagnies chacun : mais, sur le pied de guerre, ils n'emmenaient que 6 compagnies, les 2 autres servant à constituer un 4" bataillon de 4 compagnies, et un dépôt de 2 compagnies. On sait que ces 4'^' bataillons, groupés en régiments de marche, formèrent le noyau des armées de Châlons, de Paris et de province.
Si les effectifs avaient été en rapport avec le nombre des unités, on eût trouvé dans ce total de 366 bataillons actifs une force imposante. Mais l'insuflisance des crédits budgétaires, toujours mesurés avec parcimonie, avait depuis longtemps déjà nécessité l'augmentation de la deuxième portion du contingent, qui ne faisait que cinq mois de service, au détriment de la première qui faisait sept ans d'abord, et cinq ensuite. Pour la même raison, on avait été amené progressivement à porter à un chiffre trop considérable le nombre des réservistes de la première portion, libérés par anticipation après deux, trois ou quatre ans de service, et rappelés seulement en temps de guerre. En sorte que l'effectif d'une compagnie, légalement fixé à 112 hommes, ne dépassait guère 55 en réalité. Il fallut, au moment de la déclaration de guerre, rappeler en hâte toute cette masse d'hommes épars dans leurs foyers. Une partie ne *)ut pas rejoindre à temps; une autre, qui n'avait depuis 1868
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été soumise à aucun exercice, rentra sous les drapeaux sans avoir Jamais manié le fusil Chassepot' !
Ce fusil Chassepot constituait cependant, et cela sans conteste, la seule supériorité matérielle qui fût à notre actif. C'était une arme relativement légère, d'une justesse et d'une précision i-emarquables, d'une portée considérable (1,800 mètres) et qui laissait bien loin derrière elle le fameux fusil à aiguille (Dreyse) des Allemands. Le sabre-ba'ionnette qu'on adaptait à son extrémité, était construit de façon à ne diminuer en rien ses qualités balistiques, et conservait à. notre infanterie, dans l'attaque, son mode d'action favori. Nous étions donc, sous ce rapport, mieux outillés que nos adversaires, et les pertes sanglantes qu'ils subirent pendant la première partie de la guerre, ainsi que leurs nombreux échecs partiels, sont dus autant à l'excellence de notre armement qu'à la fermeté de nos fantassins.
Chacfue homme portait sur lui 90 cartouches, réparties en 10 paquets; en outre, chaque bataillon avait avec lui, le suivant partout, une voiture légère chargée d'environ l'a, 000 cartouches. Cette profusion de munitions a parfois amené du gaspillage ; elle a cependant, dans certains cas, permis à l'héro'ïsme de nos soldats de se manifester par des résistances admirables.
Ceux-ci souffraient cependant d'un inconvénient grave. Ils étaient trop chargés. La petite tente-abri, souvenir des guerres d'Afrique, très précieuse dans les camps et la guerre de siège, mais affreusement pesante quand elle est tant soit peu mouillée, augmentait dans des proportions sensibles la charge du soldat, obligé de porter sa maison sur son dos. Avec tous les accessoires qu'elle comporte, cette charge atteignait le chiffre énorme de 30 kilogrammes, en sorte que dès qu'il était appelé à combattre, l'homme n'avait rien de plus pressé que de se débarrasser de son sac, afin de conserver, avec l'agilité nécessaire, tous ses moyens d'action.
Celte habitude était devenue si générale, qu'au moment d'entrer en ligne, les officiers donnaient d'eux-mêmes l'ordre de déposer les sacs, en ordre, et par tas de quatre, qui se soutenaient réciproquement. Il fallait alors préposer à leur garde quelques sentinelles qui diminuaient d'autant l'effectif; puis, en cas d'insuccès, et c'était là le plus grave, il fallait les abandonner. Et alors, plus de tentes, plus de marmites, plus de bidons, et partant plus de soupe ni de couvertures. Tout le bénéfice de la tente-abri se trouvait évanoui du coup. Les Allemands étaient certainement plus pratiques, quand ils cantonnaient leurs troupes et les faisaient nourrir chez l'habitant ^
1. Le 13 août, veille de la bataille de Borny, les plus jeunes sous-liputeiiants de chaque bataillon furent commandés de service pour enseigner la charge en quatre temps aux réservistes qui étaient arrivés le matin, sous Metz, et n'avaient jamais connu que le fusil à piston. Ces liomnies se battirent, dès le lendemain, avec leurs compagnies respectives.
2. Les survivants des 4" et 6" corps de l'armée du Rhin se souviennent certainement encore de leur arrivée sous les murs de Metz le 19 août au matin, après l'évaluation des villages d".\manvillers et de Saint-Privat, où était resté leur bagage qui fut entièrement brûle et pillé. Il leur fallut attendre, le ventre vide, la distribution de nouveaux ustensiles, que l'administration ne put leur délivrer que le surlendemain, et en nombre bien juste indispensable. Quant aux officiers, réduits à ce qu'ils avaient sur eux et obligés de partager jusqu'à nouvel ordre la popotte des escouades ils apprirent ce jour là, à leurs dépens, la valeur de l'antique devise : <■ Omnia mecum porto. ••
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Enfin, notre infanterie ne trouvait pas, dans ses règlements de manœuvre, une méthode définie et des règles fixes pour le combat. Elle continuait à se former en ligne, avec un rideau de tirailleurs en avant, ou en colonnes d'attaque. Mais rien n'était indiqué, ni pour la fixation des distances, ni pour la liaison des mouvements. Il existait bien, sous le titre d'Observations sur les combats, une petite brochure que le ministre de la guerre avait envoyée aux différents régiments, et qui donnait quelques indications assez générales sur l'emploi des troupes. Mais ni les officiers, ni les soldats, qu'on fatiguait en garnison et dans les camps par l'éternelle répétition des évolutions rigides et formalistes du terrain d'exercice, n'avaient d'idée bien arrêtée sur la tactique de combat proprement dite, tandis que de leur côté les généraux prussiens faisaient depuis quatre ans tous leurs efforts pour familiariser leurs troupes avec les nouvelles formations nécessitées par l'adoption des armes à longue portée. Il y avait dans cette situation de quoi préoccuper le commandement supérieur. Celui-ci jugea nécessaire de faire quelque chose, et c'est ainsi qu'à la veille des premiers engagements, alors que le grand quartier général était déjà à Metz, il fit rédiger un nouvel opuscule, intitulé Instructions tactiques, lequel fut distribué dans les différents états-majors et régiments. Ces Instructions contenaient d'excellentes choses, des principes pleins de bon sens et de justesse, et des indications précieuses sur la manière de combattre de nos ennemis. Mais elles étaient évidemment trop tardives pour pouvoir porter des fruits. Ce n'est pas quand on respire déjà l'odeur de la poudre qu'on se remet au rudiment, et la surexcitation des batailles ne convient guère à l'étude ni au recueillement. Ceux qui arrivent au jour suprême sans connaître à fond leur métier risquent fort de le mal faire et une troupe est bien exposée, qui attend de sa seule bravoure une réussite que la solidité de son instruction ne lui assure pas. Brave, l'infanterie française le fut autant qu'il est possible de l'être. Elle possédait une arme excellente, un moral admirable et des qualités nombreuses. Il lui manquait deux choses : le nombre et la science; on verra, en revanche, combien elle était capable de dévouement.
III. Cavalerie. — Il existait, au début de la campagne de 1870, 63 régiments de cavalerie, répartis, comme on disait alors, en cavalerie légère (chasseurs et hussards), cavalerie de ligne (dragons et lanciers) et cavalerie de réserve (cuirassiers et carabiniers).
r Garde impériale.
i escadron des Cent-Gardes de l'Empereur (à 2 compagnies).
1 régiment de guides.
l — de chasseurs.
1 — de dragons.
1 — de lanciers.
1 — de carabiniers.
1 — de cuirassiers
2'' Troupes de ligne.
12 régiments de chasseurs.
S — de hussards.
1"2 — de dragons.
8 — de lanciers.
10 — de cuirassiers.
â" Armée d Afrique.
4 régiments de chasseurs d'Afri(]ne.
5 — de spahis.
Plus 9 compagnies de eavaliei-s de remonte, dont ,"{ étaient stationnées en Algérie.
Les régiments de cavalerie de ligne et de réserve comptaient 5 escadrons (dont 1 de dépôt) ; ceux de la Garde et de la cavalerie légère, 6 escadrons (dont 1 également de dépôt).
Répartis pendant la paix, comme d'ailleurs les autres armes, dans les suhdivisions territoriales, uniquement d'après les ressources du casernement, qui ne correspondaient en aucune façon aux nécessités d'une mobilisation rapide, ils étaient, au moment d'une guerre, constitués, sauf les cuirassiers, en divisions de deux ou trois brigades qu'on attachait à chaque corps d'armée. Comme cette organisation ne demandait qu'un nombi'e de régiments inférieur à la moitié du nombre total, le reste servait à former, avec les cuirassiers, des divisions de réserve, qui marchaient avec les armées d'opérations sans rôle nettement défini. 11 n'existait de divisions toutes formées que celles de la Garde, des armées de Paris et de Lyon et, temporairement, celles qu'on envoyait s'exercer à Lunéville ou au camp de Chàlons.
On a vu combien une pareille organisation était défectueuse, même pour l'infanterie. En ce qui concerne la cavalerie, arme dont le rôle est essentiellement d'agir avec rapidité et de devancer l'armée, afin de la couvrir et de la protéger, elle devenait désastreuse. Au lieu de se jeter en avant, d'éclairer la marclie des colonnes, de porter peut-être le désordre dans la mobilisation et la concentration de l'ennemi, la cavalerie, réunie trop tard aux troupes d'opérations et réduite à subordonner ses mouvements aux mouvements de ces troupes, n'avait plus assez d'espace devant elle pour agir avec l'indépendance dont elle a besoin. Son champ d'action se trouvait donc singulièrement rétréci, et son rôle borné à une intervention éventuelle sur le champ de bataille. Elle n'était plus qu'un instrument de combat, auquel les armes à tir rapide ôtaienl désormais la plus grande partie de sa puissance et presque toute efficacité.
D'ailleurs, l'instruction que ces régiments recevaient en garnison n'était guère faite pour les préparer au rôle d'éclaireurs et d'explorateurs, que leurs devanciers
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delà Grande Armée, sous la conduite des Murât, des Lassalle, des Montbrun, avaient rempli avec tant d'éclat et de succès. Un formalisme plus rigoureux que partout ailleurs, des évolutions pompeusement méthodiques, une exagération de rigidité dans les détails du service intérieur, enfin un dédain trop caractérisé pour tout ce qui ne touchait pas à la science du cheval proprement dite, tels étaient vers 1870 les graves défauts d'une arme que les guerres de Crimée et d'Italie avaient un peu laissée dans l'ombre, et à laquelle sa longue inaction avait fait oublier les enseignements du passé. Plus favorisée que les autres sous le rapport de la composition de ses cadres, dotée d'un corps de sous-officiers que l'attrait d'un brillant uniforme permettait de recruter dans un niveau intellectuel relativement supérieur, commandée par des officiers pleins de vigueur et d'énergie, elle possédait certainement tous les éléments nécessaires pour remplir à la guerre son rôle véritable, qui est avant tout de voir et de renseigner. Mais ce rôle, malheureusement, elle affectait de le dédaigner, pour rêver de charges gigantesques, d'actions foudroyantes et de combats tumultueux où il ne fallait qu'un bon sabre, attaché à un solide poignet.
Le souvenir des cuirassiers légendaires d'Eckmûhl, de la Moskowa et de Waterloo la hantait, tandis qu'elle négligeait les leçons précieuses de Colbert et de Brack. Enfoncer des carrés hérissés de baïonnettes, traverser des batteries affolées, bousculer des escadrons surpris en flagrant délit de manoeuvre, voilà la gloire, qui illumine, à travers les générations, le souvenir des héros immortels. Mais le dur métier des reconnaissances, les heures glacées qu'on passe dans l'ombre, à l'affût, comme le gendarme qui guette un malfaiteur, les chevauchées solitaires, où il faut se cacher sans cesse, où on ne met jamais le sabre à la main, les cartes qu'il faut déchiffrer à la lueur des allumettes, les rapports et les croquis qu'il faut fournir, en un mot ce pénible service d'éclaireur qui demande tant d'habileté, tant de hardiesse et donne si peu d'éclat, voilà ce que nos cavaliers n'aimaient guère, parce qu'ils en méconnaissaient l'impérieuse nécessité. Aussi verrons-nous toujours, dans cette fatale guerre, nos troupes surprises, nos positions attaquées, nos mouvements éventés sans que rien ait été fait pour empêcher ces assauts subits. Notre cavalerie, dévouée jusqu'à l'héroïsme, se sacrifiera ensuite tout entière pour sauver l'honneur des armes et donner un moment de répit à nos lignes en désarroi. Mais cette abnégation suprême, payée par de glorieuses et sanglantes hécatombes, restera stérile, parce qu'alors il sera trop tard.
Combien de sang et de défaites nous eût-elle épargnés peut-être, en se révélant à son heure, quand elle pouvait encore déjouer les savantes combinaisons de l'ennemi 1
Disons-le toutefois à sa décharge. Notre cavalerie, atteinte plus que les autres armes par les réductions budgétaires, n'avait que des effectifs insuffisants et des chevaux médiocres. Au lieu de 7 officiers, Kil liummes et 150 chevaux, chiffres réglementaires, elle ne jint, et encore à grand'|)eine, mobiliser dans chaque escadron que G officiers, 120 hommes et 105 chevaux'. Ceux-ci, de provenance diverse,