Ibid
chevaux étaient beaucoup trop chargés. Le harnachement, très compliqué alors, pesait en effet 22 kilos ; Thabillement, l'armement, le campement et les vivres, 68 kilos ; le cavalier, 65 kilos en moyenne. Au total, 155 kilos environ, poids avec lequel il est malaisé de parcourir chaque jour, et à toutes les allures, un nombre de kilomètres quelque peu important.
La cavalerie française se trouvait donc, en 1870, dans un état d'infériorité sensible, au triple point de vue de l'instruction, de la remonte et du nombre. La part de responsabilité qui lui incombe dans un pareil état de choses, elle l'a effacée par des torrents de sang noblement répandu. Mais que le souvenir de son sacrifice inutile nous garde de retomber dans les mêmes erreurs, et nous rappelle aussi à quels désastres et à quelle ruine peut conduire la funeste théorie des économies maladroites, qui finissent toujours par coûter si cher!
IV. Artillerie. — Le corps de l'artillerie était, depuis 1867, constitué comme suit :
16 régiments montés' (dont 1 de la Garde) ayant ensemble 126 batteries montées et 60 batteries à pied.
5 régiments à cheval (dont 1 de la Garde) ayant ensemble 38 batteries.
1 régiment de pontonniers.
Les batteries montées et à cheval attelaient elles-mêmes leurs pièces, leurs
caissons et leurs voitures. Mais les batteries à pied, ainsi que les différents parcs,
étaient attelés par les soins d'une troupe spéciale, dénommée train d'artillerie,
'dont il existait, dans la Garde, 1 escadron à 2 compagnies, et dans la ligne, 2 régi-
menfs a 12 coBipagniès, chacun.
Le nombre total des batteries de combat existant en France (pour l'armée de terre, s'entend) était donc de 164, dont 38 à cheval, pouvant servir 984 bouches à feu'. Disons tout de suite que ce nombre était insuffisant, car déjà en 1806 Napoléon évalutiit à uuj;,millier de bouches à feu attelées la quantité nécessaire à la France-': en 1810, 'il portait cette quantité à 1,300, et quand, en 1841, la tournure prise par les affaires d'Orient sembla rendre la guerre imminente, le maréchal Spult, alors ministre de la guerre, s'empressa de relever à 1,200 le chiffre des jijièces attelées, qui était, après la Restauration, tombé à 588. On admettait à cette époque, comme maximum extrême de la proportion d'artillerie, 2 pièces et demie ])ar mille hommes ; on pense aujourd'hui que 3 pièces et demie ne sont qu'un minimum. Au surplus, ce total de 984 pièces ne fut pas expédié à l'armée du Rhin: sur les 164 batteries existantes, 10 étaient restées en Algérie et à Rome. On ne mobilisa donc que 'J24 pièces, dont 12 de montagne, ces dernières bien iimliles au moins pour le moment.
1. Les liatlei'ies montées transportent, dans les manœuvres, leurs servants sur les coffres des caissons. Les batteries à elioval n'ont que des servants à cheval.
2. Ce chiffre ne comporte que les batteries susceptibles d'être attelées. 11 existait dans les arsenaux une réserve de matériel assez considérable, que la pénurie des hommes et des attelages empêchait, comme on le verra plus loin, d'utiliser.
3. Correspondance de Napoléon. Lettre au ministre Dejean, du 10 avril 1806.
1. Maréchal Le Bœuf. - 2. Maréchal Mac-Mahon. - 3. Maréchal Canrobert. 4. Maréchal Bazaine.
Les inconvénients provenant de la répartition territoriale des troupes, et que nous avons déjà signalés, tirent que les corps d'armée mobilisés reçurent en movenne leur artillerie près de quinze jours seulement après la déclaration de guerre, et encore grâce à des efforts surhumains. M. le général Thoumas, bien placé en 1870 pour apprécier mieux que personne les difficultés d'une opération relativement aussi rapide, affirme que « si, au mois d'avril 1867 \ on avait été forcé de l'exécuter, trois mois n'y auraient pas suffi. Le résultat obtenu en 1870 était dû au travail opiniâtre accompli depuis trois ans sous l'impulsion prévoyante et active du maréchal Niel ■ . »
Le matériel en service dans l'artillerie de campagne comprenait trois types de pièces différentes :
Le 4 rayé (de calibre de 86""", 5) ;
Le 12 rayé (du calibre de 121""", 3) ;
Le canon à balles ou mitrailleuse.
La première de ces pièces, assez légère, et attelée de 4 chevaux seulement, était très maniable, mais tirait un projectile dont le faible poids diminuait la portée. En outre, elle était très facilement mise hors de service et ne résista pas assez longtemps aux puissants projectiles des Allemands. Le canon de 12, plus lourd, et attelé de 6 chevaux, était meilleur et pouvait tenir davantage. Mais il ne figurait malheureusement que dans les battei'ies de réserve, au nombre de 30 seulement ; sa portée maximum était de 3,000 mètres. Quant aux mitrailleuses, on sait quelles espérances leur création avait fait naitre, et quelles désillusions s'en suivirent. La chimère de leur puissance destructive s'évanouit dès les premiers engagements. Fabriquées à Meudon dans un impénétral:)le mystère, révélé seulement à quelques rares initiés, elles devaient, au dire des gardiens de leur secret, produire des effets terribles et exercer des ravages sanglants. On avait beau objecter que les mettre, au moment d'une guerre, entre les mains de servants qui ne les connaissaient pas, pouvait constituer un danger et amener des déboires : — a Les tables de tir suppléeront à tout, était-il répondu. D'ailleurs on n'a pas fait autre chose en 1859 avec les canons rayés de 4. » Il se trouva que le canon à balles avait une portée très restreinte (1,800""), que le réglage de son tir était fort délicat, et que si, employé contre de l'infanterie à bonne portée, il produisait des effets meurtriers, il restait, en revanche, tout à fait impuissant contre l'artillerie qui, en deux ou trois coups, le démolissait entièrement.
Cependant, telle était la force de la légende, i[ue malgré leur peu d'efficacité, les mitrailleuses exerçaient une intluence magique sur le moral du soldat. Celui-ci aimait à en entendre près de lui le crépitement significatif, et il est arrivé souvent que quand une troupe décimée commençait à faiblir, il a suffi pour la maintenir en bon unlre de faire avancer une batterie de canons à balles, qui aussitôt, coûte que coûte, ouvrait son feu sur n'importe quoi. Ce fut le |ilus chiir des bénéfices qu'on retira de cet engin tant vanté.