Français : Tués 147 officiers et 1,220 liommos
— IJlo.ssés 597 — 9,523 —
— Disparus... 93 — 5,379 — (Ceux-ci étaient, pour la plupart, des
blessés laissés dans les ambulances du cliamp de bataiUo.) Allemands : Tués 23fi officiers et 4,185 honuues.
— Blessés.... 470 — 9,9;tt —
— Disparus... 5 — 9()2 —
Le 111° corps allematid avait perdu 21. .5 0 0 de son cITcclil'. Le 2" corps fiani-nis, le plus cpniuvé, 20.8 0/0.
3. Le 93" de ligne comptait 27 ofliciors l'I 01 I iKiiinnrs hcisclc .-(iiubMl ; le !)'• biilaillon (\o cliassciirs, 10 olficicrs sur 23 et 150 liommcs sur 750; lu 12'' de lij;iic, :l'5 (.riii-ins cl (i.55 liuniuics, etc. Ces ré,giments devaient, le surlendemain, combattre avec une biavuure aussi complote. Le 93", par exemple,
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COiMBATTAN rs.
346 BATAILLE DE REZONVILLE
constatée de notre matériel d'artillerie? Pas davantage, puisque, cette fois, le nombre et la mobilité de nos pièces leur avaient permis de lutter avec avantage contre les batteries allemandes, très rapprocbées et souvent à court de munitions. D"où venail donc cette passivité si peu conforme au tempérament ardent de notre nation? Hélas ! nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion d'en montrer l'origine, et le jugemeni du conseil de guerre de Trianon a d'ailleurs lixé définitivement l'opinion sur ce triste sujet. Ce n'est point par des considérations militaires qu'il est possible d'expliquer la fatale obstination du commandant eu chef à repousser toutes les occasions qui s'offraient à lui de battre son adversaire, et nous croyons en avoir assez dit à cet égard. Ce qui est certain, c'est que n'intervenant pas dans la direction générale de la bataille, si ce n'est pour arrêter Imit luouvenient en avant, il tinit par rendre hésitants les lieutenants les plus résolus et les plus énergiques. Ceux-ci, comme l'a écrit le colonel Canonge, « s'exagérèrent les forces de leurs adversaires, et, désorientés par une offensive sans cesse renouvelée, ils en vinrent peu à peu à se résigner à une défensive qui ne pouvait donner une victoire véritable ».
Mais si, au point de vue tactique, la bataille pouvait passer pour indécise, il n'en était certainement pas de même au point de vue stratégique. Des différentes routes énumérées plus haut, par lesquelles aurait dû s'opérer la retraite de l'armée française, la plus importante, celle où se trouvait engagée toute cette armée, était interceptée. Par suite, l'armée du Rhin « n'était plus en relation avec la capitale et avec l'intérieur du pays que par sa droite, et, pour lui assurer le libre usage de ses communications naturelles, eu égard à la position des Allemands, une nouvelle ba/aille était JnévitahJe^ ». Est-ce à dire qu'il nous fût désormais impossible de gagner \'erdun'' Non certes, puisque les routes d'Étain et de Briey demeuraient encore libres, et qu'il nous était facile de les atteindre par une marche relativement courte. Une attaque décidée, faite le 17 de grand matin, par les divisions françaises intactes (Lorencez, Metman, voltigeurs de la Garde), contre les débris des IIP et X" corps, cramponnés à "N'ionville, mais hors d'état de tenter le moindre mouvement, nous aurait certainement permis de nous dérober, d'autant plus que les autres troupes des I" et IP armées allemandes se trouvaient encore assez loin. L'ennemi n'avait donc pas atteint entièrement son but, qui était de nous couper la retraite, et avec de la décision et de la vigueur tout pouvait encore se réparer. Mais le maréchal ne voulait rien réparer; la marche sur Verdun n'avait été commencée par lui que pour obéir aux ordres de l'Empereur, et, celui-ci parti, il s'était hâté de la conireuiaudcr. L'affaire du 1(3, bien qu'elle augmentai, au [loinl de vue du succès définitif, les difficultés de notre situation, servait donc ses pro})res projets, et nous allons voir (ju'il prit soin, par ses mesures ultérieures, d'en accentuer les conséquences dans le sens de ses déleslables condiiiiaisons.
(lonsidôrui ioiis (frurralcs. — Envisagée dans un oi'div d'iih'cs plus ahstrail et
pefditeiicoi'o, àSaint-Privat, 18 ollicioi-s lU 518 licimiiius, soi I, en deux juins, l.'» ofliciorti el 1,1 .'i^ lioniiiies, |ii(!sqiie les 2/3 de son cll'cciir. Est-il pn>^sil)lo do .suspecter lu valeur (le |iMiellles troupes? 1. La Guerre franco-allemande, pa{;e 640.
l>lus spécial, la bataille de Rezoïiville présente celle particularité intéressante que, pour la première fois, l'action des différentes armes s'y est exercée dans toute sa plénitude et avec la variété de |)ériiiélies que l'ait naître le dévehqipement du combat moderne.
Tout d'abord, il nous faut constater la différence sensible (jui exisle dans le mode d'utilisation des deux cavaleries. Tandis que les escadrons allemands couvrent la marcbe de flanc de l'infanterie, observent avec soin ce qui se passe, attaquent au besoin l'ennemi (|ui ne se garde pas, les nôtres, au contraire, restent inertes, à quelques pas des colonnes, et n'envoient pas une patrouille pour s'éclairer du côté de Gorze, d'où l'on attend l'attaque; ils ne pourvoient même pas à leur propre sécurité. Puis, une fois la bataille engagée, ils se massent en arrière des lignes et n'interviennent presque plus. (Il n'est question ici que des divisions arrivées sur le plateau en même temps que le gros de l'armée. Le général de Ladmirault, avec un sens très judicieux du rôle de la cavalerie sur le champ de bataille, avait, au contraire, posté celle dont il disposait en arrière de son flanc découvert.) Depuis le début de l'action jusqu'à la lin, la cavalerie allemande, toujours en quête d'une occasion d'intervenir, supplée, par son acli\ilé, à la faiblesse de l'infanterie et charge intrépidement pour donner à celle-ci le temps de respirer. A céi égard, le dévouement héroïque des cuirassiers à Frœscbwiller et des cuirassiers de la Garde dans cette journée même n'a pas été dépassé, car, sous le rapport du courage, nos cavaliers n'avaient à recevoir de leçon de personne. D'ailleurs, le chiffre des perles éprouvées de part et d'autre dans ces actions mémorables a montré qu'en face de fusils à tir rapide, il ne pouvait plus s'exercer utilement que dans des cas extrêmement rares, on pourrait dii'e désespérés, et cdulre une iid'aiderie déjà (■'branlée et non en positioii. Mais ipiand le général de \ Digis-lllielz, seidanl sa gauche perdue, demande à ses escadrons de sauver leurs frères d'armes, alors nous voyons ceux-ci se grouper au préalable et agir en une seule masse, tandis que les divisions Legrand, Clérembault et la brigade de France ne s'engagent que successivement el, jtour ainsi dire, régiment jiai' l'éginieiil. (rtdail là une cause d'infériorité qui n'a pu èlrc compensée par la plus éclatante; bravoure.
De même l'ailillcrie allcmanili' agit toujours par masses et, gràct; à la l'apiiiité avec laquelle elle devance ses colonnes, facilite le débouché de celles-ci. Inférieure en nombre, mais supérieure à la nôtre en précision et en portée, elle a été véritablement le facteur principal île la lullc, jneparaiil les mou\i'uicuts olïcusirs, soulenanl les actions partielles, déterminant la ligne de l)alaille et entrelenaul l'action quand l'infanterie épuisée la laissait tomber. A la vérité, la nôtre a réussi, comme on l'a vu, à parer, par une grande mobilité, à la mauvaisr qnalih'' de sou rnalérid ; malgré tout elle n'a jamais pu réussir à éteindre le l'eu de l'adxei'saii'c, el si celui-ci a été si durement éprouvé, c'est parce ipu- notre fusil ])osséilail des ipialiles contre lesquelles il était inq)Ossible à ses batteries, si entreprenantes qu'elles lussent, de soutenir une lutte prolongée. liappelons-nous toutefois que le soir, le feu de neuf batteries de la Garde, réunies parle général lînui'baki a IOik'sI de lîezouville, a eu raison dv. l'effort désespéré que le prince Krédéric-Gliarles li-nla pour iu)us refouiei-.
Ce fait, à défaut des succès que l'ennemi dut tant de fois à la façon dont il employait son artillerie, suffirait à montrer la nécessité absolue d'agir par masses de batteries, et non par unités isolées, comme nous étions alors coutumiers.
Enfin, l'infanterie allemande a montré que son instruction technique était en tous points remarquable, particulièrement au point de vue de l'utilisation des couverts. Sa manière d'aborder le champ de bataille, en profitant des ravins, des abris et des pentes défilées, témoigne d'une expérience du terrain que la nôtre, confinée en garnison dans le méthodisme de la place d'exercice, ne possédait certainement pas à un degré égal. En outre, quand, pour tâcher d'enfoncer notre droite, le général de Voigts-Rhetz lance en avant la brigade de Wedell, nous voyons celle-ci adopter une formation assez inusitée, mais parfaitement conforme aux nécessités du combat actuel. Ce n'est pas encore l'ordre dispersé, mais ce n'est plus l'ordre compact, et si le succès n'a pas répondu à ses efforts, c'est parce que les troupes du général de Cissey l'ont abordée avec un entrain qui, cette fois, n'était pas refréné, et après l'ont accablée sous une fusillade d'enfer. Une semblable intuition des nouveaux procédés de la guerre est toute à l'honneur des officiers allemands et prouve leur connaissance du méliei'.
Conclusion. — Tout était donc contre nous : le commandement, dévoyé dans les combinaisons tortueuses, tandis qu'au contraire il se manifestait chez l'adversaire par une spontanéité surprenante et une remarquable ténacité; et l'infériorité professionnelle des troupes, qui ne possédaient que leur courage pour suppléer à ce qui leur manquait d'expérience et d'instruction. Il est hors de doute cependant que, sous un autre général, ce courage eût suffi pour nous assurer la victoire : ne nous l'avait-il pas d'ailleurs donnée déjà en Grimée et surtout en Italie?
On savait, en effet, que 30,000 hommes s'avançaient sur notre gauche; il était bien facile de les battre avec 150,000. Mais, pour cela, il fallait se couvrir sérieusement de ce côté, hâter l'arrivée de tous les corps sur le plateau, c'est-à-dire employer toutes les routes disponibles, tenir par de fortes avant-lignes les débouchés du sud, enfin s'assurer la possession solide des points d'appui de la route, tels que Marsla-Tour, Vionville et Flavigny. Même après avoir négligé ces précautions élémentaires, il était encore possible, comme l'étude des faits en est la preuve', d'anéantir le IIP corps avant l'arrivée de tout secours e-t de bousculer successivement les tètes de colonnes des IX° et X° corps. C'était porter le désordre dans la 11° armée et assurer le succès de notre retraite sur Chàlons.
Mais, pour agir ainsi, il eût fallu au maréchal l>a/.aine la ferme volonté d'exécuter cette retraite mi seulement celle de \aincre. Sa conduite ultérieure a malheureusement UKiiiliV' (pi'il n'était iin|)régne ni de l'iine ni de l'aiili'e ci que son seul but, but criminel et indigne d'un soldat, était de se réserver pour l'avenir.
1. Et comme en conviennent les Allemands avec une complète unanimité. En faisant opérer une reconii»i»sanco sur la route de Verdun par doux corps d'armée que ne pouvaient pas soutenir les autres, beaucoup trop éloignés encore, le prince Frédéric-Cliarlcs avait commis une latte qu'il aurait t.ik payer bien cher.
CIIAPITUE V
LES PRELI.MINAIIUÎS DE SAINT-PRIVAT
A. Mouvement de l'armée française. — Quant il vit terminée, à la nuit close, cette bataille qu'il avait si mal dirigée, le maréchal Bazaine quitta les environs de Rezonville, où il était resté jusqu'à la tin, au milieu de la ligne des. tirailleurs, et rentra à Gravelotte, dans l'auberge où avait couché l'Empereur. Là, il dicta l'ordre suivant, (jui parvint, dans la nuit, aux commandants de corps d'armée :
« Le défunt de vivres cl de niuiiilions, après celle journée, nous empêche de conlimier la marche qui avail été tracée. Nous allons nous reporter sur le plateau de Plappeville. Le 2" corps occupera la position entre /r Point-du-Jou/' et Liozerieulles ; le 3° à sa droite, à hauteur de Chàtel-Saint-Germain ; le 4°, prolongeant le ;V jusquà Monti(jny-la-firange ; le (5° ;) Vernéville. La cavalerie du Barail suivra le mouvement de a: dernier co/'ps ; la division de Furton ira s établir en arrière du 2° ; la Garde à Lessy et à Plappeville, où sera Je quartier général. Le mouvement devra commencer le 17, à quatre heures du matin, et sera couvert par la division Metninn, qui tiendra la position de Gravelotte et ira ensuite rallier le .1° corps. )>
Ainsi, sous un prétexte dont nous montrerons plus tard l'inanité, le uuu'échal
abandonnait ses positions et livrait à l'ennemi un terrain sur lequel celui-ci s'était efforcé, au prix de sanglantes hécatombes, de prendre pied, sans pouvoir y réussir de toute une journée. Il donnait aux Allemands le droit strict de s'attribuer la victoire, et la possession des lignes de communication avec l'intérieur, dont, comme l'a écrit si justement M. le colonel Canonge, dépendait le salut de l'armée! C'était à n'y plus rien comprendre, et tous, depuis les généraux jusqu'aux soldats, furent frappés de stupeur. Pendant cette nuit glacée qu'ils passèrent sans nourriture, sans eau, sans abri sur le plateau de Gravelotte, ces hommes qui venaient de montrer un si brillant courage, et qui s'attendaient tous à compléter le lendemain leur succès, sentirent comme un frisson de révolte passer dans leur chair ! Un moment il sembla que cette masse d'êtres humains, dans l'intuition qu'elle était conduite à sa perte, allait refuser de tourner honteusement le dos à ceux qu'elle avait si durement traités... mais la discipline, à laquelle cette belle armée devait jusqu'à la fin demeurer rigoureusement fidèle, reprit le dessus. Tristement, les régiments s'ébranlèrent aux premiers rayons du soleil. Puis on chercha des excuses... le maréchal devait avoir ses raisons... c'était pour attirer les Prussiens dans un piège qu'on reculait ainsi... on se retrouverait probablement le lendemain, et cette fois ce serait la bonne... On se retrouva, en effet, mais ce fut pour voir tendre autour de l'armée de Metz la dernière maille d'un hlet dont elle ne devait jamais se délivrer.
Quant aux Allemands, qui, ils l'ont dit et écrit maintes fois, s'attendaient à une nouvelle attaque, dont les suites ne leur paraissaient rien moins que rassurantes ', ils constatèrent avec joie, au jour naissant, qu'ils « étaient maîtres du champ de bataille et que les Français avaient évacué leurs positions - ».
Immédiatement après avoir dicté au général Jarras l'ordre de mouvement donné ci-dessus, le maréchal adressait à l'Empereur le rapport que voici :
Gravelotte, 10 août, 11 heures soir.
« (le mutin, ;) iiriil' licitrrs, [ t'iiijcnii a nllnque In tOtc ilc nos caniponif'iils à RezoïJvilJe. Le combat a duré depuis ce matin jusqu'à huit lieuves du soir, ('.et te bataille a été aeliarnée ; nous sommes restes sui- nos positions après avoir éprouve des pertes sensiiiies. La difficulté aujounl' liui [/il principalcnu'ut dans la diminution de nos parcs de réserve et nous aurions peine a suppiwtcr une journée ciinjine celle d' anjaurd' liui avec ce qui nous reste dans /ids caissons. D'un autre ente, les vJv/'es sont aussi ra/-es que les niu/iilinns, et je suis ohliqé de me reporter sur la ligne de Vjqnenlles à Lessy pour me l'avitniller. Les blessés ont été évacués ce soir sur Metz'. // est j)/'iibalde. selmi li's nnuvelles de la concentration des armées des p/-inces, (pic Je me xcrrai dhligé de ])r('U(h'(' la route de Verdun par le nord. »
1. Le prince Fréduric-Cliarles avait apiiehi à lui tous ses eoi'ps en arrière; mais, quelipie diligeure qu'ils fissent, ceux-ci ne pouvaient le rejoindi'o qu'assez tard dans la journée.