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La Guerre franco-allemande, page

3. ■ Complètement rassuré par l'entrée en ligne (à deux lieui'es) des premières troupes du .'î'" (;oi-ps,

évident que personne ne songeait à entraîner les troupes, puisque le commandement supérieur semblait, au contraire, chercher à les retenir, et que le mouvement offensif déjà entamé contre Tronville devait fatalement s'arrêter de lui-même et se terminer par un recul.

Rien, en effet, ne déprime davantage le moral du soldat que la passivité. Quelle que soit sa valeur, il ne surmonte pas facilement la défaillance que suit infailliblement la compression d'une ardeur trop longtemps réprimée, et si, au bout d'un certain temps, il n'est pas poussé de l'avant, le plus faible choc a bien vite raison de sa résistance. Quand des troupes braves sont chargées de défendre à outrance une position, soit pour couvrir une retraite, soit pour favoriser un mouvement latéral, elles y restent jusqu'au dernier homme, et il n'y a qu'à feuilleter l'histoire de France pour y trouver maints exemples d'un aussi héroïque dévouement. Mais quand un commandement trop mou ou volontairement inerte, et c'était malheureusement ici le cas, use toute son influence à les maintenir sur place, au moment où un seul bond en avant leur assurerait la gloire et la joie de vaincre, alors c'est sans conviction qu'on les voit se résoudre au sacrifice, et si le flottement qui se trahit dans leurs rangs accuse quelque moment l'indécision ou la lassitude, il ne faut en accuser que le commandement suprême, parce que lui seul a éteint le feu sacré qui brûlait dans l'âme de ses soldats !

La 38° brigade atteint Mars-Ia-Tour. — Cependant le reste du X' corps arrivait à son tour en ligne. Le général de Schwartz-Koppen , commandant la 19° division, avait poursuivi sa route vers Saint-Hilaire avec la 38° brigade, malgré la persistance de la canonnade qu'il continuait à prendre pour le bruit d'un combat d'arrière-garde. Il arrivait dans ce village, après une marche de 29 kilomètres en moyenne, quand l'ordre lui parvint du général de Voigts-Rhetz de se remettre en roule et de revenir immédiatement sur Chambley. Le général obéit, mais entre temps il recevait des nouvelles de la liataillc et était informé de la situation critique où sa 37° brigade se débattait; cette fois, le doute n'était plus permis; -la 38° brigade déboîta à gauche pour se porter sur Ville-sur- Yron. A trois heures, elle arrivait à Suzemont, épuisée de fatigue; mais la situation ne permettait pas de lui trouver un long repos, bien qu'elle eût laissé derrière elle un nombre incalculable de traînards'. On la lança sur Mars-la-Tour, à cause de l'impossibilité où l'on se trouvait de tenter un mouvement tournant plus étendu sur notre droite, et on la forma en bataille en avant du village, sur un arc de cercle face au nord-est, avec ordre d'attaquer les hauteurs au sud de Bruville, où des bataillons nombreux venaient d'apparaître tout à coup. Il élait cinq heures du soir.

Arrivée du prince Frédéric-CIiarIcs. — Di'piiis quelques instants le prince Frédéric-(Jharlcs avait fait son apparition sur le champ de balaille, cl dès lors il

jejln dire à M. le marcctial Le Bœuf de maintenir fortement ses jionitions acec la dioision Xaijral, et de se relier au ('f corps. » (Rapport officiel du iiiaréclial Hazaino sur la haiaillo de Ro/oiiville.) 1. G(Miéral prince dk Hohexlohe-Ingenlkixgen, Lettres sur l'infanterie, paj?e 217.

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prenait en personne la direction des opérations. Son arrivée tardive s'expliquait par ce fait que lui aussi avait cru jusqu'à une heure avancée de l'après-midi qu'il s'agissait uniquement d'un combat d'arrière-garde et les premiers rapports reçus à Pont-à-Mousson du général d'Alvensleben l'avaient d'ailleurs contirmé dans cette appréciation. C'est à deux heures seulement, et après réception d'un exprès du général de Kraatz, que le prince partit avec son état-major pour le théâtre de l'action. Parcourant à franc étrier les 2-2 kilomètres qui le séparaient de Vionville, il y arriva à peu près au moment où le X° corps apportait au IIP, cumplètement épuisé, l'appoint de ses 25,000 hommes, et jugea que, pour en profiter, il fallait, là où débouchaient ceux-ci, passer à l'offensive, tandis que le reste de la ligne chercherait simplement à garder les positions occupées déjà. Cette combinaison, bien que hasardeuse, eu égard à la supériorité des forces que le X° corps, très fatigué, allait rencontrer devant lui, était cependant la seule rationnelle, si l'on ne voulait pas se décider à une retraite immédiate. Pour la faire réussir, il fallait par exemple que l'artillerie y jouât le rôle principal, et, dans ce but, 42 pièces de canon appartenant aux batteries du HT, du X° et même du VHP corps (celles-ci ayant pris les devants pour accourir sur le théâtre de la lutte) dirigèrent aussitôt sur nos troupes un feu nourri et continu. Elles formaient une ligne courbe aUanI de Flavigny au bois de Vionville'.

Positions françaises vers cinq Iieiwes du soir. — Mais avant de pousser plus loin le récit de la lutte, il n'est peut-être pas inutile de rappeler quelle était, à ce moment, la disposition générale des forces françaises. A gauche, autour de Gravelotte et de la maison de poste, étaient groupés les zouaves, deux brigades de cavalerie (Halna du Frétay et du Preuil) et la 2° brigade de voltigeurs de la Garde impériale, ayant, en arrière, les divisions Forton et de Valabrègue. Line brigade de la division Montaudon occupait la partie nord du bois des Oignons, tandis que l'autre s'étendait entre la maison de; poste et Rezonville, donnant la nuiin à la brigade de voltigeurs qui occupait ce dernier village, et ayant déployée devant elle la brigade Lapasset. Les grenadiers, toujours en position au sud-ouest de llczonville, et appuyés par la réserve d'artillerie, soutenaient bravement la lutte engagée par la 5° division allemande, et avaient à leur droite les batteries de la Garde, à cheval sur la chaussée de Verdun. Plus loin, les divisions Levassor-Sorval, Lafont dcVilliers et Tixier, ainsi que le 9° de ligne, prolongeaient la ligne vers le nord-ouest, et tenaient les bois qui longent la voie romaine, entre la route de Rezonville à Villersaux-Bois, et celle de Flavigny à Saint-Marcel. La division Aymard, déployée face au bois de Tronville, s'étendait de son côté jusqu'au plateau coté 277, sur lequel combattait la division Grenier; enfin la brigade de cavalerie de Juniac occupait Saint-

1. La Relation allemande l'ait remarquer à ce sujet que, dans la journée du KJ, notre artillerie a fait preuve, au contraire des batteries prussiennes, d'une grande mobilité (page 587). C'est précisément cotte tactique adroite- qui, en réduisant sensiblement nos pertes, a permis à nos pièces, quoique inférieures en justesse et en portée, de tenir léte, mieux que dans toute autre bataille, au puissant matériel de l'ennemi.

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Marcel, tandis que la division de Gissey arrivait en avant de Bruville', et que la cavalerie des généraux Legrand f4° corps), de Clérembault (3°) et de France (dragons et lanciers de la Garde) se massait vers la ferme de Grizières. La division Navrai, du 3° corps, venait d'être appelée par le maréchal, pour renforcer, vers Gravelotle, notre gauche pourtant déjà si encombrée.

Le sentiment qui poussait nos soldats à profiter des succès obtenus et de l'avantage du nombre pour foncer de l'avant était si vif que, malgré les efforts du commandant en chef pour les retenir, ceux-ci se « laissaient partout aller à tenter des mouvements offensifs plus ou moins importants' ». Mais ces efforts spontanés et décousus n'étant ni encouragés ni soutenus, n'aboutissaient à rien ; de son côté, l'infanterie ennemie se laissait entraîner à poursuivre nos bataillons, quand ils battaient en retraite, et il en résultait de sa part « une série d'entreprises partielles peu conformes à l'attitude généralement expectante, recommandée par les ordres relatés plus haut, et qui venaient se briser contre les fortes positions de l'adversaire^ )). C'est ainsi que deux bataillons du 78° prussien (de la Frise orientale), ayant voulu se lancer contre le 2° grenadiers qui occupait le mamelon coté 311 (entre la route de Gorze et celle de Rezonville à Buxières), furent repoussés avec de lourdes perles. « Le colonel (de Lynckerl, les majors et tous les commandants de compagnie étaient blessés dans celle audacieuse mais stérile tentative'. » De même, un peu plus à gauche, le là" prussien, appuyé par deux batteries, essayait de débusquer le 1" grenadiers, sans y réussir davantage. Enfin, vers cinq heures, le 56" allemand, en débouchant sur le champ de bataille, s'était porté contre ce même mamelon 311 où les bataillons de l'Ost-Frise avaient, peu d'instants auparavant, été si maltraités. Il y perdit en un instant deux de ses commandants de bataillon °.

Ainsi, la situation générale restait sensiblement la même, notre ligne demeurait inébranlable, et le sort de l'ennemi était à la merci du moindre mouvement offensif de notre part. C'est l'instant même que choisit le prince Frédéric-Charles pour entamer le sien.

Offensive de la gauche allemande. Écrasement de la brigade Wedell. Prise d'un drapeau ennemi. — Nous avons vu la brigade Wedell se déployer en avant de Mars-la-Tour, au nord du ravin qui va de Grizières au bois de Tronville, au moment précis où la division de Cissey débouchait de Bruville. A peine ont-ils aperçu l'ennemi que nos braves soldats, malgré leur fatigue visible ^ se lancent sur lui au pas de course jusqu'à une distance de (30 mètres et le saluent d'une décharge générale qui fait dans ses rangs une affreuse trouée. Au bout de quelipies minutes à

1. Ello accourait i'i travers cliamps nii liriiit du caiioii, en dovanc-inl un ciinviii iiui siMlirigoait, après avoir été dépassé par pllo, sur Doiwdiirt.

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