‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 180 sur 262 · La Guerre Jranco-allemande, page · texte numérisé non relu

La Guerre Jranco-allemande, page

2. Quatre compagnies de ce régiment (l""" bataillon) furent, dans la précipitation du mouvement, oubliées dans les tranchées, où elles se battaient depuis plus do sept heures. En l'absence do tout olïicier supérieur encore debout, le capitaine Raynal do Tissorniiére en prit alors lo commandement.

il prescrivait en même temps à la 26° brigade, qui était à Ars, de se porter contre notre extrême gauche, à Rozérieulles et à Jussy. Là se trouvait, comme nous le savons, la brigade Lapasset, réduite à moins de 4,300 hommes par la journée du 10, et ne comptant que 17 ou 1,800 combattants pour chacun de ses régiments d'infanterie.

Le 84° occupait Rozérieulles, trois de ses compagnies tenant la croupe escarpée qui borde le côté sud de la route de Gravelotte et s'étend à l'ouest de Jussy, face au bois de Vaux. Le 97° était à Sainte-Ruffine'. Vers quatre heures et demie, l'avantgarde de la 26° brigade, qui atteignait Vaux, se porta contre la croupe occupée par les trois compagnies du 84°; celles-ci, bien que n'ayant que 250 fusils contre 1,000, arrêtèrent néanmoins par leur feu le bataillon qui les menaçait ; mais bientôt d'autres groupes ennemis, profitant des abris et des couverts fournis par les pentes rapides, débouchèrent à leur tour, semblant vouloir aborder la croupe de Jussy par son flanc gauche. Le 2° bataillon du 57°, qui formait la réserve, accourut de Sainte-Ruffme sur l'éperon de Rozérieulles; en même temps les pièces de Rozérieulles et du fort Saint- Quentin dirigèrent leur tir contre une batterie allemande qui avait pris position au sud-ouest de Jussy. Tout cela n'empêche pas l'infanterie ennemie d'entrer, grâce aux couverts, dans ce dernier village et de s'y maintenir.

La lutte entre cette avant-garde et nos postes avancés devint en un instant très vive; s'appuyant sur le village de Jussy, le gros de la 26° brigade- vint se masser au pied des pentes et aborda le plateau par l'est, dirigeant sur nos soldats un feu extrêmement violent. Devant cette supériorité numérique, force fut alors à nos grand'gardes de se replier; mais le mouvement, exécuté dans un ordre parfait, démasqua les lignes postées plus en arrière, de sorte que l'assaillant fut maintenu sur place, et borna ses progrès à l'occupation de la crête extérieure du plateau. Le feu se prolongea, sans grande intensité désormais, jusqu'à la nuit close. En présence de l'insuccès des attaques contre le Point-du-Jour et Moscou, le général von der Goltz ne jugea pas à propos de pousser cette tentative plus loin.

Ainsi, le résultat tinal de l'offensive obstinée que, malgré les instructions formelles, le général de Steinmetz n'avait pas craint de tenter avec toutes ses forces, était tout autre chose qu'une victoire. Le grand état-major rentra à Gravelotte la mort dans l'âme, tandis que les troupes épuisées, et fortement réduites, s'établissaient au bivouac sur place, en face des positions qu'elles avaient si péniblement essayé de conquérir et où nos soldats passaient la nuit, tiers d'avoir bravé d'aussi rudes assauts. A la lin de cette dure journée, M. de Moltke savait que sur le fi'onl du I.\' corps, comme sur la partie du champ de bataille où il s'était trouvé en personne, ni la puissance d'une artillerie formidable, ni l'écrasante supériorité du nombre n'avaient eu raison de l'opiniâtreté de nos soldats ; (juant à ce qui avait pu se passer à l'extrême gauche, il l'ignorait absolument. On peut donc juger de ses angoisses.

1. Ce régiment, qui avait perdu le 10 soti <;oloncl cl son liouienanl-coioncl, était eommaiiilé par un chef de bataillon.

car si, comme l'a écrit un officier prussien, « on ne se rendait pas compte le moins du monde, dans l'armée allemande, que ce jour-là on livrait une grande bataille avec le front renversé et qu'on avait renoncé à toutes les communications en évoluant pour envelopper l'armée française^ », le chef d'état-major général, lui, ne pouvait ni ignorer cette situation délicate ni s'en dissimuler les dangers. Cet homme si heureux d'ordinaire, et si habitué jusque-là aux sourires de la fortune, a entrevu un instant, le 18 août, les amertumes de la défaite; aussi ne voulut-il jamais pardonner au général de Steinmetz la terrible émotion par laquelle celui-ci venait de le faire passer. Malheureusement, cette émotion allait bientôt faire place à une joie sans mélange, car au moment même où la l'° armée subissait le sanglant échec qu'on vient de voir, la IP écrasait notre droite, abandonnée sans secours aux coups d'un adversaire démesurément supérieur, et changeait en une victoire décisive pour les armes allemandes le résultat de cette grande journée qui, sans la criminelle inertie du maréchal Bazaine, aurait dû voir leur effondrement. C'est le dénouement du drame que nous allons raconter maintenant ; si douloureux qu'il ait été par ses conséquences, il évoque d'assez nobles souvenirs de grandeur et de gloire pour qu'il soit permis de le rappeler avec orgueil.

in. — Attaque de SAiNT-PmvAT.

Il était environ deux heures quand le prince Frédéric-Charles, arrivé de sa personne à Habonville, s'aperçut que l'extrême droite de l'armée française s'étendait jusqu'à Saint-Privat, et peut-être même plus loin. A ce moment, la Garde était déjà arrivée au nord d'Habonville, et le corps saxon (XII°) s'avançait à sa gauche. Dans ces conditions, le prince jugea que le meilleur parti à prendre était de tout simplement engager la Garde contre Saint-Privat, à la gauche du IX' corps, tandis que les Saxons exécuteraient la marche nécessaire pour envelopper notre droite. Seulement, comme on ne savait pas exactement jusqu'oîi s'étendait celle-ci, le II" corps reçut l'ordre de diriger la 24° division sur Sainte-Marie-aux-Chênes et la 23° sur Coinville, pour rabattre ensuite cette dernière dans la direction de Roncourt. Le X" corps, qui marchait en arrière sur Ralilly, était désigné pour servir de réserve de ce côté.

Le 6° corps français, dont les forces étaient si réduites, allait donc subir le choc de deux corps d'armée ennemis encore intacts, soutenus en arrière par un troisième. A la vérité, la droite du 4° corps (division de Cissey) pouvait lui prêter son concours, mais, somme toute, c'était une masse de 1 10,000 hommes, appuyée de 290 pièces de canon, qui se portait à l'assaut de positions défendues par 3S,000 hommes à peine, ne disposant que d'une artillerie insuffisante ou déjà désorganisée.

Positions de combat du 6° corps. — En entendant, vers onze heures et demie, le canon retentir devant Vernéville, le maréchal Ganrobcit avait fait prendre à ses troupes des positions choisies de façon à garnir tout l'espace que le 6° corps avait à défendre. Il fallait en même temps donner la main au 4° corps, qui ne dépassait

Page 1