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La Guerre franco-allemande, page

sur l'ordre du prince, la cote 311, si longuement disputée dans la journée. Le tracas de cette nouvelle décharge est terrifiant, et la flamme de plus de cent bouches à feu qui brûlent leurs dernières gargousses allume dans l'obscurité de la nuit une immense et sinistre lueur; sur Rezonville, déjà aux trois quarts consumé, s'abat une pluie d'obus et de mitraille', et le commandant en chef, croyant l'attaque suffisamment préparée, lance alors contre le malheureux village les débris de la G° division.

Mais le général Bourbaki a disposé au sud et contre Rezonville une batterie de 54 pièces de la Garde ; en même temps la division Levassor-Sorval, les grenadiers, tout ce qui se trouve d'infanterie autour de ce point central de notre ligne, dirige sur les assaillants une fusillade infernale. L'ennemi, arrêté net, sidiit de lourdes pertes ; bientôt son artillerie ne peut plus riposter, et la démonstration sur laquelle comptait tant le prince Frédéric-Charles, pour « montrer qu'il avait la ferme volonté de sortir vainqueur de cette lutte encore indécise », se termine par une brusque retraite sur les anciennes positions.

Échec de cette tentative et dernière charge de la 6° division de cavalerie. — Echauffés par ce succès et n'écoutant que leur ardeur, les bataillons de la Garde et du 6° corps veulent se lancer sur Vionville ; déjà leurs lignes s'approchent du village et le prince Frédéric-Charles, qui vient d'être avisé de l'état lamentable de sa gauche", comprend qu'au lieu de prendre l'offensive, il lui faut au contraire parer aux dangers d'un assaut de toutes nos colonnes. Il appelle alors à lui la 6" division de cavalerie, seule troupe encore disponible, et malgré l'obscurité, à travers laquelle servent seuls de repère les éclairs des pièces ou de la mousqueterie, il lui ordonne de charger. Aussitôt la brigade de uhlans se jette en avant, suivie de la brigade de hussards venant de Flavigny. Toutes deux sont fusillées à courte distance par le G' corps et la Garde, perdent le général de Grûter, seul qui reste debout \ et ne peuvent qu'avec une peine infinie ramener sur Vionville leurs chevaux brisés de latigue et de besoin. La nuit arrêta les bataillons français.

Il était alors tout près de dix heures du soir; la bataille se terminait enfin, après ce dernier succès de nos soldats. « Un profond silence s'étendait alors sur ce large plateau où, depuis neuf heures du matin, la mort avait fait une si riche moisson. Une nuit froide succédait à cette lirùlanto journée d'été, et, après des efforts presque surhumains, les combattants prenaient quelques, instants de repos dans leurs bivouacs. La ligne des avant-postes prussiens, formant un vaste arc de cercle sur ce plateau de Hezonvillc, si clièrcmeul acheté, s'étendait du bois des Oignons aux bois de Trouville. Au lever de la lune, la cavalerie de l'aih^ gauche prolongeai! la chaîne

1. Au dire du capitaine Hoffljauer, l'artillerie allemande a consommé, dans cette journée de Rezonville, l'énorme quantité de 19,638 obus et 19 boites à mitraille.

2. Le général de Voifrls-Rhetz avait fait dire qu'il était dans l'impossibilité de mettre à exéciition le moindre mouvement olïensit', mais qu'il tiendrait jusqu'à la dernière extrémité dans ses positions entre Mars-la-Tour et Tronville.

3. Le général de Raucli avait déjà été blesse' dans la journée.

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des grand'gardes jusqu'à l'Yron, à travers cette plaine de Mars-la-Tour abreuvée de tant de sang\ »

Quant aux troupes françaises, elles bivouaquaient sur leurs positions.

Pertes. — La bataille du 16 août 1870 est une des plus meurtrières du siècle. Pas une, dans toute la guerre, n'a coûté autant de sang. Nous avions perdu 16,i'22 hommes et 837 officiers; les Allemands comptaient 15,320 hommes et 711 officiers hors de combal^ C'était donc un total de 32,749 hommes restés sur le carreau ; la population d'une ville !

Parmi nos morts figuraient les généraux Legrand, Braver et de Marguenat ; les colonels Cousin, du 3° grenadiers, et Amadieu, du lo" de ligne, 147 officiers de toutes armes et de tout grade. Les généraux Bataille, Letellier-Valazé et de Montaigu étaient grièvement blessés, ainsi que sept colonels. Quant aux Allemands, ils avaient perdu les généraux de Dœring et de Griiter, avec onze colonels tués, et ime énorme proportion d'officiers supérieurs blessés. Le IIP corps comptait à lui seul 202 officiers et 6,749 hommes hors de combat; et certains régiments avaient perdu jusqu'à 1,200 hommes.

Quant aux effectifs engagés, ils ont subi des variations assez sensibles par suite de l'entrée en ligne, chez les Allemands, du X° corps et des fractions du VHP et du IX°, chez les Français, du A" corps. Mais les premiers ont toujours été inférieurs aux. seconds. A la fin de la journée, les forces en présence étaient de 91,000 Allemands, appuyés par 222 pièces, contre 136,000 Français qui disposaient de 364 canons et 66 mitrailleuses.

Résultats de la bataille de Rezonville. — En présence d'une supériorité numéri(iue aussi marquée, on est en droit de s'étonner que le succès de l'armée du Rhin n'ait pas été plus décisif; car en définitive les résultats tactiques de cette longue et sanglante journée étaient purement négatifs : les Prussiens n'avaient pas plus réussi à nous chasser de nos positions que nous à les débusquer des leurs. La cause en était-elle dans le manque d'énergie de nos soldats? Assurément non, et les pertes subies par certains corps sont là pour témoigner du dévouement et du courage absolus des troupes françaises^ Fallait-il y voir encore l'effet d'une infériorité déjà

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