La Guerre franco-allemande, jingo
2. Ibid., page 514. Un seul escadron dus dragons Je la garde avait [lordu 70 dievaux. [Ihirl.)
Armée française : Zouaves.
COMBATTANTF.
maréchal disposait donc de masses très imposantes, capables, si on les eût poussées de l'avant, de rétablir aisément les affaires du 2° corps, et de refouler en désordre un adversaire numériquement beaucoup plus faible, très éloigné encore de ses soutiens, et épuisé par une lutte opiniâtre qui lui avait coûté fort cher. La dispersion des corps allemands, occupés à franchir la Moselle à des distances assez considérables les uns des autres, créait pour- l'armée du prince Frédéric- Charles une situation pleine de périls, et la défaite du IIP corps, en le rejetant dans les ravins où cette armée allait chercher à déboucher, devait fatalement amener un désastre. Il y avait là pour nous une occasion merveilleuse de la mettre hors de cause et d'infliger aux hasardeuses combinaisons de l'état-major prussien un échec décisif. Cette occasion, unique dans toute la campagne, le maréchal la laissa échapper, pour ne pas abandonner la place de Metz. Il ne pensa qu'à rester sur la défensive, et chercha seulement à arrêter le mouvement de recul qui venait de se produire. Pour cela, il fit donner l'ordre à la division des grenadiers de la Garde, de se porter de Gravelotte à Rezonville, et de se déployer en avant de ce village, face à Flavigny. Mais les progrès de l'ennemi augmentaient sans cesse ; le rj" lanciers, qui avait essayé de les contenir, venait d'être refoulé sans avoir pu même dessiner une charge, et les grenadiers n'étaient pas encore là ! Le général Frossard, désespéré, allait donner Tordre de la retraite, quand il vit venir à lui le régiment des cuirassiers de la (iarde, que son colonel amenait au grand trot. S'approchanl de cette magnifique troupe, le commandant du "2° corps demanda à son chef de se dévouer pour sauver son infanterie. — « Colonel 1 lui dit-il, faites charger votre régiment, ou nous sommes f...s!' » isic)
Charge des cuirassiers de la Garde. — Le brave colonel Dupressoir, un géant bardé de fer, ne se le fit pas répéter deux fois. Envoyant un officier demander à son chef direct, le général Desvaux, l'autorisation nécessaire, il se tourna vers ses escadrons, et d'une voix de stentor, dont l'éclat strident dominait le bruit de la bataille, il leur lança l'ordre de charger. « Spontanément et d'un seul mouvement, a écrit un témoin oculaire, toutes les lames de sabre se trouvèrent en l'air et les cris de « Chargez! « et de « Vive l'Empereur! » partirent de tous côtés. »
Le régiment s'était formé en trois échelons ; le premier, qui comprenait les 4' et 6' escadrons, était conduit par le lieutenant-colonel Letourneur et le commandant de SaluKiué, qui tomba presque aussitôt mortellement atteint'; il perdit la majeure partie de ses officiers et l'ut eu un instant désorganisé. Le secon<l, qu'entraînaient le commandant de Vergés et le général du Preuil", s'avança à soixante mètres des tirailleurs ennemis et parvint même à jeter sur eux (juelques hommes;
1. Le coiniiiaridunl de Saliuqué, frappé d' - \t;\\\o à |,i màclioire et d'une auti'e au genou, mourut
do ecite seconde blessure le 16 octohro, à l'aiuliulanct' ilu (irand Séminaire de Metz, deux mois, jour j)oui' jour, après la bataille de Rezonville.
'i. Le général du Prouil, commandant la brigade de grosse cavalei'ic de la Garde, avait couru après les cuirassiers pour les conduire au feu lui-méinc. Il cliargcait la caniio à la main. ^Historù/ue du 12° cuirassiers, ancien Cuirassiers de la Garde.)
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mais il ne put les arrêter. Quant au troisième échelon, avec lequel marchait le colonel Dupressoir, il fut désorganisé autant par la mousqueterie et les débris dont le terrain était jonché que par les courses furibondes des chevaux démontés qu'aveuglaient le feu et la fumée; son intervention ne fut pas plus efficace que
celle des deux précédents.
« Il ne restait plus qu'à se rallier; les débris des cinq escadrons, 200 hommes à peine, arrivent au point de départ, harcelés par les 11° et 17° hussards prussiens, qui achèvent les blessés et courent sus aux hommes démontés ; le 77° de ligne dégage enfin nos cuirassiers par une salve qui arrête les cavaliers allemands. ' »
Les pertes éprouvées par ce brave régiment étaient de "22 officiers, 208 sousofficiers et soldats, 243 chevaux tués, blessés ou disparus. (11 comptait au départ 47 officiers et 651 hommes.) Le général Desvaux rendit hommage à sa bravoure, dans un ordre ainsi conçu : « Les cuirassiers dé la Garde, sous Jes ordres du f/éncral du Preuil, ont fait pieuve dunr i/randr intrépidité à l'attaque des carrés prussiens soutenus par une nombreuse artillerie, en avant du hameau de Flavigny. Un grand nombre d'oCtîciers, de sous-officiers et de soldats ont péri dans ces luttes sanglantes. La division de cavalerie de la Garde conserve précieusement le souvenir de ces braves. «
Le maréchal Bazaine est entouré. — Cependant le lieutenant-colonel de Caprivi-, chef d'élat-major du X° corps, avait suivi, des environs de Flavigny en flammes, les péripéties de cette charge mémorable. A'oyant les cuirassiers repoussés, il eut l'idée de lancer à leur poursuite la brigade de Redern, qui se trouvait là, avec ce qui restait des dragons de la Garde. C'était juste le moment où le maréchal Bazaine venait d'arriver sur le terrain de la lutte et s'occupait à plaitT liii-miMiie une batterie à cheval de la Garde en avant de Rezonville, entre les deux clumiins de Buxières et de Flavigny, afin de remplir le vide laissé par la retraite du 2" corps et permettre aux grenadiers d'aI•river^ Le lieutenant-colonel de Raucli, du 17° hus-
1. l'eiidaiit cette retraite, le cheval du colonel Dupressoir, tVappii d'une b.-ille dans 'l'avant-bras, s'aljat on entraînant son maitre sous lui ; le lieutep.ant d'eiat-niajor Davignon, resté à cùté du colonel, le relève; un brave gari;on, le cuirassier Puiboulot, qui se repliait do ce côte, vient lui donner son cheval et emmène tranquillement l'animal blessé sous le feu de l'ennemi. (Il fut médaillé pour cet acte de dévouement, et le lieutenant Davignon cité à l'ordre de l'armée.) Le cuirassier Dormayer, démonté et resté pris sous son cheval, voit à côté de lui son capitaine grièvement blessé. Le brave soldat parvient à se dégager, et malgré le feu terrible de rennomi, au lieu de songer à sa propre vie, il court à son officier qn'il parvient à traîner dans un fossé à l'abi'i des balles : il est cité à l'ordre du jour du '> octobre. Le brigadier Gardeblcd, du 3'' escadron, rapporte sa main droite coupée par le sabre d'un hussard prussien ; il la tient dans sa main gaucho comme un objet ramassé sur le champ de bataille. Il meurt à l'hôpital des suites de sa blessure. " (Lieutenant R. m: Place, Historique du 12° cuirassiers.)
2. .\ujouid'hui général de l'infanterie et chancelier de l'empire allemand.
'.i. L'attitude du maréchal pendant toute cette bataille ne fut jamais celle d'un général en chef. Il n'arriva à Rezonville qu'après onze heures et demie, lorsque la lutte avait déjà duré plus de deux heures et que la ligne Flavigny-Tronvillc était au pouvoir do l'ennemi. Son absence prolongée fut cause de l'indécision du G» corps, lequel attendait, pour s'engager à fond, des instructions qui ne vinrent pas. (Voir Procès Bazaine, Interrogatoire et déposition du maréchal Canrobort.) Il se montra d'une bravoure admirable, toujours en premièi'e ligne et au plus fort du feu, mais il ne dirigea rien,
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sards, jette son régiment sur le flanc de cette batterie, pendant que le 1" escadron du 1" hussards l'attaque de front. Les canonniers, pris ainsi au dépour\ai, ont à peine le temps de faire feu et sont obligés de se défendre à coups d'écouvillon ; en même temps, les conducteurs essayent d'emmener les attelages ; mais le désordre de cette fuite entraîne avec elle l'état-major lui-même qui, tout entier, y compris le maréchal, a mis l'épée à la main. Lin sous-officier prussien galope à côté du commandant en chef jusqu'à la route et manque de le prendre ; là, les deux escadrons d'escorte et le â' bataillon de chasseurs, accouru au pas gymnastique, font tourner bride aux cavaliers ennemis qui s'arrêtent, tourbillonnent et s'enfuient derrière le hameau de Flavigny.
Bazaine était sauvé! Mais la dispersion du grand état-major était telle que ce fut seulement après plusieurs heures qu'il fut possible de le reconstituer.
Il est difficile assurément de rappeler cet épisode sans songer aux conséquences qu'aurait entraînées pour l'armée et pour le pays la prise du maréchal Bazaine. Lui disparu, le commandement en chef revenait par droit d'ancienneté au noble et vaillant Canrobert, au soldat sans peur et sans reproche dont le nom était déjà synonyme de loyauté et d'honneur, et qui devait, deux jours après, se couvrir, à Saint-Privat, d'une gloire immortelle. Et alors c'en était fait des compromissions louches, des hésitations funestes, des négociations criminelles, où devait sombrer la fortune de la France ! C'était la lutte dégagée de toute préoccupation personnelle et ambitieuse, la lutte franche et sans l'arrière-pensée fatale de mettre entre l'ennemi et soi les murs d'une forteresse et la protection d'un rempart. Peut-être ce jourlà même eussions-nous jeté dans la Moselle l'armée du prince Frédéric-Charles et puni enfin les Allemands d'une témérité que condamnaient tous les principes et toutes les leçons de l'expérience. Peut-être eussions-nous, à brève échéance, donné la main à l'armée de Châlons, et présenté à l'envahisseur une muraille de poitrines que toute sa science eût été impuissante à renverser En tout cas, il n'est
pas un soldat en France qui hésite à se porter garant de ceci, que jamais le maréchal Canrobert n'aurait signé la capitulation de l'armée de Metz!
Entrée en ligne des grenadiers de la Garde. — Sur ces entrefaites, la division Picard (grenadiers de la Garde) s'était déployée au sud-ouest de Bezonville \ Comme elle finissait de prendre position, la 6' division de cavalerie prussienne surgit devant elle, croyant pouvoir sabrer les débris du 2° corps ; les escadrons allemands, formés en ligne de colonne (afin de ne pas masquer l'artillerie), cherchaient à se former en bataille. Reçus par une énergique fusillade, l)ousculés par
laissa cliaquo corps se déleiidro sur place et borna son action aux détails tactii|UOS les [dus inlimcs. « Il surveillait tout, indiquait aux hattcries les emplacements à prendre, aux bataillons les points à occuper, et il se multipliait dans une activité qui ne se démentit pas un moment, semblant oublier souvent ses fonctions de commandant on chef pour le rùle plus modeste d'un j^cnéral (lu d'un simple colotjcl. » (Mets, Campagnes et négociations, page 72.)
1. Le régiment des zouaves, qui faisait partie de cette division, était resté en soutien de l'artillerie. Le 3'^ grenadiers se porta au secours de la brigade Lapasset. Il ne se trouva donc exactement, devant He/.onviik', que le 1"'' et le 2" grenadiers. ,
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les fuyards de la brigade Redern, ils ne réussirent point à se déployer et durent se replier derrière Flavigny, laissant sur le champ de bataille le général-major de Rauch', grièvement blessé, et le colonel de Ziethen, des hussards de ce nom, mortellement atteint. Les grenadiers purent alors prendre pourobjectif les lignes d'infanterie elles-mêmes et mettre un terme à leurs progrès. Plus à droite, au nord de Vionville, la division de Bûddenbrock se trouvait de même arrêtée par le &" corps; celui-ci avait opéré un changement de direction à gauche et se déployait maintenant sur une ligne droite, face au sud, le dos tourné à la voie romaine; la division Péchot, placée à l'extrémité ouest de cette ligne, menaçait même de déborder la gauche de la 6° division allemande et l'obligeait à se placer le long de la grande route, en crochet défensif, au lieu de continuer son mouvement dans la direction est. L'artillerie du 6° corps, accourue au débouché des bois de Saint- Maret, enfilait le ravin qui monte vers Monville, et la situation de l'ennemi commençait, vu l'éloignement des renforts, à devenir singulièrement ris(|uée".
Il était deux heures à peu près, et à voir la tournure des affaires, le succès définitif semblait s'annoncer en notre faveur. Le 3° corps arrivait à la droite du 6°; déjà les avant-gardes du 4' étaient signalées entre Jouaville et Doncourt, et la gauche prussienne, serrée de près par le 4" de ligne (colonne Vincendon), reculait vers la route. L'ennemi, dont les forces commençaient à s'épuiser, ralentissait son feu. « Il n'avait plus en réserve ni un fantassin ni un canon, et la ^0" division d'infanterie, sur laquelle il pouvait compter en premier lieu, se trouvait encore bien éloignée ^ » Avec son coup d'œil de vieux soldat, le maréchal Ganrobert vit que le moment était venu de foncer de l'avant, et il appela à lui la division Lcvassor- Sorval pour la jeter avec tout son corps d'armée sur Vionville. Si cette attaque réussissait, et tout faisait prévoir qu'elle devait réussir, c'en était fait du IIP corps,
et probablement aussi de la II" armée Le général d'Alvensleben comprit toute
l'étendue du danger, et comme le général Lartigue à Frœschwiller, comme Frossard le matin même, il demanda à la cavalerie de se sacrifier pour le sauver.
Charge de hi brigade Bredow {7° cuirassiers et 16° uhhms). — La brigade Bredow, restée seule à sa portée, se dirigeait vers le débouché ouest de 'N'ionville, quand le chef d'état-major du IIP corps lui apporta en personne l'ordre de charger. Son chef, la jetant alors dans le ravin au nord du village, lui fait aussitôt gagner quelque distance, puis, la déployant sur le rebord est de ce ravin, se lance avec elle sur les batteries du G° corps, qui sont placées entre les divisions Lafont de \'illiers et Levassor-Sorval. Conduits avec vigueur et impétuosité, les escadrons prussiens
1. Le général de Raueli ne doit pas être confondu avec le lieulenanl-coloiiel du même iioiii qui, à onze heures et demie, avait chargé l'état-major général. (Voir pièce n" 2.)