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La Gnerre franco-allemande, page

3. Ibid., page 561. Cependant le maréchal craignait toujours pour sa gauche; il avait envoyé à Gravelolte les troupes du 2"= corps, refoulées dans la matinée, afin de surveiller le débouché des ravins; le bataillon des chasseurs de la Garde occupait le bois des Oignons. Enfin, la division Montaudon avait été distraite du 3° corps en marche do Saint-Marcel vers la chaussée de Verdun, et placée à la maison de poste de Gravelotte, toujours pour renforcer la gaucha!

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traversent notre artillerie, sabrent servants et attelages, passent à travers l'infanterie et franchissent le chemin qui joint, à l'est de Vionville, la voie romaine à la chaussée de Verdun. Mais voici que tout à coup, nos troupes, revenues de leur stupeur, font pleuvoir sur ces hardis cavaliers une grêle de balles et de mitraille ; la division de Forton, jalouse de « venger l'affront du matin », se jette sur eux et les enveloppe, tandis que les régiments du général de Valabrègue accourent de Rezonville. Entourés de toutes parts, sentant leurs chevaux fléchir entre leurs jarrets, les Allemands sont obligés de se replier en hâte et de traverser une seconde fois nos lignes qui les criblent de tous côtés. Ils ne sont plus que débris et comptent juste en tout 13 officiers et 150 hommes quand ils se rallient enfin au sud du hameau de Flavigny '.

Cette charge désespérée coûtait à la brigade Bredow IG officiers, 363 hommes et 409 chevaux. (Ce sont les chiffres qui figurent sur le monument élevé à la mémoire des deux régiments au lieu même où ils ont combattu.) Le commandant du 16° uhlans restait entre nos mains. Quant au souvenir de ce sanglant sacrifice, il demeure douloureusement célèbre en Allemagne sous le nom sinistre de Todfenritt (chevauchée de la mort) ^

Malheureusement pour nous, il ne devait pas rester stérile. Tout d'abord, la poursuite exercée par notre cavalerie fut très molle, et opérée seulement par quelques flanqueurs. En second lieu, un ordre du maréchal vint arrêter l'offensive du 6° corps et entraver l'action si brillamment commencée du maréchal Canrobert. Et pourtant jamais occasion plus propice ne s'était offerte de remporter un éclatant succès! La fatigue de l'ennemi devenait visible, et nul secours n'était en vue pour soutenir ses efforts défaillants ! De notre côté s'affirmait, par l'entrée en ligne prochaine du 4' corps, une énorme supériorité numérique qui, jointe à la valeur et à l'entrain de nos soldats, promettait à court délai une victoire décisive !... Pourquoi donc le maréchal ne voulut-il pas vaincre? Pourquoi s'obstina-t-il jusqu'à la fin à

1. « Nos pertes lurent insignifiantes, comparativement à celles de l'ennemi, parce que nos cavaliers, frappant avec la pointe, trouvaient un passage aux entournures des cuirasses et aux couvre-nuques des casques, tandis que les Prussiens, se servant du tratichant o>i du pistolet, blessaient les chevaux, mais peu les hommes protégés par les cuirasses. « (La Cavalerie française, par le licuteuaut-colonel BoNiE, Paris, Amyot, 1871, page 68.)

2. Dans la ligne d'artillerie traversée par les cavaliers allemands, une pièce dont tous les servants avaient été tués allait être emmenée. Six uhlans, dont deux montés sur les porteurs de l'attelage, chercnaiontà l'eutrainer, quand leur manège fut aperçu, au milieu de. la fumée et du tourbillonnement des escadrons, jiar le lieutenant Boutai, du 12= dragons. Aussitôt le brave olficier prit avec lui quelques liommes, qui se trouvaient sous sa main, et fondit sur les uhlans. Après une minute do chaude lutte, cinq de ceux-ci étaient tués, le sixième blessé, et la pièce, dont les munitions avaieni été laissées à une batterie en U'ain de faire feu, ramenée à son régiment. Eu récompense de cette action d'éclat, le lieutenant Boutai reçut la croix de la Légion d'honneur, et ses cinq compagnons furent décorés delà médaille militaire. C'étaient les nommés Laguerret et Daubresse du 12° dragons, le brigadier Borgne et le cavalier Leymat du 1.5" chasseurs. En outre, roflicicr et les quati'e liommcs furent l'objet d'une citation à l'ordre de rarniéc.

A la suite do cette mémo charge, le 93» de ligne faillit perdre son drapeau qui, ramassé à terre par un uhian, fut repris grâce à la présence d'esprit et à la hardiesse d'un i-avalier du .5° chasseui's, uiHiiiué .Mangiu. Cet homme, qui était piod à terre, sauta à cheval d'ui,i. bond, so lança sur les traces du ulilan, réussit à le renverser de doux coups de sabre en pleine ligure et rapporla an cobinol do son régiment le précieux trophée qu'il venait do sauver si heureusement.

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renforcer sa gauche et à mettre toutes ses réserves sur une partie du champ de l)ataille qui, « moins que toute autre, devait être l'objet d'une attaque sérieuse »? Toujours pour Is. même raison, hélas! Le maréchal Bazaine craignait avant toute chose d'être séparé de Metz ; son idée maîtresse, que sa conduite vis-à-vis de l'Empereur, le matin même, eût tléjà pu faire deviner, s'aflirniait maintenant par (les actes déterminés, qui devaient, les jours suivants, avoir pour épilogue des mesures plus inexcusables encore. Que lui importait de battre l'ennemi, si le lendemain il lui fallait continuer la lutte en rase campagne, courir la chance de retomber en sous-ordre, et renoncer à l'ambition de devenir, quand les affaires seraient compromises partout, l'homme pro^■identiel qui aurait su conserver la seule armée intacte? É\idemment, le meilleur moyen de se mettre à l'abri des hasards était de s'enfermer dans les murailles d'mie forteresse, pour y attendre les événements. Et voici pourquoi, le 16 août, à trois heures de l'après-midi, quand il n'aurait fallu qu'un mince effort pour exterminer tout un corps d'armée ennemi, le commandant en chef de l'armée du Rhin répondit par un refus à celui de ses lieutenants qui, jugeant les choses uniquement en soldat, lui demandait l'autorisation de le faire \

Ce qui prouve péremptoirement que la volonté de ne pas chercher à vaincre avant tout était bien celle du maréchal, c'est que l'occasion perdue ainsi dans le milieu de la journée ne devait pas tarder à se reproduire, dans des conditions moins décisives à coup sûr, mais cependant encore très favorables. L'arrivée du 4° corps allait bientôt en effet infligera la gauche allemande un nouvel et sanglant échec, et jeter l'angoisse dans le cœur des généraux ennemis. Pas plus alors qu'il ne l'avait fait dans la journée, le maréchal ne consentit à laisser ses troupes s'engager à fond !

Arrivée du 4" corps. — Le général de Ladmirault avait en effet, dès neuf heures du matin, et sans avoir reçu aucun ordre', mis les deux divisions de Cissey et Grenier en marche de ^\'oippy sur Doncourt-en-Jarnisy '. \'ers une heure, la division de cavalerie Legrand, qui précédait la colonne, arrivait, avec le commandant du corps d'armée, à Bruville, exécutait une reconnaissance dans la direction de Mars-la-Tour, et s'assurait que ce point n'était pas occupé. Le général de Ladmirault attendit alors l'arrivée de la division Grenier, qui marchait en tête, et dès que celle-ci fut à hauteur de I5ruville, il la déploya à la droite des divisions Nayral' et Aymard, du 3" corps, les(|uelles prolongeaient elles-mêmes, au sud de

1. « Le moment était venu de frapper un grand coup et de prendre en main l'offensive pour rejeter victorieusement au loin cette armée qui avait tenté do nous interdire le passage... La chose était d'autant plus facile que nous n'avions devant nous que des forces très inférieures... Ou bien le maréclial Bazaine ne comprit pas cette situation, puisqu'il n'essaya pas d'en profiter, ou il ne voulut pas la comprendre, /jaree qu'il avait d'autres projets.' (Mets, Cam.pa;/nes et négociations, page 73.)

2. Le général de Ladmirault a déclaré lui-même devant le conseil d'enquête présidé par le maréchal Baraguey d'Hilliers que, dans toutes les journées du 16 et du 17, il ne vit pas un seul officier de l'état-major du maréchal.

3. On se rappelle que la division Lorencez avait été dirigée, la veille, sur Saintc-Marie-aux-Chéiies.

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