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l'ont appel au A' régiment à pied, qui est à Sainte-Marie; celui-ci accourt et parvient à grand'peine, après avoir vu tomber son colonel, à se rapprocher de l'extrême gauche, mais il ne peut déterminer une reprise de l'action'. Le général de Pape avait raison; l'artillerie seule était capable de venir à bout de l'opiniâtreté des soldats de (Janrobert, en les écrasant derrière leurs abris. Alors, toutes les batteries de la Garde se mettent à tonner à la fois; vers sept heures, 84 bouches à feu, fractionnées en deux groupes, prennent pour objectif les unes Saint-Privat, les autres Jérusalem, et les embrasent. Nos rangs, hachés par la mitraille, se serrent entre les maisons qui s'écroulent et les murs qui s'abattent, tandis que les restes de la Garde royale se reconstituent tant bien que mal et que le XIl' corps achève le mouvement décisif qui doit triompher enfin de l'admirable bravoure de l'infanterie française, gardienne du dernier boulevard de l'armée du Rhin.

Des hauteurs de Saint-Privat, où il se tenait au milieu de ses héroïques soldats, le maréchal Canrobert avait assisté au massacre de la Garde prussienne. Il aurait voulu lancer sur ses épaves désorganisées une troupe compacte qui achevât d'y porter le désordre et en terminât la destruction. Mais il ne disposait d'aucune réserve et ne pouvait même plus faire soutenir ses troupes de première ligne, ravagées, elles aussi, par les projectiles de l'artillerie ennemie. Seul, un des régiments de la division du Barail essaya de charger la gauche allemande ; il fut repoussé sans même avoir pu se déployer. A ce moment, d'ailleurs, les tètes de colonnes du corps saxon débouchaient sur Roncourt et le maréchal songeait avec angoisse qu'il n'allait plus avoir personne à opposer à cette redoutable attaque de flanc. Depuis le commencement de l'action, il expédiait au commandant en chef officier sur officier pour lui demander des munitions et des secours. Il était sept heures du soir et rien encore ne se montrait. Ses émissaires n'étaient-ils pas parvenus à destination?

limclioii du inarcchal Biizaine. — Hélas! si, et c'est ici que commence véritablement l'abominable série des crimes de lèse-patrie qu'a si justement flétris le jugement solennel de Trianon. (Juelque douleur qu'il y ait à y revenir, il faut cependant les rappeler, la honte au front, pour expliquer comment tant de bravoure, de dévouement et de vaillance ont abouti à l'un des plus complets désastres dont l'histoire fasse mention !

A dix heures et quart du matin, le niaréchal Canrobert avait signalé au conuuandant en chef, d'ailleurs prévenu d'autre part, que des mouvements de troupes se dessinaient vers l'ouest; à midi et demi, il lui envoyait le capitaine de Hellegarde pour lui annoncer le début de l'atlaque, ainsi que la pénurie des munitions et le

1. " On pourra se faire une idée de l'effet dcsti-ucteur des feux auxquels fut, exposée l'infanterie do la Garde par le fait suivant : un troupeau de moutons effarouchés, venant de Sainte-Marie, avait passé à toute vitesse devant l'infanterie prussienne, et les ennemis, prenant probablement Ic^s bétes pour de la cavalerie, avaient ouvert le feu sur elles et les exterminrrcnt jusi|u'à la dernière. » ((jénéral prince de Hohe.nlohe, Lettres sur l'infanterie, page 45.)

besoin qu'avait le 6° corps d'être le plus tôt possible doté d'une réserve. Le commandant en chef répondit à M. de Bellegarde : « Vous direz au maréchal Canrobert que je donne l'ordre au général Bourbaki de lui envoyer une division de la Garde pour le cas où l'attaque dont il est l'objet deviendrait plus sérieuse; que je donne l'ordre, en outre, au général SoJeille de lui envoyer une batterie de 12. Vous direz au maréchal d'envoyer remplir ses caissons au parc de réserve qui est ici. »

Cependant, comme vers deux heures et demie les secours promis n'arrivaient pas, le maréchal Canrobert, après avoir une première fois rappelé au commandant en chef sa demande de munitions', se décida à envoyer auprès de lui le capitaine d'artillerie de Chalus, qui arriva à Plappeville une heure après. Le maréchal était dans son salon, tandis que les chevaux de l'état-major général, que le général Jarras faisait tenir prêts depuis onze heures du matin, se morfondaient à la porte. Le capitaine de Chalus expliqua, sur une carte, la situation du 6° corps, et le commandant en chef parut alors se décider à expédier les renforts promis, auxquels aucun ordre n'avait encore été donné d'ailleurs. Mais, sur ces entrefaites, on remit au maréchal un papier, venu on ne sait d'où, et annonçant, parait-il, que tout allait bien au 6° corps. Bazaine mit le billet dans sa poche et dit à M. de Chalus qu'il ne voyait plus la nécessité de faire partir la division de grenadiers, mais qu'il l'autorisait à aller prendre 4 caissons au fort de Plappeville.

Ainsi, sur la foi d'un renseignement dont on n'a jamais connu la provenance, mais qui ne venait en tout cas certainement pas du principal intéressé, le commandant en chef, sans même chercher à s'assurer s'il est exact, revient sur sa décision et renonce à soutenir le (i" corps! C'est apparemment, comme l'a dit le commissaire du gouvernement, (pi'il ne tenait pas beaucoup à ce que le li' corps fût soutenu*.

Lorsqu'il eut ainsi congédié le capitaine de Chalus, le maréchal se décida enfin à monter à cheval ; il était à ce moment près de quatre heures et la lutte devant le front du 4° corps et la gauche du d" avait déjà acquis une intensité formidable. Ce n'est cependant pas de ce côté qu'il se dirigea, mais bien sur le plateau en avant de Plappeville, d'où il ne pouvait rien apercevoir de notre droite, mais d'où il surveillait la gauche, objet, malgré la force presque inexpugnable des positions, de ses préoccupations apparentes. Là, il reçut du maréchal Canrobert un nouveau billet au crayon, dans lc((uel étaient signalées la sihiation désespérée de nos batteries et l'imminence (hi danger que faisait courir au (T corps 1(> mouvement enveloppant des Saxons. 11 ne lit à ce billet aucune réponse.

Bien plus. Comme à ce moment passait auprès de lui un des officiers d'ordonnance du général Bourbaki, commandant de la Garde impériale, il rap[)ela et le chargea d'aller dire à son général de ne pas bouger. « La journée esl terminée, dit-il un instant après à MM. de Lacale et de Sancy, Ions deux également officiers

1. Par un officier du grand litat-inajor général que le maréchal Hazaino lui avail expédié ù dix heures, pour le prévenir qu'en cas iVattaque sérieuse, l'aile droite viendrait occuper des positions en arriére.

2. Procès Bazaine, audience du 3 décombre 1873. — Réquisitoire.

LES GOiMBATTANTS DE 1870-71

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OMnAITANTS

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d'ordonnance du généial P>ourl)aki, la (iarde va renlrcr dans ses campements'. )■ Le seul secours que recjul le maiéehal Canrobert l'ut donc conslilué par les 4 caissons emmenés par le capilaine de Chalus et par 2 batteries de la réserve générale expédiées, vers trois heures et demie, par le général Soleillc sur l'ordre du maréchal. Comme nous le verrons tout à l'heure, ces hatlerics n'arrixèrent ]ias à temps pour sauver le ()' corps et ne servirent qu'à protéger sa retraite. Et pendant ce temps-là, la Garde, la réserve générale d'artillerie et 10 régiments do la cavalerie de réserve restaient immobiles et rongeant leur frein d'impatience dans les bivouacs oi'i le commandant en chef les avait confinés! L'intendant général de l'armée n'était même pas informé qu'une bataille terrible était engagée, et l'ambulance du (piartier général demeurait à Plappeville, tandis que des milliers de blessés agonisaient sans secours dans les fermes évenlrées par les obus prussiens! Pour ces soldats qui se battaient avec un courage surhumain, sans illusion et sans espoir, le maréchal aux mains duquel avaient été remises les destinées de la France n'avait que des paroles de dédain et de mépris. — « Oue faire avec de pareilles troupes.' » s'écriait-il, en vovani, vers cinq heures et demie, des convoyeurs et des blessés revenir eh désastre de Saint-Privat. « S'il se fût trouvé sur le champ de bataille, il eut promptement reconnu son erreur; il eût pu constater que le (1' corps tenait toujours et que ses soldats, aliandonnés par lui sans secours dans la lutte désespérée qu'ils soutenaient contre un ennemi trois ou quatre fois supérieur en nombre et appuyé par près de 800 pièces de canon, méritaient d'autres remerciements que ces paroles injustes et cruelles. Pendant que, du plateau de Plap[)eville, le maréchal portait sur ses troupes un jugement si sévère, le souverain ennemi, ju-ésent, lui, sur le terrain du condjat, exprimait hautement son admiration pour leur héroïque ténacité'! »

A sept heures du soir, après être passé au fort Saint-Quentin où il s'amusait à pointer lui-même quelques pièces sur Jussy, le maréchal rentrait à son quartier général. C'était le moment précis où une attaque décisive, exécutée par plus de 100,000 hommes, se dessinait contre le & corps. Des habitants de Plappeville, M. de P.ouleiller, député de la Moselle, des officiers de son état-major lui signalent le fracas toujours croissant de la canonnade et insistent auprès de lui sur la gravité de la situation. Le télégraphe lui transmet, lui-même en a convenu, les renseignements de l'observatoire établi sur le clocher très élevé de la cathédrale de Metz'. Aux uns, il répond : « Ce n'est rien! Je sais que ce n'es/ rien'! » — aux autres : « C'est bien, le mai'éclml Canrobert a de fortes positions, '/ii'i/ les garde"! » Et il se refuse obstinément à donner un <»rdiv, cpiel qu'il soit.

\. Vers dix licure« el demie du matin, le inarecliul Mvait rnviiyc au général Iiiiuil>aki, par le l'apitaiiie do Mornay-Soull, l'autorisatiiin de se mettre en ruiite iiiianil il le jiujcraii euncenable. I''.(range coiiceiition el du rùie du général on chef et de l'emploi de.< réserves, qui constituent, d'api-ès tous les principi;s et les doiinéi's de Irspérience, une rcssnnire siipi'émc dont iK'ut seul disposer lo rom mandement supérieur.

2. Procès Bazaine, audienne du ."> décembre 1873. — Réiiui.-^linire.

.'J. Marérlial Bazainf, L'Armée ilu Wiin, page 70.

1. Licntenanl-i-oloiiel de MoNri.uis.vNT, La Cliuic de MfU, page 1 IH.

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