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La Guerre franco-allemande, page

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Mars-la-Tour, de charger à outrance, pour arrêter un moment l'élan de nos bataillons, car ceux-ci, obéissant à leur instinct, marchaient hardiment de l'avant et menaçaient de culbuter les quelques régiments épuisés que seuls les Allemands pouvaient encore nous opposer de ce côté. En attendant, comme il avait dès maintenant sous la main le 1" dragons de la garde, massé au sud-est de Mars-la-Tour, il le lança sans perdre une minute contre les troupes du général de Cissey, en le faisant appuyer par deux escadrons du A° cuirassiers, placés jusque-là en soutien de batteries. Une décharge de mitrailleuses et de mousqueterie arrêta net ces derniers et les empêcha de se déployer. Quant aux dragons de la garde, ils parvinrent à aborder nos lignes; mais, fusillés à petite distance par nos régiments pelotonnés autour de leurs drapeaux, ils ne tardèrent pas à être forcés à la retraite, après avoir subi des pertes effrayantes. Le colonel, un officier supérieur, trois capitaines (dont un prince de Reuss), étaient morts ; 7 autres officiers, l'25 cavaliers et 250 chevaux hors de combat. Le régiment se trouvait, jusqu'à la fin de la bataille, hors d'état de reprendre part à l'action. De notre côté, nous avions à regretter la perle du général comte Brayer, commandant la l''" brigade de la division de Cissey, tué, avec son aide de camp, le capitaine de Saint-Preux, au premier instant de la charge.

Celle-ci n'avait malheureusement pas été inutile à l'ennemi. A la faveur du teinps d'arrêt qu'elle avait imposé à nos troupes, l'infanterie allemande encore postée en avant de Mars-la-Tour pouvait se dégager ; une batterie qui avait suivi le 16° jusqu'au « fatal ravin » et se trouvait singulièrement compromise, rétrogradait jusqu'à la route, où elle rejoignait les autres. Enfin nos bataillons, indécis et retenus plutôt c[u'enlevés par des chefs qui, ne recevant aucune instruction, craignaient de s'engager trop à fond, nos bataillons pourtant si braves et si disposés à tous les sacrifices, regagnaient la berge nord du ravin et reprenaient, pour la troisième fois de la journée, la défensive.

Ce n'était certes pas sans regret ni répugnance que le général de Ladmirault acceptait le rôle passif que les circonstances faisaient jouer à ses troupes. Le vaillant commandant du 4° corps, qui s'était sans ordre porté au canon et amenait, au prix d'une marche si pénible, ses régiments sur le champ de bataille, ne leur avait certainement pas demandé cet effort pour les laisser ainsi face à face avec un adversaire aux trois quarts désorganisé, et ne pas profiter mieux des avantages dus à leur premier élan. Mais il faut convenir que sa situation était singulière; le maréchal ne lui avait pas expédié un seul ordre, ou, quand il en avait demandé, lui avait l'ait répondre de tenir sur ses positions. Ignorant absolument la situation générale, ne connaissant rien de ce qui se passait à sa gauche, et craignant, s'il prenait une offensive contraire aux desseins du commandant en chef, de faire avorter des projets qu'on ne lui avait pas communiqués, il se trouvait en proie à une perplexité douloureuse, qui l'obligeait pour ainsi dire à abdiquer son rôle d(^ clu'f de corps d'armée, et à assister, sans s'y mêler ou à peu près, aux péripéties de la lutte. Ces considérations expliquent sulTisamment comment un homme de cette trempe n'a pas, par deux fois, enfoncé la gauche prussienne, exténuée et haletante devant

COMIIATIANTS.

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lui'. Les généraux allemands avaient sur les nôtres cet avantage précieux de posséder toujours une ligne de conduite toute tracée par le précepte nettement formulé de battre V ennemi partout où on le rencontrerai/. Ils savaient d'autre part, par les ordres journaliers, quelle était la situation générale, et quel but particulier élait poursuivi dans le moment; par suite, s'ils engageaient leur initiative, et ils l'engageaient presque toujours, plutôt trop que pas assez, ils ne le faisaient qu'à bon escient, escomptant d'ailleurs le secours de leurs voisins, pénétrés comme eux du principe absolu et sans limite de toujours marcher au canon. Enfin, ils étaient guidés par une direction unique, ferme, souveraine, poursuivant logiquement un plan nettement défini, et cherchant avant tout à faire à l'adversaire le plus de mal possible. Nos généraux n'avaient rien de tout cela. Presque toujours livrés à leur seule inspiration, dans des conditions où ils devaient craindre sans cesse de compromettre, en la suivant, des combinaisons dont ils ignoraient la tendance, attendant constamment des ordres qui ne venaient jamais ou qui se contredisaient les uns les autres, habitués d'ailleurs à réprimer chez eux comme chez les autres une initiative que de funestes traditions réprouvaient, ils ne sortaient guère d'une hésitation trop explicable, qui finissait par paralyser les plus énergiques et les plus vaillants, (lertains écrivains, étrangers à l'armée, se sont crus en droit de la leur reprocher, parfois même en des termes dont il est permis de regretter la violence. Ils avaient tort et dans la forme et dans le fond, car si les généraux prussiens, tant vantés, s'étaient trouvés aux prises avec des difficultés semblables, il est fort douteux qu'ils aient su, mieux que n'ont fait les nôtres, en triompher.

Terrible mêlée de cavalerie en nvtinl de Mars-la-Tour. — Mais revenons à la bataille. Le général de Ladmirault, voyant le mouvement de recul qui s'opérait sur son front, et apercevant d'autre part les masses de cavalerie qui se préparaient, sur l'ordre du général de \'oigts-Rhetz, à cliarger sa droite, ordonna à la cavalerie massée vers la ferme Grizières (division Legrand, ])rigade Êè France et '2° chasseurs d'Afrique) de s'opposer à toid mouvement de ce côté. 11 voulait ainsi préparer le retour définitif dont il n'avait pas abandonné l'espoir.

Le 2° chasseurs d'Afrique, qui se trouvait prêt le premier, s'élança aussitôt, à la voix du général de Lajaille, contre une batterie prussienne en position entre Ville-sur-Yron et la ferme Grizières, et l'assaillit sur sa gauche. Fort iieureusement pour elle, le 1"' dragons de la garde accniiriil à sou secours et put repousser les chasseurs d'Afrique avec l'aide du UV dragons (pie le colonel des dragons de la garde était allé chercher en toute hâte. Mais comme tous deux se jetaient à la poursuite des nôtres, ils virent devant eux: les eseadi'ons des géiuM'aux Legrand et i\c France'. Ils n'eurent (pie le teni|is de se replier.

1. " Dans cette journée, a dit un écrivain allemand, la situation de notre armée s'était trouvée, plus d'une fois, fort critique, notamment dans la soirée, alors que l'artillerie ot la cavalerie prussiennes furent jetées en avant; si, à ce moment, l'armée française avait fait donner les réspi'N-es intactes, elle culbutait le 111° corps dont les caissons étaicntpresque vides, et lo X''('or|is, cpii (U'j.'i n'en pouvait plus. » (Major v^in pkr (Ioi.tz, Ca'iseri'es militairrx.)

2. 1,0 2' chasseurs dWfi-iquc clait le seul réirimenl de la lirii:adp Lajaille. l'autre île l"i u'ayMul pu

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La division Legrand s'avançait en effet, aux grandes allures, tandis que de son côté « toute la cavalerie allemande réunie entre Tronville et Fuxieux se mettait en mouvement ». En tète de celle-ci marche le 13" dragons, sur la roule de Mars-la- Tour à Jarny ; derrière vient la brigade Barby, qui passe à l'ouest du village, entraînant avec elle le i& dragons (attaché à la "20° division d'infanterie) et le 10° hussards (de la brigade Redern). « Ace moment, le général Legrand reçoit une seconde fois du général de Ladmirault l'ordre d'attaquer de suite. II est trop lard, le moinenl est passé, lui dit le général du Barail. En même temps, comme .la distance était très grande, un des colonels de hussards demande à ébranler par ses feux l'ennemi qui est arrêté sur la crête du terrain. Le général Legrand, n'écoutant que son courage et brûlant d'aborder l'ennemi, répond : Non, au sabre f et Jl donne l'ordre au général de Monlaigu d'enlever sa laigade, qui s'élance au galop'. »

Les -2" et 7" hussards (Ijrigade Montaigu) se précipitent donc sur le 13" dragons prussien, et le traversent. Mais aussitôt la brigade Barby .accourt à la charge et les deux lignes « s'abordent sur tout leur front, avec la plus grande impétuosité. "Vainqueurs sur un point, rompus sur un autre, les escadrons des deux partis s'efforcent, chacun pour son compte, de gagner le flanc de l'adversaire. Un épais nuage de poussière s'élève bientôt et voile celle furieuse mêlée de plus de 5,000 cavaliers' ». A peine la lutte a-t-elle duré quelques minutes, que le général de Montaigu tombe, grièvement blessé, aux mains de l'ennemi. Le général Legrand se précipite à son tour, à la tête du 3° dragons, au secours de sa [" lu-igade. 11 est [)resipie immédiatement frappé à mort et foulé aux pieds des chevaux.

O'est maintenant au loiir de la brigade de France, sur la([U('llc la masse des escadrons, emportée comme dans un ouragan, s'est dirigée en tourbillonnant. A cent cinquante pas de l'ennemi, les lanciers de la Garde fondent avec une irrésistible impétuosité sur le 10" dragons (d'Oldenbourg) et le percent; mais, par une fatale erreur, voici que les cavaliers du général Legrand, aveuglés par la poussière, entraînés par la chaleur de cette action furibonde, et confondant l'habit bleu céleste avec la tunique des dragons prussiens, se mettent à sabrer les lauriers. Eu vain les dragons de l'Impératrice, qui viennent de se déployer, se précipilcul au milieu de cette cohue désordonnée et y Jelleul leurs cinq escadrons iulacls; eu \aiu le brave 2° chasseurs d'Afrique revienl-il à la charge ; nos cavaliers, enveloppés par plus de 21 escadrons qui les presseiil, siml ramenés vers le ravin, dans un indescriptible désordre, cl au bruit de elamcui's inhumaines, aiixipu'lles répund le fracas des sabres et des cuirasses ipii se heui'lent déscspéréineiil.

Cependant le général de (Uérembaull, « apercevani, de l'cudi'dil i|u'il orciipini la poussière soulevée par les charges de la divisidii Legi'and, se jxirle ra|Milcniriil

gagner Metz. La brigade Marguerilte (l''" de la ilivlsion du Barail) ayant été accompagner l'iMiipcreur, était remplacée par la brigade de France f|iii avait escorte le souverain seulement jusqu'à Doncourt et y était restée. Ivilin, dans la, division I.ei;rand, li' 11' drn:.;ons venait d'élre dcMMclié avec rinlantorie.

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