‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 164 sur 262 · Gc^n^ral Frossard, Ioc. cit., (la^re · texte numérisé non relu

Gc^n^ral Frossard, Ioc. cit., (la^re

massée sur les pentes de Plappeville n'eût pas été trop nombreuse ni trop puissante pour renforcer ce point extrême, (pii, en raison des efforts manifestes des Allemands [lour nous envelopper, allait ile\i^nir évidemment la clef de la position, et même il n'eût pas été hors de propos d'y ajouter, derrière des épaulements solides, quelques pièces de gros calibre empruntées aux forts de Metz. Au lieu de cela, le maréchal Bazaine, hanté jiar son idée lixe de ne pas abandonner les murailles qu'il a derrière lui, accumule sur sa gauche, qui ne craint rien, tout ce qu'il possède de troupes disponibles. La Garde, troupe d'élite dont la moitié n'a point encore été engagée, la réserve d'artillerie, tout cela est groupé à deux heures de marche du point le plus important et aussi le plus exposé du champ de bataille, et va rester jusqu'à la fin, inoccupé et inutile, pour i)rotéger contre des dangers imaginaires une position presque inattaquable, tant elle est forte naturellement!

D'ailleurs, pas plus à droite qu'au centre ou à gauche, les généraux ne connaissaient le premier mot de la sifiialion stratégique où se trouvait l'ai'mée française. Le commandant en chef, fidèle à sa triste tactique, s'était bien gardé de communiquer aux commandants des corps d'armée le moindre renseignement relatif à la portée du mouvement du 17 ou à ce qu'il savait de ceux de l'ennemi. L'ordre donné par lui ne spécifiait nullement l'occupation d'une position défensive, mais contenait seulement l'indication d'une série d'emplacements, avec l'invitation de s'y fortifier sur place. L'initiative de ses lieutenants n'avait donc pas à se donner carrière pour les dispositions tactiques à adopter, et le rôle du commandement local se trouvait réduit à celui de simple agent d'exécution. Le réstiltat fut, pour nous, la continuation de cette attitude passive qui nous avait été déjcà si fatale ; nulle part on ne chercha à se préparer une liberté d'action plus grande par l'occupation des postes avancés qui jalonnaient le front des lignes, à moins de deux kilomètres en avant, et auraient demandé à l'assaillant un effort préparatoire et coûteux avant d'aborder la position principale. Saint-Ail, Habonville, Vernéville, la Malmaison, Gravelotte furent laissés inoccupés, tout comme le bois de la Gusse et la majeure partie du bois des Genivaux. Seid le village de Sainte-Marie-aux-Chênes reçut un régiment, et nous verrons, par le rôle qu'a joué ce poste avancé, quelle aurait pu être l'imiiortance des autres.

Mais le fait le plus grave est que nous n'avions pas même (l'avanl-poslrs. Déjà, dans la marche du 17, on avait négligé de faire couvrir le mouvement par la cavalerie, oubli qui aurait eu certainement des conséquences funestes, si l'ennemi ne s'était trouvé lui-même dans une situation morale et matérielle qui le maintenait sur place. L'ne fois les troupes arrivées à leurs emplacements, la cavalerie se retira tout entière en arrière des lignes, et quelques grand'gardes d'infanterie, dont les plus éloignées se trouvaient à 800 mètres, les plus rapprochées à 100 mètres des bivouacs, furent seules chargées d'assurer la sécurité de 150,000 hommes qui avaient marché toute une journée, après s'être battus toute une autre. Il y en eut même qui furent placées avec tant de négligence qu'elles tournaient le dos à l'ennemi: d'autres prirent position entre Metz et l'armée! « Un régiment qui avait combattu le 10 août devant Mars-la-Tour vint camper le 17 au soir à Montigny-la-Grange, en passant par

Doncourl, P)alilly, Habonville, Amanvillers, et reçut l'ordre de placer une grand'garde sur le mamelon situé au nord-ouest de la ferme de la Folie. Or, cette hauteur était déjà occupée par un poste du S° corps. Deux régiments établissaient donc leurs avant-postes, non dans la direction de l'ennemi, mais face à face, sur le prolongement même de la ligne de bataille.

a D'où venait l'erreur?... De ce fait qu'aucun renseignement n'avait été donné aux commandants de troupes; après tous les détours que le régiment avait faits, il avait perdu la notion de la direction dangereuse, et, finalement, le dernier élément de sa marche allant du nord au sud, d'Amanvillers à Montigny-la-Grange, il se couvrait vers le sud, comme les troupes du 3" corps venant du sud se couvraient vers le nord'. »

Un service de protection organisé d'aussi étrange manière ne pouvait certainement pas assurer aux soldats fatigués le repos dont ils avaient tant besoin. Aussi, vers trois heures du matin, quelques cavaliers ennemis étant venus patrouiller sur les avancées de nos lignes, produisirent-ils par leur simple apparition une panique qui se répercuta d'un bout à l'autre de l'armée, a D'abord lointain, confus et faible, a écrit un oflicier supérieur du 2" corps, le cri : Aux armes! parti d'Amanvillers, se rapprochait du Point-du-Jour, où il était arrivé à être formidable, poussé par chacun avec violence. Les hommes, sortant de leurs tentes, se précipitaient sur leurs faisceaux dans les tenues les plus incorrectes. Ouelques coups de fusil se tirent entendre, puis, peu à peu, le calme se rétablit, les hommes replacèrent leurs armes où ils les avaient trouvées en répétant les uns aux autres : « IJ n'y a rien, il n'y cl rie/1. ' » (le nouveau cri, fort à la gauche, alla en se perdant peu à peu et successivement Jusqu'au point do départ du premier cri : Aux armes! On ne saurait mieux comparer cet effet, la nuit, qu'à une vague qui, partie du large, vient échouer à la plage pour retourner à son point de départ et disparaître ^ >>

Pendant ce temps, que faisait le maréchal l^)azaine? Tranquillement installé à Plappeville, il ne se préoccupait en auciuie façon de ces divers incidents et n'avait pas même envoyé un oflicier de son élat-nuijor pour se faire rendre compte de la manière dont les différents corps étaient installés sur leurs positions. Sa pensée n'était [las avec son ;irni('e et ses préoccupalions tendaient non pas à s'assurer la victoire, mais à atlciudic im aulre bid (pic nous connaissons déjà et qu'indiquent suflisaunnenl les deux incidculs cpi'ou va lire.

Le 17 dans l'après-midi, craignant pi'obablemenf d'avoir trop formellement promis à l'Empereur, dans les dépèches cilées plus haut, une reprise de la marche sur Verdun, il expédia îui souncimIu le (■(iinmaiidaut Magnan avei- une nouvelle lettre et la unie du i^V'uèral S'/lcille rclalixc aux aiqjrovisionnemenls de la place eu niuiiilious. La Icllre couleuail ces deux jdirases siguilicativt-s : « ... Nous allons faiic liHis nos efforts pour recoushluci- nos approvisionnements de toutes sorles, aliu de n'iuvndre notre marche dans deux Jours, si ce/a est possible. Je prendrai

1. CoIoikI .\lAiM.\iti., J-:/(^menin de In Guerre. Paris, Baudoin, 1891, page 389.

S. Génofal i>i: Waldnku, iiaint- Privât, le ]'oint-il a-Jour (Spectateur militaire, n" du 1" sepl Miibre 1802.)

la route de Briey; nous ne perdrons pas de temps, à moins que de nouveaux combats ne déjouent mes combinaisons^ » Le commandant Magnan était, en outre, chargé de demander le remplacement du général Jarras par le général de Cissey. L'Empereur répondit à cela que le maréchal avait tout pouvoir pour les mutations, et chargea le commandant de porter au maréchal une approbation complète de ses résolutions, en l'engageant à ne pas compromettre l'armée qui était lo dernier espoir de la France'.

Or, tandis qu'il réitérait au souverain l'assurance d'une reprise de la retraite sur Verdun, il envoyait un officier de son état-major, le colonel Lewal, reconnaître des emplacements sous la protection des canons de Metz, pour y immobiliser l'armée, aussitôt que les événements qui s'annonçaient lui permettraient de le faire ^ Cette précaution extraordinaire aurait-elle eu sa raison d'être, sans l'idée préconçue et arrêtée de ne pas quitter la place? Personne, en vérité, ne le croira.

Manœuvre de l'armée allemande. — Cependant, les corps d'armée allemands se préparaient à exécuter la manœuvre prescrite par M. de Moltke. Dès cinq heures et demie du matin, le prince Frédéric-Charles avait convoqué ses commandants de corps à Vionville, et là, il leur donnait des instructions verbales qui peuvent se résumer ainsi :

« La mission de la II" armée, qui va se porter en avant, est toujours de couper l'adversaire de Verdun et de Chàlons et de l'attaquer partout où elle le trouvera.

« A cet effet, le XIP corps (saxon) formera l'extrême gauche, ayant en arrière et à droite la Garde, suivie elle-même, en arrière et à droite, du IX' corps. Le XIP corps se dirigera sur Jarny, la Garde sur Roncourt; le 1X° corps, passant entre Vionville et Rezonville, laissera Saint-Marcel immédiatement sur sa gauche.

« Le IIP corps suivra le IX", en se tenant entre lui et la Garde. La 6° di\ ision de cavalerie recevra des ordres du général commandant le IIP corps. L'artillerie de corps de ce dernier demeure à la disposition du commandant de la IP armée, comme réserve générale d'artillerie.

« Le X" corps, auquel on a adjoint la 5" division de cavalerie, suivra le XIP de manière à maintenir son itinéraire entre celui-ci et la Garde.

« L'ennemi paraissait être, hier soir, en retraite sur Conflans. Les trois divisions qui bivouaquaient hier autour de Gravelotte, se sont aussi probablement repliées. S'il en était autrement, le général de Steinmetz les attaquerait, et, dans ce cas, le IX' corps pourrait être appelé à s'engager le premier '.

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