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La Guerre franco-allemande, page 5G

COMBAITANIS

cavalerie momentanément aux ordres du général de Voigts-Rhetz, la 37" brigade d'infanterie \ le 9' régiment de dragons et un escadron de dragons de la garde, entîn cinq batteries (dont trois à cheval) du X° corps. Ces diverses fractions, amenées par des raisons diverses sur la route de Metz-^'erdun, avaient depuis le matin suivi la fortune des 5" et 6° divisions d'infanterie, et, comme elles, se sentaient épuisées. Mais à ce moment commencèrent à déboucher sur le champ de bataille les tètes de colonnes du X° corps, qui, si elles ne donnèrent pas à l'ennemi la supériorité numérique, lui apportèrent du moins un secours dont le besoin devenait absolument urgent.

Arrivée du X' corps. — On se rappelle que ce corps d'armée, chargé de nous couper la route entre Mars-la-Tour et Verdun, avait été dirigé, dès la matinée du 16, sur Saint-Hilaire et Maizeray; pour couvrir sa marche vers la droite, la b' division de cavalerie, soutenue en arrière par la 37" brigade, s'était portée vers Tronville, le 15, et c'était elle qui, en canonnant la division de Forton, avait engagé la lutte à neuf heures du matin. Pendant ce temps, la 38" brigade, restée seule de la U)' division, quittait Thiaucourt à sept heures, et, précédée par la brigade de dragons de la garde, marchait vers les points indiqués. A peine était-elle en route, que le bruit du canon se lit entendre; le général de Voigts-Rhetz pensa tout d'abord qu'il ne s'agissait que d'une rencontre de la 5" division de cavalerie avec une de nos arrièregardes, mais voulut cependant en avoir le cœur net. Piquant des deux avec un escadron de dragons, il s'avança de sa personne jusqu'à Jonville, où il reçut les rapports adressés du champ de bataille par son chef d'état-major, le lieutenantcolonel de Caprivi, poussa ensuite jusqu'à Tronville, et là put s'assurer de visu delà chaleur de l'action où était engagé tout le HT corps. L'hésitation n'était plus possible. C'était une bataille qui se livrait, et le général de Voigls-Rlietz jugea qu'il était temps d'intervenir. Il se hâta donc d'expédier à toutes ses troupes l'ordre d'accourir au plus vite, en abandonnant séance tenante les objectifs qui. leur avaient été désignés.

Ce fut la "20° division (général-major de Kraatz-Koschlau) qui déboucha la première. Partie le matin de Pont-à-Mousson, elle avait, aux premiers bruits du canon, lancé vers le nord, pour se renseigner, des patrouilles d'officiers; à son arrivée à 'l'hiaucourt, vers onze heures et demie, elle recevait une note du colonel de Caprivi, qui lui signalait la situation périlleuse du IIP corps. Sans attendre d'autres ordres, le général de Kraaiz la dirigea aussitôt sui' Cliarey, .Saint-Julienlès-Gorze, Chambley, et de là sur Tronville, tandis que le groupe de rarlillerie de corps qui avait fait route avec elle prenait les devants cl venait s'établir à l'ouest de ce dernier village, afin de Icnir tèlc au niiuivrincnl Idui'nanI des Français. Le général de Kraatz, pendant que son infanterie contiuuail à marcher, envoya son

1. C'était la brigalo à laquelle appartenait le détacliemciii de Lynckor. Le cdloiiel I.eliinaiiii, qui la rouimandait, avait f-uivi co dotai-liemoiit et, depuis midi mviroii, rcnlon;ait l;i gauche allemaude, devant Tronville.

BATAILLE DE REZONVILLE 331

ch(>f d'état-major reconnaître la position, et se porta lui-même à liauleur de Flavigny.

La première chose qui le frappa fut la faiblesse de la ligue occupée par le IIP corps, sur son centre; il lit donc immédiatement parvenir à sa 39° brigade l'ordre de porter un de ses régiments sur la gauche de la 5' division, disposa son arlillerie divisionnaire sur la route, près de Vionville, et prescrivit au reste de sa division de marcher dans la direction du bois de Tronville, pour le réoccuper. Au moment où elle atteignit le cliamp.de bataille, la -20" division venait de parcourir tout d'une traite, en neuf heures de temps, l'énorme distance de 45 kilomètres.

L'intervention de la puissante artillerie du X" corps eut pour effet immédiat de paralyser les efforts des batteries du général Grenier. Écrasées par un feu d'une violence extrême, celles-ci étaient bientôt condamnées à quitter leur position et à reculer jusqu'au nord du ravin qui conduit de Saint-Marcel à la ferme Griziéres'. Le bois de Tronville, balayé par les obus, fut à son tour évacué par nos soldats, qui se pelotonnèrent dans la partie nord-ouest, tandis que des fractions delà "20'' divi" sion y pénétraient par le sud et l'est. La division Grenier, ne laissant dans les fourrés que des tirailleurs, se massa sur le plateau coté 277 et se borna à interdire aux Allemands la faculté de déboucher des bois, reprenant ainsi une ntlilude passive qui annihilait ses succès antérieurs.

Causes du recul de notre droite. — Certes, ce mouvement de recul de la tlivision Grenier, suivi par la droite du 3° corps, avait pour excuse l'entrée en ligne do nouvelles masses d'artillerie, et l'infériorité de la nôtre. (Cependant la bi'avourc ninutrée jusque-là par nos soldats devait faire espérer de leur part une attilude plus ItMine et une résistance un peu plus prolongée. Si donc ils ont montré à ce momenl de la journée une irrésolution qui pourrait être taxée de faiblesse, c'est qu'une acliou déprimante a dû les influencer. Cette retraite si rapide de soldais pleins de courage et d'énergie devant un adversaire encore très inférieur en nombre n'était pas due à l'arrivée de quelques troupes nouvelles, harassées par la longue étape qu'elles venaient de parcourir, et l'état-major allemand lui-même a jugé, avec le juste sentiment qu'ont les militaires de ces sortes de choses, « qu'elle ne pouvait s'expliquer que par le concours simultané d'autres causes' ».

Or, ces causes, il est aisé de les déterminer. C'est d'abord l'abseniîo du coniinaudant en chef, toujours préoccupé pour sa gauche, et y demeurant à poste tixe, bien qu'aucun événement ne se passe de ce côté. C'est ensuite l'ignorance où le général de Lailmirault esl laissé de la sitiialion générale et le mampie absolu d'insli'nclions (pu lui indiqueni le but à atteindre et les moyens d'ensemble à employer pour cela. C'est enlin cl surlout la volonté bien établie, chez le maréchal L^azaine, de ne pas profiter de la situation pour prendre l'offensive, et l'ordre reyu, à deux lieur(;s, par le maréchal Le Bœuf, de se maintenir sur placée Dans ces condilions, il rsl jiicii

1. Cette ferme était occupée par un régiment de la brigade Pradior, le OS", (|ui s'y dail n'iiaïu-lié et formait ainsi un solide point d'appui à notre droite.

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