La Guerre franco-allemande, page
Ce régiment veut alors essayer à son tour de gravir les pentes ; il se dirige vers une ferme, dite la Maison-Blanche, qui domine le plateau, et réussit à y entrer, mais un retour offensif des grenadiers le débusque, tue son colonel et le rejette dans le bois. Le colonel de Rex, commandant la brigade, demande à un régiment du IX° corps' (le 11'), qui est encore dans le bois, d'arriver à son secours; or, ce régiment venait juste de recevoir de son commandant de corps d'armée (général de Manstein), lequel ignorait qu'une affaire sérieuse fût engagée devant Gorze, l'ordre de rejoindre ses bivouacs. Son colonel n'hésite pas cependant; faisant demi-tour, il rentre sous bois, remonte la grande route (vers six heures), déploie ses trois bataillons en avant du bois de Saint-Arnould et se porte en avant. Mais cette troisième tentative n'est pas plus heureuse que les précédentes ; le 11° perd son colonel et un major tués; la brigade Delebecque (r° de la division Montaudon), qui est venue renforcer les grenadiers, bouscule toute la ligne ennemie, et la rejette définitivement dans le bois, avec des pertes effroyables. Cette fois, il n'y a plus à songer à attaquer; les Prussiens se bornent désormais à nous fusiller de la lisière, qu'on leur laisse occuper bien qu'il eût été si facile de la leur enlever, et à parer au ralentissement du tir de leur artillerie, qui n'en peut littéralement plus* !
De ce côté aussi, on pouvait supposer que la lutte allait bientôt prendre fin, quand tout à coup, à sept heures et demie, débouche, du bois des Oignons et du ravin de la Jurée, la tête du IX° corps allemand. La brigade hessoise de Wittich, s'avançant avec des difficultés inouïes à travers les taillis plongés dans l'obscurité, essaye de se déployer et d'attaquer notre gauche ; elle est reçue par le bataillon de chasseurs de la (larde impériale qui la contient sur la lisière du bois. Un combat traînant s'engage de ce côté et dure, sans effets bien sensibles, jusqu'à dix heures du soir, moment où le général de Manstein, dont toutes les troupes ont achevé le passage de la Moselle et cantonnent à Gorze et Arnaville, donne l'ordre de cesser le combat. La brigade ^^'itlich s'établit au liivouac, sur place, et y passe la nuit « l'arme au bras ^ » .
L(j prince Frédéric-Cliarles se décide à une olïensive générale contre Rezonville. — Cependant, en voyant arriver ces maigres renforts, le prince Frédéric-Charles, qui probablement ne se doutait pas du degré d'épuisement où étaient arrivées ses troupes, songeait encore à prendre une offensive générale. La nuit était déjà presque complète, (piand tout à coup, à huit heures du soir, la canonnade reprend avec la plus violente intensité; toutes les batteries allemandes encore en état de tirer se groupent, et bien que plusieurs d'entre elles ne puissent plus avancer qu'au pas, elles dessinent contre Rezonville un vaste mouvement, en venant occuper,
1. Ce régiment, cliargé de garder le pont de Novéant, pendant que le IX' corps exécutait le inouveinont proscrit par le prince Frédéric-Charles, avait été mis à la disposition du VIll" corps.
2. Cette lutte acharnée, a écrit le capitaine HolTbauer, qui pour certaines batteries avait duré neuf et même dix heures, avait profondément épuise les hommes et plusieurs d'entre eux étaient devenus sourds et aoeugles. La plupart des pièces étaient très enci»assées et plusieurs appaicils de fermeture s'étaient calés. » [Loc. cit.. page 127.)