‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 182 sur 262 · La Guerre franco-allemande, page · texte numérisé non relu

La Guerre franco-allemande, page

4. Celui-là même qui trouva la mort en qualité de colonel des pompiers de Paris, dans le terrible incendie de Chai'onne;

était suffisant, et voyant que notre feu se ralentissait, les généraux de Pape et de Nehroff (commandant de la "24° division saxonne) lancèrent leurs troupes à l'assaut.

La 1" division de la Garde devait opérer par le sud et le sud-ouest ; la 24° par le nord et le nord-ouest. Nous avons vu ce que la première avait déjà en ligne; du côté des Saxons, toute la 47° brigade (7 bataillons) s'apprêtait à déboucher. En outre, « les fractions de la "23° division qui, à ce moment, approchaient aussi du théâtre de l'action se mettaient en mesure de concourir à l'opération. « Toutefois un seul bataillon de cette dernière division fut engagé devant Sainte-Marie, l'ordre élant arrivé pendant l'action de reprendre la marche sur Auhoué.

A peine ces masses énormes se mettaient-elles en mouvemeni, que la poignée de braves enfermés dans Sainte-Marie dirigeaient sur elles un feu plus violent encore que celui dont l'artillerie avait eu tant à souffrir. Mais la disproportion des forces était vraiment trop considérable pour que la résistance eût quelque chance de se prolonger. Bientôt le village fut complètement débordé vers le sud-ouest; le général Collin tomba grièvement alleint. Déjà 13 officiers et plus de 300 hommes étaient hors de combat. Le colonel deGeslin estima que prolonger la lutte dans ces conditions serait folie, et il donna l'ordre d'évacuer Sainte-Marie. La retraite s'effectua sur Roncourt, protégée par les trois compagnies de réserve; elle ne fut d'ailleurs nullement inquiétée par l'ennemi. Deux bataillons du 91°, qui se portèrent en avant, sur la roule, suffirent à tenir celui-ci en respect, malgré l'effectif considérable qu'il avait mis en action'.

Le premier soin des Allemands, aussitôt leur conquête assurée, fut de remciire de l'ordre dans leurs unités confondues, bien plus à cause de leur grand nombre que des diflicullés d'une action entreprise à vingt contre un. Les 30,000 hommes des deux divisions prussienne et saxonne s'engouffraient dans le village et le désordre était bientôt à son comble. Les deux généraux eurent beaucoup de peine à reformer leurs troupes et à rallier les bataillons. Quand ils y eurent réussi, ils se séparèrent, et la Garde occupa le village, tandis que la division saxonne se portait vers le nord. L'artillerie déborda Sainte-Marie et vint se poster près de la sortie est, d'où elle canonna le village de Saint-Privat, sans que la nôtre, aux trois (piarts éteinte, pût la contre-battre avec efficacité.

dépendant, le maréchal Canrobert distinguai! niainlenant la marche du corps saxon vers Auhoué. N'ayant pas assez de monde pour protéger sa droite menacée, il voulut essayer de gêner le mouvement de l'ennemi en l'attaquant droit devant lui, et fit appuyer le mouvement offensif que le 91° venait de dessiner contre Sainte-Marie. L'artillerie du 6° corps se reporta en avant, pour quel([ues instants à peine malheureusement, car les obus prussiens en eurent bientôt raison; seule une batterie placée au sud de Saint-Pri\at jjut prolonger son l'eu. (Jiiant aux efforls de l'infanterie pour

1. ToulfS les t'ois que, clans cotte bataille, les Alloniaiuls ont ocimi|ic un village, il semiilc, au dire de leur rédacteur officiel, que ce soit jiar un véritable assaut. Ici encore (page 721) il est question d'une attaque biusquée, accompagnée de retcniinsantu /loiirrahsf Les détails donnés ci-dessus sont extraits de l'historique du 'M", revu par le colonel de Geslin lui-même, et remettent les choses à leur véiital>lc point.

Armée; française : (Cuirassiers.

COMUATTANTS.

se lancer contre SaSnte-Marie, ils resk^-enl infructueux, grâce à l'action toujours plus violente de l'arlillerie de la Garde, qui prenait en écharpe les troupes portées de ce côté. Les Allemands subissaient de ce fait quelques pertes, mais Sainte-Marie leur restait. Il fallut renoncer à toute nouvelle tentative pour reconquérir le terrain perdu, et comme, de son côté, l'ennemi, désormais fixé sur la position exacte de notre droite, attendait, pour reprendre l'offensive, que le mouvement du XIP corps soit assez avancé, il se produisait là, comme en face d'Amanvillers et de Montignyla-Grange, une accalmie très sensible qui dura jusqu'à cinq heures environ. Seule, l'artillerie se faisait entendre, et encore à des intervalles assez espacés.

Mais, pendant ce temps, les Saxons avaient marché. Vers quatre heures un quart, les tètes de colonnes de la 24^ division se montraient devant Roncourt et cherchaient déjà à s'en emparer; les feux du 9' de ligne arrêtèrent cette tentative, et le général de Nehroff, jugeant que l'offensive était à éviter jusqu'à ce que le mouvement enveloppant soit plus nettement dessiné, leur envoya l'ordre de rallier le gros de la division, à Sainte-Marie. Quant à l'artillerie, un instant gênée par ces mouvements, elle se porta alors au nord du village et joignit son action contre Saint-Privat à celle des 10 batteries de la Garde, postées au sud-est de Saint-Ail. Le Q° corps fut ainsi soumis au feu de 144 pièces, auxquelles ses batteries se trouvaient hors d'état de riposter.

Le prince royal de Saxe (commandant du XIP corps), placé près de Sainte- Marie, avait cru distinguer de l'artillerie française au nord de Monlois. Pensant que notre droite s'étendait jusqu'à ce village, il envoya à la "23° division qui, on s'en souvient, devait marcher directement d'Auboué sur Roncourt, l'ordre de s'élever plus au nord, « afin d'arriver réellement au mouvement tournant projeté" », et il la renforça de la 48" brigade (24" division) pour donner à son action, qui devait être décisive, une plus grande puissance. Mais, à ce moment (4 h. 1/4), la tête de colonne de cette division s'engageait déjà dans le bois situé à l'est d'Auboué, bois qui est formé d'épais taillis broussailleux, et à la lisière orientale duquel se tenaient des tirailleurs français détachés de Roncourt. Elle ne put progresser qu'au prix de pertes sérieuses, mais réussit cependant, bien que fortement éprouvée', à traverser les fourrés. Le maréchal Canrobert, auquel ces mouvements n'avaient pas échappé, essaya d'y mettre un terme en lançant sur les Saxons la cavalerie du général du Barail ; mallicureusement celle-ci, qui, au lieu de déborder notre flanc droit, avait été tenue juscpie-là en arrière des lignes, derrière Saint-Privat, fut écrasée d'obus avant d'avoir pu seulement se déployer, et dut renoncer à intervenir. Il fallut donc parer par d'autres mesures au danger dont semblait menacé le flanc droit du (3° corps, et le maréchal se vit obligé de prescrire, sans perdre un moment, des dispositions nouvelles. Un bataillon du 9° de ligne gagna Monlois au pas de course; la brigade Péchot fut appelée à Roncourt, qu'elle gagna en passant à l'est de Saint-Privat, et le général Le Roy de Dais mit en ligne, pour la reniphu'cr, son deuxième régiment, le 100°, jusque-là tenu en réserve. Le 12" de ligne appuya à droite, et jeta dans Saint-Privat ses 2° et li" bataillons.

Page 1