La Guerre franco-allemande, pages 630 et
troupes en situation d'arriver autour de Rezonville dans un court délai. Déjà, dans la journée même du 16, M. de Moltke avait ordonné aux VIP et VHP corps (de la P" armée) de franchir la Moselle à la suite du IX% au moyen des ponts jetés sur la rivière \ A son tour, le prince Frédéric-Charles assignait à ses troupes, pour la journée du 17, les objectifs suivants:
IX" corps (dont une partie était déjà sur place), le terrain au nord de Gorze ;
XIP corps, de Pont-à-Mousson à Mars-la-Tour (par Thiaucourt);
Garde, à la gauche du précédent';
IP corps, à Pont-à-Mousson (ce corps, cantonné à Buchy, était à deux journées de marche du champ de bataille).
Le IV° corps, trop éloigné, recevait l'ordre de continuer son mouvement vers la Meuse, mais de voir, en passant, s'il ne serait pas possible de tenter un coup de main sur Toul.
Enfin le I" corps (de la P° armée) était laissé par M. de Moltke sur la rive droite pour couvrir le mouvement, surveiller les abords de la place, et servir de masque à cette concentration. Dans ce dernier but, le général de Manteuffel, portant son artillerie sur les collines de Laquenexy, Mercy-le-Haut et Peltre, fit diriger, le 17, de cinq heures à six heures et demie de l'après-midi, un feu violent contre le fort Queuleu et les remparts de Metz. Étant donnée la position déjà prise par l'armée française, tout entière sur la rive gauche, et le parti bien arrêté de son chef de tout laisser faire plutôt que d'abandonner la place, cette précaution était bien inutile. Il n'entrait nullement en effet dans les combinaisons du maréchal de gêner en quoi que ce soit les mouvements que faisait l'ennemi pour se grouper, et il ne prenait même pas la peine de les faire surveiller ou seulement signaler. Il est vrai que l'état-major allemand ne pouvait pas supposer chez son adversaire une tactique aussi extraordinaire, ni admettre que l'armée française, « pour accepter une deuxième bataille, s'établirait le dos tourné à Metz et à la rive gauche de la Moselle tourmentée par des ravins abrupts et boisés..., les conditions normales, les décisions justes de l'adversaire étant toujours la base la plus solide sur laquelle on peut édifier ses propres projets ^ »
Combat clans le bois do Vaux. — (Juoi qu'il en soit, les deux corps du général de Steinmelz (VIP et VHP) exécutèrent leur mouvement à la faveur de cette diversion. L'avant-garde du VIP corps gagna Ars, vers midi, et s'engagea dans le ravin (jui renumlc sur Gravelottc, entre les bois de Vaux et des Oignons; mais, arrivée près du Moulin de la Mance, elle fut accueillie par une fusillade qui lui blessa quelques hommes. Son chef, le général de Woyna, la déploya alors de chaque côté
1. Trois il C(iriiy ovi oiiviroiis, deux ;i .\rry. Lo VII" corjjs devait, après le passage, se diriger sur Gravelotle, le VIII" sur Re/oiiville.
2. La garde, arrivée le 16 à B(!rtiecourt et Beaumont, était à 38 kilomètres de Mars-la-Tour. Le XII" corps en était à 30 kilomètres.
3. Opérations de la II' armée, par le Ijaroii von der Goltz, capitaine au grand état-major (inédit en France).
Dragons allemands.
COMBAITANIS.
du ravin, sur l'ordre même du général de Steinmetz, qui prescrivait d'attaquer, et engagea une lutte assez vive avec les troupes du général Metman qui n'avaient pas encore quitté Gravelotte. Mais celles-ci, rappelées en arrière par les ordres du maréchal, ne tardaient pas à rétrograder peu à peu et à se diriger sur les autres divisions du 3' corps, élalili au Point-du-Jour. IJ'autre part, le roi, qui savait par expérience où pouvait mener une attaque inconsidérée, et ne voulait livrer Ijataille que le lendemam, avec toutes ses forces réunies, envoyait au commandant de la F" armée l'ordre formel de rompre le combat. Le général de Woyna continua donc sans encombre sa marche sur Gra\elotte. Apercevant de là les campements finançais de Vernéville, il eut un moment l'envie de les faire canonner ; le général en chef l'en empêcha, et, pour couper court à toute velléité de passer outre aux ordres royaux, il iit même « rebrousser chemin, sur-le-champ, à une batterie en marche par la route du ravin d'Ars et presque sur le point d'atteindre le déliouché supérieur des bois' ».
Pendant ce temps, les généraux de Steinmetz, de Zastrow et de Kameke s'en allaient en reconnaissance, escortés de leurs états-majors. Ils assistaient, des environs de (jravelotte, à l'établissement de nos troupes sur les hauteurs du Point-du- Jour, et se rendaient un compte exact de nos positions, jalonnées de ce côté par des épaulements et des ouvrages de campagne. Mais bientôt leur présence parut à nos soldats avoir suffisamment duré; les mitrailleuses en position au Point-du-Jour entamèrent sur leur groupe un « feu aussi vif que bien dirigé" » et les obligèrent à disparaître au plus vite, au milieu d'une grêle de projectiles qui venaient s'abattre aux côtés même des généraux prussiens.
Ils étaient néanmoins fixés sur ce qu'ils voulaient savoir; bien évidemment, nous ne montrions aucune tendance offensive, et nous paraissions même avoir renoncé à nous dérober par le nord. En tout état de cause, M. de Moltke pouvait déjà, dans l'après-midi, disposer de scpi corps cVai-mée et de trois divisions de cavalerie; par conséquent il ne redoutait plus une attaque. Mais quand il fut bien sur que, loin d'y songer, nous reculions au contraire, quand il vit que nous lui laissions « le temps et les moyens de se préparer à tête reposée pour l'action décisive, momentanément ajournée, et particulièrement d'établir tout le concert désirable entre les mouvements des deux armées allemandes^ », alors il se décida à livrer bataille, et choisit la date du lendemain, IcSaoût. Naturellement, cette détermination une fois prise, il songea à se précaulionner contre les conséquences de la bouilhmte ardeur que manifestaient certains de ses généraux, car il lui importait surtout « d'éviter que la mauonivre de flanc dessinée par la 1'° armée amenât, le jour même, une alTairc sérieuse, rexpériencc des prévédcnics rencontres ayant appris que l'on ne saurait en calculer la portée'', t) C'est p(Mii(pioi j| lit interdire furmellement à la I" armée de donner prétexte à tout engagement piriiialuré, cl prit les mesures (pie nous avons relatées ci-