J'rocés Ucuainc, Dciiosilidii du marùclial Cnni'olicrl
3. Ex-iuaréclial IIazaine, Epixodes (te la i/uerrc de 1870, pagu 'M.
ne l'avait commise que parce que ce dernier avait dix années de grade de jiliis qne Jui'. La faute consistait réellement non pas à avoir retiré le 6' corps d'une position très dangereuse, mais à l'avoir placé dans une situation beaucoup plus difficile encore, étant donnée sa composition.
Une fois son armée en mouvement, le maréchal, sans plus se préoccuper de l'éventualité d'une attaque sur ses colonnes en retraite, s'était retiré à Plappeville où il avait établi son quartier général. Les vigies, placées sur le fort Saint-Quentin et dans le clocher de la cathédrale de Metz, signalaient de gros mouvements de troupes et l'atTlux d'épaisses colonnes vers Vionville, Mars-la-Tour et \'ille-sur- Yron ; ces rapports étaient corroborés par les dires des paysans qui, fuyant leurs villages dévastés et envahis, venaient chercher un asile dans la ville, ic Pas un avis n'est envoyé aux commandants de corps, pas un ordre n'est donné, pas une disposition n'est prise pour le cas d'une attaque de l'ennemi ; on se repose sur les instructions générales de la veille, dans lesi[uelles on engageait les généraux à faire faire des travaux défensifs de campagne pour couvrir leurs hommes et leurs pièces'.» Le commandant en chef se bornait à adresser à l'Empereur et au ministre, par Je télégraphe cette fois, les deux dépèches que voici :
1" A rEmpcrviir, au vamp de Ch;i/ons.
« J'ai eu l'honneur d'écrire à A'otre Mfijeslé, hier soir, jxiur l'informer de la bataille soutenue, de neuf heures du matin à huit heures du soir, contre l'armée prussienne, qui nous attaquait dans nos positions de Doncoiirl à Vionville. L'ennemi a été repoussé et nous avons passé la nuit sur les positions conquises. La grande consommation (pii a été faite de munitions d'artillerie et d'infanterie, ia seule Journée de vivres qui restait au.\ hommes, m'ont obligé à me rapprocher de Molz pour réapprovisionner le plus vite possible nos parcs et nos convois.
« J'ai établi l'armée du Rhin sur les positions comprises entre Sainl-Privat et Rozerieulles. Je pense pouvoir me remettre en niarclie après-demain, en prenant la direction plus au nord, de faron à venir déboucher sur la gauche de la position d'Haudiomont, dans le cas où l'ennemi l'occuperait en force pour nous barrer la route de Verdun, et pour éviter des combats inutiles qui retardent notre marche.
« Le chemin de fer des Ardennes est toujours libre jusqu'à Metz, ce qui indique que l'ennemi a pour objectif ( Ihàlons et Paris. On parle toujours de la jonction des
1. Dans son ouvrage paru à Madrid en 188.3, ouvrage dont, entre parentlièse, la douli'iir d'une vie brisée et les regrets d'une ambition déçue peuvent seuls faire excuser l'aigreur vis-à-vis de* principaux chefs de l'arniôe française, l'ex-maréclial Bazaine raconte l'épisode suivant, cependant assez peu glorieux ])our lui : " Le président du conseil d'enquête, maréchal Baragucy d'HiUiers, dit-il, auquel j'avais dit qu'il était à regretter que Vernéville eût été évacué par le B" corps, se crut autorisé à dire au maréchal Canrobort que je rejetais sur lui la perte de la bataille du 18 aoiU, par suite do l'abandon de Vernéville. I.e maréchal Canrobert tira alors de sa poche la lettre ci-dessus, ce qui fit dire au maréchal président, avec ce ton de raillerie qu'on lui connaissait : Verba volant, scripta manent. » [Épisodes, etc., page 97.)