‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 175 sur 262 · Ihid., page · texte numérisé non relu

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sud de la route, les fourrés, les escarpements du ravin et les carrières de sable, tentaient de s'emparer du Point-du-Jour ; alimentés sans cesse par des renforts qui gagnaient peu à peu les abris, les groupes comptaient maintenant près de trente compagnies, appartenant à toutes les unités de la 15° division, et formaient une masse de plus de 5,000 hommes. La position de nos postes du Point-du-Jour et de Saint-Hubert devenait critique et le moment approchait où ils ne pourraient plus tenir.

Prise de Saint-Hubert. — Tmit à coup, les bâtiments de cette dernière ferme s'eiïrilèrent sous les obus allemands. KUe se composait d'une maison d'habitation, bâtie en bordure de la route, et de deux bâtiments en équerre, attenant à un grand jardin clos de murs. La garnison, placée sous les ordres du commandant Molière, comptait 7 compagnies du 80° de ligne, environ 750 hommes, qui luttaient depuis plus de deux heures et commençaient à manquer de munitions; en outre, les attaques des Allemands contre le Point-du-Jour menaçaient son flanc gauche ; entin, elle comptait déjà plus de 300 hommes hors de combat. Les progrès accomplis par l'infanterie allemande, plaçaient dans une situation fort dangereuse les défenseurs du mur d'enceinte, exposés, s'ils prolongeaient encore leur résistance, à être pris à revers. Le commandant Molière, blessé lui-même, jugea qu'il ne pouvait plus tenir, fit évacuer la ferme, en bon ordre, par échelons, et reporta ce qui restait de son bataillon sur la crête en arrière, à hauteur de la ferme de Moscou. L'ennemi se précipite alors, et occupe le poste, où il cherche à s'installer solidement '.

Mais le K0° de ligne avait vu ce qui venait de se passer. Des tranchées où il était établi, il dirigea aussitôt sur les masses prussiennes engouffrées dans les jardins de la ferme une fusillade intense. Il avait à ce moment son 1" bataillon (commandant Bertrand) disposé de la façon suivante : -2 compagnies près du Point-du-Jour; 3 compagnies entre cette ferme et le coude de la route où se trouvait la 6°, ayant elle-même à sa droite le i"' bataillon du (S5° (commandant Luccioni). Toutes ces troupes échangeaient avec l'ennemi posté dans la ferme un feu rapide et serré: mais si elles maintenaient l'adversaire sur place, elles subissaient des pertes cruelles qui les diminuaient peu à peu. Le commandant Bertrand venait d'être mortellement frappé quand une batterie allemande essaya de venir prendre position à côté de Saint-Hubert; nos braves soldats vengèrent sur elle la mort de leur chef et forcèrent la batterie à se retirer dans le plus déplorable état.

1. Fidolo il ses habitudes, la Relation allemande, (pages IM ot .suivante) doiiiio à rorcupaiinu do Siiiiit-Huhert la couleur d'un enlèveiuenl de vive l'ori-e. .Sans doute l'allaiic' a été ti'és eliaude, mais la prise de possession de la ferme n'a nullement nécessité un assaut. Les liistoiiques français et les souvenirs des témoins oculaires sont formels à cet égard.

La retraite du bataillon Molière nous coûta malheureusement quelques pertes. Le capitaine Lamarle, blessé deux fois, tomba entre les mains de l'ennemi avec plusieurs hommes qui n'avaient pas été prévenus du mouvement rétrograde, et dont certains no laissèrent aux assaillants qu'un cadavre. C'est ainsi que l'adjudant Lequien, le sergent-major Palat, les sergents Grés et Jaumet se faisaient tuer plutôt que de se rendre. {Historique du 80° de ligne.)

Cependant les munitions devenaient rares. Le successeur du commandant Bertrand, le capitaine Apchié, en fit demander au colonel qui amena en personne le 3° bataillon, jusque-là tenu en réserve, tout cela sous une grêle de projectiles. Un grand nombre d'officiers, dont le lieutenant-colonel de Langourian et le commandant Maréchal, grièvement blessés, étaient à terre. A côté du brave régiment, la ferme du Point-du-Jour formait un brasier gigantesque, dont le crépitement sinistre se mêlait au fracas des obus. Notre artillerie, à peu près tout entière hors de combat, ne tirait presque plus, et les courageux soldats du colonel Jamin restaient seuls pour contenir le flot d'assaillants qui grossissait sans cesse devant eux.

Ceux-ci toutefois étaient fort durement éprouvés. Refoulés dans toutes leurs tentatives « par un feu écrasant' », ils reconnaissaient « l'impossibilité momentanée de pousser plus loin dans la direction de l'est, et, à partir de trois heures et demie, se bornaient à maintenir opiniâtrement le terrain déjà conquis' ». D'ailleurs, pour se faire une idée de l'état lamentable où se trouvaient à ce moment les troupes du VHP corps, il suffit de citer le passage suivant de la Relation allemande. « Dans les luttes qu'elle venait de soutenir, y est-il dit, la 15° division avait dû faire œuvre de toutes ses forces dans la plus extrême limite et jusqu'à complet épuisement; ses bataillons, cruellement éprouvés, avaient la moitié de leurs officiers tués ou blessés. En outre, il n'avait pas été toujours possible de conserver une ligne de bataille continue et de maintenir rigoureusement la liaison entre les divers groupes tactiques. Postée dans la zone immédiate des feux de la défense, la division se trouvait dans une situation déjà très pénible par elle-même, mais que chaque instant pouvait aggraver encore, si l'adversaire, profitant de sa supériorité numérique, venait à tenter un vigoureux retour offensif^. »

En effet, à ce moment (3 h. i/-2), ce retour offensif eût été certainement décisif; l'ennemi avait pris possession à la vérité de deux de nos postes avancés, Saint- Hubert à droite et Sainte-Marie-aux-Chênes à gauche (voir plus loin);, mais les deux corps qu'il avait prématurément engagés tenaient à peine, et entre eux existait un espace vide, long de plus de deux kilomètres. Les autres corps, encore en marche vers le nord, ne pouvaient pas intervenir. Par suite, une poussée énergique dans la trouée au centre coupait en deux la ligne de bataille ennemie, impuissante à entamer notre gauche et pas encore en force pour menacer notre droite. Mais pour faire cette poussée, il eût fallu un directeur à la bataille, et un directeur qui voulût vaincre. Or, le maréchal Bazaine n'avait pas encore quitté Plappeville, et à ceux qui appelaient son attention sur l'intensité toujours croissante de la canonnade : « Ce n'est rien! répondait-il négligemment. Une simple affaire d'avant-postes! »

Le commandant du Vlir corps, général de Gmben, qui ne partageait pas cette indifférence, avait déjà, sur ces entrefaites, envoyé la 31° brigade au secours de l'aile gauche de la 15° division; l'un de ses régiments (-29°) s'était iléployé contre

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