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incohérents, dus uniquement à une détente spontanée du tempérament français, et nullement à une direction supérieure. Des groupes d'infanterie, énervés par l'immobilité, avaient gagné du terrain, face à la ligne des batteries, et occupé la ferme Champenois. Les Allemands crurent voir dans ce mouvement isolé un nouveau danger pour leurs pièces, et lancèrent en avant un bataillon qui, après avoir rapidement perdu son chef, 12 officiers et 400 hommes, dut se replier en désordre. C'en était fait de l'artillerie allemande, si on l'eût voulu; mais si grande est l'influence du commandement que quand celui-ci disparaît, les qualités naturelles du soldat elles-mêmes s'émoussent et se paralysent. Personne ne donnant d'ordre, on ne poussa pas de l'avant, en sorte que les batteries de Vernéville, qui ne pouvaient absolument plus tenir, eurent le loisir d'effectuer leur retraite. Celle-ci cependant ne s'exécuta pas sans difficultés ni pertes; il fallut abandonner un certain nombre de pièces et de voitures, et n'emmener en arrière que des débris. Des neuf batteries qui, depuis onze heures trois quarts, tenaient la croupe 326, il n'en restait, vers trois heures, que trois en position, et encore étaient-elles fortement éprouvées. Bientôt augmentées d'une batterie à cheval hessoise, qui, après avoir été obligée de se retirer aussi du feu, s'était reconstituée et réparée de son mieux, mais n'avait plus que 5 pièces, elles prirent pour objectif la ferme de Champenois et réussirent à l'incendier, en dépit des pertes nouvelles que leur faisait éprouver le feu terrible de mousqueterie dirigé sur elles par nos soldats.
Aussitôt le bataillon hessois, profitant des abris du terrain, se glisse à l'est de Vernéville, gagne la ferme de l'Envie, que l'ennemi occupait déjà et à laquelle nos obus avaient mis le feu, et marche contre Champenois. Mais l'incendie nous avait déjà chassés de ce point; quand les Hessois y arrivèrent, ils n'y trouvèrent plus personne et purent y entrer sans coup férir. Toutefois, la possession de cette ferme, acquise vers quatre heures et demie, donna à la ligne d'artillerie allemande un peu plus de sécurité; quelques instants plus tard, le bataillon de chasseurs hessois parvenait à s'installer sur le versant nord-est de la croupe où gisaient les débris des batteries allemandes retirées du combat \
L'occupation de ces deux positions permit à une nouvelle artillerie, comme nous allons le voir, de se déployer plus nombreuse, au lieu même où les pièces du IX° corps avaient été si près de subir un désastre sans précédent.
Pendant que ces divers incidents se déroulaient sur le front et la gauche de ce corps, la lutte continuait à droite contre les troupes placées dans le bois des
1. Ici, comme pour roccupation de la ferme de l'Envie, la Relation prussienne donne des détails inexacts. Elle parle d'une vigoureuse attaque, accompagnée de péripéties brillantes sans doute, mais moins rapprochées de l'histoire que du roman. Les Hessois n'ont pas eu A. prendre d'assaut Cliampenois, par la raison que cette ferme, occupée priniilivoniont par très peu de monde, n'a pas été défendue. L'incendie nous en a chassés, et si les Allemands ont subi dos pertes pour y arriver, c'est par le seul fait des soldats français qui occupaient les lignes plus élevées de Moiitigny-la- Grange à la Folie. De même, la Relation allemande parle un pou plus loin (page 098) do colonnes françaises qui se seraient, à trois reprises, lancées infructueusement contre le bataillon de chasseurs hessois installé à la gauche des batteries encore en position à l'est de Vernéville. Nos souvenirs personnels et ceux de nos camarades auxquels nous avons fait appel nous permettent d'opposer à cette assertion un démenti formel.
denivaux. Là aussi, les pertes étaient lourdes, et l'ennemi ne se maintenait qu'à grand'peine dans ses positions. Le bataillon qui occupait Chantrenne était en butte à des feux convergents qui le malmenaient fort, et il souffrait beaucoup du tir continu que dirigeait sur lui la brigade Clinchant, embusquée dans le bouquet de l)ois qui s'étend de Chantrenne à la Folie. Vers deux heures trois quarts, le général de Blumenthal, commandant la 35° brigade, voulut essayer de s'emparer de ce point d'appui ; mais, accueilli par une fusillade terrible, il dut replier à grand'peine ses troupes, avec des pertes énormes', sur la lisière des fourrés de la Mance. Un bataillon, qui, un peu plus au sud, avait franchi la Mance, fut bousculé par le 90° et le 69% de la brigade Gourcy. Tout ce terrain devenait le théâtre d'une lutte meurtrière, et les Prussiens épuisaient sans résultat leurs forces et leurs munitions. Bientôt le colonel des fusiliers de Magdebourg tombe mortellement frappé; le général de Blumenthal est blessé; les troupes, qui n'ont plus de cartouches, abandonnent successivement la lutte; finalement, il ne reste là, à partir de quatre heures, que quatre compagnies. Et cependant, nous ne prenons pas l'offensive.
Le général de Manstein, en proie à une anxiété qui s'explique, suivait, de l'angle nord du bois de la Cusse, la marche de la Garde, dont les progrès importaient tant à son salut. Les batteries hessoises tenaient toujours, ainsi que les quatre batteries de Vernéville; la division du prince de Hesse, blottie derrière le bois de la Cusse, essayait vainement de déboucher et devait finalement se mettre à l'abri des fourrés, pour attendre là que la Garde se montrât enfin. Tout ce monde était épuisé et n'aurait certainement pas tenu tète à une attaque, si elle s'était produite. Mais, de notre côté aussi, les batteries commençaient à ralentir leur feu; certaines d'entre elles, très durement éprouvées, se voyaient contraintes de quitter le champ de bataille; d'autres manquaient de munitions; fort peu deme-uraient intactes. Quant à l'infanterie, dont les chefs ignoraient la raison d'être de cette bataille, et ne possédaient ni directive, comme disent les Allemands, ni renseignements sur la situation tactique, elle se contentait de rester sur place et de repousser victorieusement tous les assauts.
Cependant, un puissant renfort venait d'arriver au général de Manstein. C'était l'artillerie de corps du IIP corps (quatre batteries montées), qui, devançant son infanterie, sur l'ordre direct du prince Frédéric-Charles ^ accourait renforcer le W corps, s'établissait, à trois heures et demie, entre le château de Vernéville et le bois des Genivaux, et de là écrasait l'artillerie du général de Ladmirault. C'était ensuite la 3° brigade de la Garde qui atteignait le champ de bataille, et se déployait à la gauche du IX° corps, tandis que le reste du corps de la Garde continuait à avancer vers le nord et marchait, comme nous le verrons plus tard, contre Sainte-Marie-