Maréclial Bazaine, L'Armée du Rhin, page fi
2. Procès linsaine, audience du 29 octobre 1873. — Déposition du coinniandaut Magiuuj.
3. Il Des le 17, le colonel Lewal avait reçu l'ordre d'étudier une position plus en arrière, où les troupes devaient se trouver en partie sous l'appui des forts et des ouvrages de la place. Le 18 au matin, avant que la bataille ne s'engageât, le colonel Lewal avait réuni on conséquence les souschefs d'état-niajor généraux sur le terrain, et ils y avaient pris connaissance 'des points que leurs corps d'armée auraient à occuper. Cette série de circonstances, en nous dévoilant la pensée du commandant en chef, nous laisse voir combien le projet de continuer la retraite était, en réalité loin de son esprit, n {Procès Bazaine, audience du 3 décembre 1873. — Réquisitoire.)
4. Le 11'^ corps, de la 11' armée, ne re';ut pas d'instructions spéciales. Le prince comptait sur son arrivée vers deux heures de l'après-midi.
« On ne peut préciser encore si tout cela amènera, pour la 11° armée, un chan. gement de front à droite ou à gauche. Pour le moment, il ne s'agit que d'une marche en avant de 8 kilomètres à peine. Elle devra s'exécuter, non pas en colonnes de marche, longues et minces, mais par divisions massées, l'ar/lllerle de corps entre les deux divisions de chaque corps d'armée. »
En même temps, dans la I" armée, le VIII' corps se portait sur Rezonville avec son avant-garde à Villers-aux-Bois. Quant au VIP, il demeurait à Gorze, en position d'alerte, et ses avant-postes engageaient avec nos grand'gardes une fusillade, d'ailleurs insignifiante, qui dura toute la matinée.
A six heures du matin, le roi, qui voulait assister à l'acte décisif qui se préparait, était arrivé avec le grand quartier général sur la hauteur au sud de Fiavigny, et prenait en mains, au moins moraleihent, la direction supérieure des opérations. Quant à la liaison avec les différents corps en mouvement, elle était assurée par des ofliciers supérieurs d'état-major, qui avaient pour mission de demeurer auprès de chacun des commandants de corps d'armée, et de faire connaître immédiatement à M. de Moltke tout événement important.
Aussitôt que les généraux eurent rejoint leurs troupes, celles-ci se mirent en mouvement. Les Saxons, partis à cinq heures trois quarts, dans l'ordre fixé par le prince, atteignirent Jarny vers neuf heures, et s'arrêtèrent. Successivement, les différents corps d'armée s'ébranlèrent pour gagner leurs positions, et à onze heures environ, les forces allemandes, disposées en échelons sur deux lignes, occupaient le terrain compris entre Jarny et le bois de Vaux.
Cette première partie de la manœuvre n'avait nullement été inquiétée par nous; seule, l'avant-garde du VIIT corps s'était trouvée un instant exposée à des coups de fusil partant du bois des Genivaux, sans pour cela être obligée d'interrompre sa marche.
Mais, pendant que s'exécutait celle-ci, le général de Steinmetz, attribuant à un commencement de retraite sur Briey certaine animation qui régnait dans nos corps, avait adressé au quartier général un rapport dans ce sens, et M. de Moltke s'était un instant laissé prendre à ces indices trompeurs. Bientôt de nouveaux renseignements, plus précis, arrivèrent, et, dès lors, on sut que l'armée française non seulement ne se retirait pas, mais paraissait au contraire se préparer à la lutte. Seulement on ignorait encore jusqu'où s'étendait sa droite, et on restait convaincu qu'elle ne dépassait pas Amanvillers. Or, la connaissance exacte du point où s'arrêtait notre ligne de ce côté avait pour les Allemands une importance capitale, puisque de sa situation devait dépendre le plus ou moins d'étendue de leur mouveinent enveloppant. Groyant donc notre ligne de bataille arrêtée bien en deçà de Saint-Privat, M. de Moltke adressa, à dix heures et demie, l'ordre suivant au prince Frédéric-Gharles :
« D'après les divers renseignements recueillis, tout fait supposer que l'ennemi veut se maintenii' entre le Polnt-du-Jour et Montigny-la-Grange. Quatre bataillons français ont pénétré dans le hais des Genivau\. Sa Majesté estime qu'il convient
de porter le XIP corps et la Garde dans la direction de Batilly, de manière à joindre l'adversaire à Sainte-Marie-aux-Chênes, s'il se relire sur Briey, ou à l'aborder par Amanvillers, s'il reste sur les hauteurs. L'attaque aura lieu simultanément, savoir : pour la P" armée, par le bois de Vaux et Gravelotte, pour le IX' corps, contre le bois des Genivaux et Vernéville, pour l'aile gauche de la jr armée par le nord. »
La I" armée, elle, ne devait entamer l'action que quand, à la gauche, la IP aurait gagné assez de terrain pour pouvoir s'engager aussi.
Le prince Frédéric-Charles n'était pas, pour l'instant, mieux au courant que le chef d'état-major général de notre position exacte; les patrouilles de cavalerie, qui précédaient l'armée, avaient bien signalé la présence des troupes françaises à Saint- Privat et Sainte-Marie-aux-Chênes ; mais leurs renseignements étaient assez vagues» et ne contenaient en tout cas aucune donnée sur la force de ces détachements. Le prince se borna donc à diriger ses corps sur les objectifs indiqués par M. de Moltke, et fit commencer, vers onze heures et demie, le mouvement de conversion à droite : trois corps devaient marcher en première ligne, le XII° corps contre Sainte-Marie, la Garde contre Amanvillers, le IX" corps contre la Folie ; deux corps formaient la seconde ligne, le X° corps dirigé sur Saint-Ail, et le IIP sur Vernéville. Enfin le IP, encore en marche, formait réserve à Rezonville.
Constatons pour la seconde fois que tous ces mouvements, parfaitement vus des hauteurs que nous occupions, ne fureiit pas plus entravés que ceux qui les avaient précédés. Le maréchal, toujours à Plappeville, n'avait pas l'air de s'en soucier le moins du monde, et personne dans notre armée, où l'esprit d'initiative était si soigneusement étouffé, n'osait prendre sur lui une détermination qui paraissait cependant naturelle à tout le monde. En sorte que, suivant une expression typique, l'armée française assista, l'arme au bras \ pendant la matinée du 18, à la manœuvre qui allait consommer sa perte.
I. Attaque du IX^ corps. — II était onze heures et demie. Les masses ennemies, groupées par grandes unités, et tenues entre les mains de leurs chefs, semblaient sur la plaine dénudée les taches noires d'un échiquier immense. Elles se trouvaient, à cette heure précise et mémorable, en des points que nous allons énumérer, parce qu'il est indispensable, pour l'étude des événements ultérieurs, de les connaître exactement.
I™ .\hmée. r//* corps, à Gravelotte. (Une brigade, la 26*, gardait le pont d'Ars-sur- Moselle.) Vlir corps, Villers-aux-Bois.
/" corps, sur la rive droite, mais en marche vers la Moselle.
1. E. J., ancien élève de l'École polytechnique. Les Vaînetis de Metz; Paris, .\. Lacroix, Verboeckhoven et C'S 1871, page 120.
W Armée. XIF corps, en marche sur Sainte-Marie-aux-Chênes. Garde, entre Doncourt et Vernéville.
IX" corps, à hauteur de Vernéville.
X' corps, vers Doncourt.
Iir corps, vers Saint-Marcel.
Les divisions de cavalerie marchaient avec les corps auxquels elles avaient été attachées.
A ce moment, le prince Frédéric-Charles reçut de ses patrouilles l'avis que notre droite dépassait très probablement Amanvillers et, qu'en tout cas, un camp français était établi à Saint-Privat. Il modifia immédiatement ses premiers ordres en ce sens, et expédia au IX° corps l'invitation formelle de différer son attaque sur la Folie jusqu'à ce que la Garde ait débouché à gauche et soit en mesure de marcher contre Amanvillers. Mais avant que ces nouvelles instructions fussent partout arrivées à destination, l'action s'engageait devant Vernéville, par une canonnade intense, et la bataille commençait avec une violence qui ne permettait pas de l'arrêter.
Voici, en effet, ce qui s'était passé. L'avant-garde de la IH' division prussienne (IX° corps), forte de 4 bataillons, dont un de chasseurs, 4 escadrons et 1 batterie, avait, en débouchant de Vernéville, dirigé 7 compagnies sur la fei'me Lhantrenne, afin de l'occuper tout d'abord et de s'assurer un point d'appui avant d'attaquer la Folie'. En même temps, le commandant de corps d'armée, qui était arrivé à Vernéville vers onze heures et demie et n'était encore en possession que des premiers ordres du prince, remarquait, près d' Amanvillers, un camp dans lequel semblait régner une insoucieuse quiétude ^ Il jugea l'occasion bonne pour nous surprendre et ordonna on niuséquence à tout ce qu'il avait d'artillerie sous la main (artillerie de la 1<S' di\isi()n et artillerie de corps) de se porter face à nos pusilions, [lour entamer énergiquement l'action sur .\nianvillers et Montigny-la-( irange. A onze heures trois quarts, ces ,9 batteries se déployaient sur la longue croupe (cotée r]2(i sur la carte d'état-majoi') (jui descend d'Amanvillers vers Vernéville et ouvraient le feii contre ce qu'on croyait toujours être l'extrême droile do milro ligne de bataille. L'absence d'avant-posles nous mettait encore une fois à la nuMci d'une attaque brusquée. Il est juste de dire cependanl, ipi'à défaut d'avanl-poslos, la vue des masses prussi(Mines signalées doi)uis lo ninlin anrail du suffire- à pn'inunir le 4° corps contre la sni-pi'iso dont il ohiil j'cfiji'l. Mais tollo ofiiil l'apiilliio qui, suus la pernicieuse infinenoo d'un coinniandoiiiiMil iiiorlo, iwait gagné do pi'nolio t'w pruolio officiers et soldats, (pi'du ne se (fijuiiait mémo plus la jx-ine de voir ol do rénéoliir. Cette pointe aventurée de l'artillerie allemande témoignait assnréinon! d'une grande hardiesse de sa part; étant donnée toutefois la distance h laquelle se trouvait encore à ce moment son infanterie, elle ne laissait pas d'être singulièrement périlleuse et faillit, comme nous allons le voir, la conduire à nu désastre.
1. Cette avant-garde avait ordre de « s'avancer dans la direction <lo la Folio, d'occuper le liois et la ierine, mais de ne pas dépasser ces points, pour le moment ».