Procès Daminc. Interrogatoire
2. Ibid. Rapport. — La perte d'une aussi grande quantité de sel était particuiii''reuient regrettable, et les survivants du blocus de Metz se rappellent assurément combien ils en ont souiïert plus tard.
Comme bien on pense, les débats publics et contradictoires du procès de Trianon n'ont pas laissé dans l'ombre des faits d'une importance aussi exceptionnelle ; mais le maréchal, sommé de s'expliquer à leur sujet, n'a présenté que des arguments dilatoires et des raisons embarrassées qui n'ont pas trouvé grâce devant ses juges et ne réussiront point à sauver sa mémoire de la juste réprobation qui le poursuit. Il avait oublié l'existence de la ligne des Ardennes, a-l-il dit ; le télégraphe lui paraissait trop peu sûr pour être utilisé; enfin, l'ignorance où il avait été laissé, en prenant son commandement, de l'état des ressources existantes ne lui permettait pas de prendre une décision à coup sur. Puis, pour expliquer son mouvement rétrograde, ordonné dans un moment où la conservation, coûte que coûte, de la ligne de communication avec l'intérieur était pour l'armée une question de salut, il a ajouté que le véritable motif de sa décision résidait dans la dissémination où se trouvaient, le soir du 16 août, les différents corps d'armée, et dans la nécessité de tout remettre en ordre avant de reprendre la marche. Il a ajouté que le mouvement en arrière n'était, à ses yeux, qu'une rectiliciitinn de la ligne de bataille; et qu'il l'avait opéré uniquement pour pouvoir recevoir l'ennemi dans des conditions pUis favorables, le cas échéant.
Les considérations que nous avons développées précédemment suffisent à montrer quelle mince importance de tels arguments, fussent-ils tous exacts, prenaient en présence du dilemme où était acculée l'armée française : ou reprendre l'offensive pour culbuter les IIP et X" corps, ou se dérober par une marche rapide vers le nordouest, marche qu'une arrière-garde aurait dû protéger. Mais ce que le maréchal n'a pas dit, et qui cependant résulte aussi bien des débats que des faits, c'est qu'il voulait, avant tout, rentrer à Metz. La preuve la plus convaincante en est dans cette phrase, adressée par lui aux officiers de son état-major, après qu'eurent été dictés les ordres de retraite : « Si quelqu'un d'entre vous voit quelque chose de mieux à faire, je suis prêt à l'écouter. Du reste, il faut sauver l'armée, et pour cela revenir sous Metz ' . »
Cependant, bien qu'il eût annoncé à l'Empereur son intention de s'établir sur la ligne Vigneulles-Lessy, c'est-à-dire sous les murs de Metz, le command;nil m chef comprit qu'une reculade aussi prononcée, alors qu'aucun motif plausible ne semblait pouvoir la légitimer, produirait dans l'armée et dans le pays un effet désastreux, et c'est pourquoi il adopta les positions énoncées dans l'ordre cité plus haut ipii fut seul communi([ué aux commandants de corps d'armée. En exécution des prescriptions ({ue cet ordre contenait, les troupes se mirent en nuu'che, le 17, dés l'aube, au milieu d'un morne silence et avec une tristesse visible. Comme aucun itinéraire n'avait été fixé, les différentes unités ne tardèrent pas à s'enlre-choquer, et bientôt le désordre devint extrême. « Notre interminable convoi, dont j'étais chargé de surveiller la marche, a écrit un des acteurs de ce drame lamentable, suivait la route qui, de Gravelotle, descend dans le ruisseau de la Mance, puis remonte sur le plateau de; IlozerieuUes ; bagages régimciitaires, caissons de nnuiilinns, \oitures
1. Procès Bazaine, audience du 25 octobi'c. — Uépowitioii du couiiiiaiidaiit Fix.
d'adminislralion, transports de blessés, pièces d'artillerie et troupes se pressaient sur cette voie, presque sans issue à droite et à gauche, tout cela au milieu d'une confusion indescriptible'. » Néanmoins le mouvement iînit par s'exécuter tant bien que mal, grâce à l'impossibilité matérielle où était l'ennemi de l'entraver, et, dans l'après-midi, l'armée occupa les emplacements qui lui avaient été assignés.
Mais à peine avait-il gagné Vernéville que le maréchal Canrobert fut frappé des dangers que faisait courir à son corps d'armée une position aussi en l'air, environnée de bois et très facilement abordable. Le 6° corps était, nous le savons, sans cavalerie et ne disposait (jue d'une artillerie tout à fait insuffisante. Son chef crut devoir adresser des observations motivées en ce sens au colonel Lamy, de l'étatmajor général, lequel les transmit immédiatement au maréchal Bazaine ; à quatre heures du soir, celui-ci répondait par la lettre suivante :
« Au grnnd quartier r/cucfcil à PlappeyiHc, 17 août 1870.
« D'après les observa/ions qui m'ont 010 transmises par le colonel Lamy, au sujet de votre position à Vernéville, je vous autorise â quitter cette position et à aller vous établir sur le prolongement de la crête occupée par les autres corps. Vous pourriez occuper Saint-Privat-la-Montagne et vous relier, par votre gauche, au 4° corps établi à Amanvilliers. Je vous prie de me faire connaître la détermination que vous aurez arrêtée et de me dire, en même temps, le point choisi pour votre quartier général, afin qu'il n'y ait pas de retard dans la correspondance. »
P. S. — Cette position de Vernéville avait été indiquée pour protéger la retraite du général Ladmirault qui est encore à Doncourt.
Le maréchal Canrobert, usant sans plus tarder de la permission, se remit en marche dans la direction de Saint-Privat. Mais tout à coup parurent devant lui les tètes de colonnes du 4° corps, qui, prévenu très tard des ordres du maréchal, ne s'était mis en route qu'après les autres. Le 6° fut obligé de s'arrêter jiour laisser défiler le 4°, de sorte que quand il arriva à son nouveau bivouac, il était nuit et les troupes durent s'installer /( l'aveuglette'^. Un autre fâcheux résultat, celui-ci plus grave, de ce changement de position était ipie le flanc droit de notre ligne allait être occupé par celui de nos corps qui se trouvait le plus faible en artillerie. Or il est de principe absolu (juc lorsipie aucun obslacle naturel ou artificiel ne protège une aile de bataille, on doit y suppléer en accumulant sur cette aile de fortes masses d'artillerie. Par suite, il eût été bien préférable, et aussi beaucoup plus simple, de changer la destination du 4° corps, encore en marche, de le dirigei' sur Saint-Privat, et de mettre en son lieu et place, entre Amanvilliers et Munligny-la-Grange, le (i' corps. Cette idée ne parait pas être venue au maréchal Bazaine. Plus lard, il a éci'it (|ue sa concession aux instances du mai'éclial ( laiii'oljci'l Olail uni' fnu/r'-', cl allégué (|u'il
1. Journal (Vun officier 'Ir l'urnirr ilii liliin, p;igo !)!).