Baron Colmar von der Goltz, La Nation armée, page
pas sensiblement la tranchée du chemin de fer à Amanvillers, et occuper Roncourt, seul point d'appui de notre droite. La ligne de défense se trouvait donc forcément assez étendue et ce n'était pas trop de trois divisions pour l'occuper solidement. Le maréchal adopta donc les dispositions suivantes :
La 1" division (Tixier) se déploya entre le 4° corps et Jérusalem. Elle avait à gauche la brigade Péchot, disposée dans cet ordre : 9° bataillon de chasseurs, 4° de ligne, 10' de ligne; à droite le 12' de ligne, de la brigade Le Roy de Dais. Le 100% second régiment de cette brigade, formait réserve un peu en arrière.
Les 3° et 4° divisions (Levassor-Sorval et Lafont de Villiers) avaient disposé à l'ouest, et à 400 mètres environ de la lisière de Saint-Privat, chacune leur 1" brigade en première ligne, et leur deuxième en arrière du village, que tenaient quatre bataillons (les â''' bataillons de chacun des régiments des 1'°' brigades, c'est-à-dire 25°, 26% 75° et 91° de ligne).
Le 9° de ligne (division Bisson) occupait Roncourt.
Les huit batteries du 6° corps s'étaient placées un peu en arrière de la ligne d'infanterie, entre la droite de la division Lafont de Villiers et Roncourt, sur une position dominante. Les deux batteries à cheval du général du Barail étaient au sud de Saint- Privat, à côté du 12° de ligne. Quant à cette dernière division, qui aurait dû couvrir le flanc de la position, elle demeurait massée derrière le village de Saint-Privat.
Le poste avancé de Sainte-Marie-aux-Chênes était occupé par deux bataillons et demi du 94° (colonel de (ieslin), soit 1,450 hommes environ' : l'un s'était placé dans la partie ouest; l'autre, face au sud, s'étendait à la gauche du premier, ayant des hommes jusque dans les fossés de la route. Le demi-bataillon restant formait réserve, dans le village. Par malheur, l'occupation de Sainte-Marie avait été trop tardive, en sorte qu'on n'avait pu faire dans ce poste aucun préparatif pour en augmenter la valeur; les entrées n'en étaient même pas barricadées, et ni les haies ni les clôtures nombreuses qui entouraient les murs n'avaient été organisées défensivement.
Attaque et prise de Sainte-Marie-aux-Chênes. — A peine les différents corps étaient-ils installés sur les emplacements énumérés ci-dessus, que les obus de l'artillerie hessoise tombaient dans leurs rangs. Moins de trois quarts d'heure après, vers midi et demi, la Indivision de la garde prussienne, arrivée, ainsi qu'on l'a vu, au sud d'Haltonville, ouvrait le feu de ses quatre batteries sur le (^' corps, dont rartillerie, si réduite (pi'elle fût, ripostait aussitôt avec énergie. Puis, connue la position des pièces allemandes ne paraissait pas suffisamment bonne, les batteries de la Garde la quittaient au bout de (pielques instants pour venir s'étalilir an sud de Saint-.\il, sur un plateau où ne- tardaient pas à venir les rejoindre les cinq batteries de l'artillerie de corps. C'en était trop pour permettre à notre faible artillerie, à laquelle les muni-
1. Lo 94" avait Hk très éprouvé à Rozonvillo, où il avait pordu 24 officiers Pt 540 hommes. En outre, le chef d'état-major du 0' corps garda auprès do lui à Saint-Privat 3 compagnies de ce régiment.
tions étaient parcimonieusement mesurées', de soutenir la lutte; elle ne put pas tenir, et se reporta presque immédiatement en arrière, se bornant à entretenir un feu 1res ralenti. Toutefois, les batteries allemandes, exposées à une fusillade meurtrière'", étaient clouées sur place et tous leurs efforts pour se rapprocher de Saint-Privat, placé à plus de â kilomètres, restèrent infructueux.
La prise de Sainte-Marie-aux-Chênes devenait donc une nécessité absolue, avant de tenter tout mouvement contre la hauteur de Saint-Privat, et le commandant de la Garde, prince Auguste de Wurtemberg, donna l'ordre d'enlever le village, aussitôt que le XIP corps serait en état de prêter son concours. Le général de Pape, commandant la V° division de la Garde, dirigea alors sur lui son avant-garde; des compagnies du régiment de fusiliers s'avancèrent de Saint-Ail sur Sainte-Marie, tandis que le bataillon de chasseurs, prenant à gauche dans un ravin boisé, se déployait au sud-ouest de notre poste. Ces troupes furent arrêtées presque immédiatement par notre feu. A ce moment arrivait en arrière le gros de la division, engagée dans le ravin boisé dont il vient d'être question; de nouveaux éléments se portèrent en ligne, et bientôt le village se trouva presque enveloppé au sud et au sud-ouest par 4 bataillons, que soutenaient 11 autres bataillons en arrière. Malgré tout, le général de Pape ne voulait pas tenter une attaque sans l'avoir fait complètement préparer par l'arlillerie; sur son invitation, 10 pièces de l'artillerie de corps dirigèrent leur feu sur le malheureux village, dont les défenseurs restaient inébranlables sous cette pluie de fer. Mais ce n'était pas encore assez. « Le général, constatant bientôt la nécessité d'une action plus puissante de l'artillerie' », demanda le concours de la 24° division saxonne qui approchait; les 4 batteries de celle-ci vinrent immédiatement se joindre aux pièces prussiennes, et l'infanterie se massa au nord de Batilly. Bien plus, l'artillerie de corps des Saxons et 3 batteries de la 23' division entrèrent en ligne à leur tour, en sorte que le seul 94" de ligne eut à soutenir l'assaut de 2 divisions tout entières appuyées par la masse formidable de 94 pièces (plus de 15 batteries).
Le général Gollin, commandant de la brigade à laquelle appartenait le 94% et qui avait tenu à accompagner le régiment dans son poste de dévouement et d'honneur, le colonel de Geslin, le lieutenant-colonel Hochstetter, les chefs de bataillon Horcat et Froidevaux* se mirent à la tète de leurs soldats, et cherchèrent à faire face à cette situation périlleuse. Donnant l'exemple de la bravoure la plus éclatante et du plus admirable sang-froid, ils portèrent tout leur monde en ligne et dirigèrent la défense tant iju'ils eurent des munitions. Les pertes infligées ainsi à l'artillerie allemande grossissaient sans cesse; mais les nôtres devenaient d'autant plus cruelles (pTaucun secours n'était à espérer.
A trois heures, jugeant ({ue l'effet prodiiil par le tir convergent de leur artillerie
1. Les munitions consonimôes le 16 ne furent pas remplacées dans les colîres du 0" cerps. A peine l'action commencée le 18, il fallut en faii'e (li'maiiilei' au commandant eu elicf; mais celui-ci n'en envoya pas.
2. Le tir du 91" en particulier, qui lus pi'unail de liane, les faisait beaucoup souffrir.