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bois de Genivaux, faisant ainsi contre nos lignes minces une démonstration assez sérieuse. Le courage des soldats du S' corps, comme celui des soldats du 2° et du 4°, restait inébranlable, et les Allemands, complètement battus à leur aile droite, se voyaient condamnés, sur toute l'étendue du front de bataille, à renoncer définitivement à entamer nos positions. C'est à peine si, avec le concours incessant d'une artillerie formidable, ils pouvaient même se maintenir sur les leurs.
V. Prise de Roncouht et de Saint-Privat. — Tandis que ces événements se déroulaient devant nos lignes toujours défendues avec la même bravoure, mais malheureusement avec la même passivité, le XIT corps avait à peu près terminé son grand mouvement enveloppant. Les 45° et 48'' brigades (général de Craushaar et colonel de Schulz) arrivaient d'Auboué près de Montois ; la 47° (colonel de Léonhardi) se massait sur la lisière sud du bois de Roncourt; la 4G° (général de Montbé) venait de dépasser la route de Metz à Briey, à l'est de (loinviile. Enfin l'artillerie de corps, prenant position près du bois de Roncourt, achevait d'éteindre le feu de nos pièces, presque toutes démolies ou à bout de munitions.
L'intention du prince royal de Saxe était d'attaquer Roncourt avec toutes ses forces, avant de marcher contre Saint-Privat; mais, pendant qu'il prenait ses dispositions dans ce but, un officier était venu aviser la 48° brigade, première troupe qu'il avait rencontrée, de la situation critique où se débattait la (îarde royale, et demander aux Saxons d'entrer en ligne le plus vite possible, pour dégager celle-ci. Une fraction du XIP corps abandonna donc l'objectif primitivement fixé, et se jeta plus au sud, afin de coopérer à un nouveau mouvement sur Saint-Privat, de concert avec les débris que la Garde pouvait encore lancer à l'assaut.
Le maréchal Canrobert, voyant cette masse redoutable qui s'avançait, sous la protection de plus de 200 pièces de canon vomissant la mitraille et la mort, et n'apercevant aucun indice de l'arrivée des secours qu'il avait itéralivement implorés, le maréchal Canrobert comprit qu'il était perdu. A sa gauche, Saint- Privat et Jérusalem n'étaient plus que des brasiers incandescents, dont les murs crépitants s'écroulaient dans un fracas lugubre. A sa droite, le village de Roncourt, occupé par un seul régiment, était déjà presque cerné par une nviée d'Allemands, et écrasé par le tir convergent de 78 pièces. Derrière, il n'existait plus un homme en réserve, el jias le moindre renfort n'apparaissait à l'horizon. Mais l'illustre soldat (le /aalrha, de l'Aima et de Magenta n'était pas homme à abandonner la partie sans avoir dépassé les extrêmes limites de la résistance ni sans avoir lutté jusqu'à son dernier soldat; son âme était à la hauteur du péril. Il se porta au premier rang, devant les murailles croulantes du village, et communiqua à tous son intrépidité sereine, doublée d'une énergie que rien ne pouvait plus ébranler. Puis, c(mimc pour faire comprendre au commandant en chef qu'il allait succomber par sa faute, il lui adressa, au crayon, un dernier billet où il était dit : « Les attaques de l'ennemi redoublent; son artillerie a dominé la mienne à tel point que je ne pourrai plus tenir'. »
1. Procès Bazaine, audience du 21 oitoljio 187.3. Déposition du maréchal Canrobert. " J'envoyai
A ce moment, (7 heures du soir), quatre bataillons saxons occupaient Montois, avec trois batteries, et venaient d'en chasser les 5 compagnies que le 9° de ligne y avait portées. Ce régiment, qui occupait Roncourt, tentait vainement de s'opposer au flot montant des Saxons et était déjà, malgré son courage et les efforts du général Bisson, sur le point de se replier dans la direction de Saint-Privat, quand la brigade Péchot, appelée, on s'en souvient, par le maréchal, arriva à son secours. Le 4^ de ligne se déploya, face au nord-ouest, entre Roncourt et la forêt de Jaumont; le 9° bataillon de chasseurs entra dans le village, et le 10'^ se plaça au sud-ouest de celui-ci. Il y avait là en tout 7,000 hommes à peine, contre lesquelles marchaient 2"2 bataillons allemands 1
Une terrible fusillade éclate; les premiers rangs saxons, fauchés par les balles, s'arrêtent et tourbillonnent. Mais d'autres arrivent en arrière et poussent devant eux la ligne des tirailleurs décimés. Bientôt Roncourt, croulant sous les obus, devient intenable; le 4° de ligne s'y jette cependant à son tour, et réussit à arrêter, pour la seconde fois, l'offensive allemande. Alors, le tir de l'artillerie devient véritablement infernal; sous sa protection, les Saxons débordent le village au nord-est, et la brigade Péchot se voit menacée d'un enveloppement complet. Son chef fait avertir de celte situation désespérée le maréchal, qui soutient à ce moment la défense devant Saint-Prival, et se décide à abandonner Roncourt, en y laissant une arrièregarde, pour protéger la retraite, auprès des carrières de Jaumont, de ses troupes épuisées. Ce mouvement fut exécuté, de l'aveu même de la Relation allemande, avec une incontestable habileté', et quand les Saxons, après avoir, grâce à leur nombre, refoulé notre arrière-garde, voulurent déboucher du village, ils furent accueillis par une fusillade qui les maintint sur place jusqu'à ce que l'attaque de Saint-Privat eût fait de nouveaux progrès-.
Pendant ce temps, le général de Craushaar, avec les troupes saxonnes qui, pour le motif donné plus haut, s'étaient dirigées directement sur Saint-Privat, avait procédé à l'attaque de ce village. Là se trouvaient des hommes qui combattaient depuis huit heures, sous la plus épouvantable avalanche de projectiles qui soit tombée sur aucun champ de bataille. Leurs rangs, oîi s'étaient creusés des vides cruels, n'avaient plus aucun abri qui ne fût transformé en un amas de décombres. Le colonel Amadieu, du 75°, était mort; le colonel Daguerre, du 91°, grièvement blessé ; des centaines d'hommes, mis hors de combat, s'empilaient dans les granges, transformées en ambulances, qui s'écroulaient sur eux. Le spectacle était terrifiant, la lutte sans espérance, le dévouement sans autre mobile que l'honneur. Seul, à
un de mes aides d<' camp, dit le maréctial en rappelant les faits qui ont préeédé l'atla(|iie décisive, prier Ladmirauit dp me donner <:|uelf|nes gargonsses; il m'envoya trois ou quatre caissons dont je lui ai été d'autant ])lus reconnaissant qu'on lui recommandait, au contraire, de ne pas m'en envoyer et de les garder pour lui. Il les envoya en bon camarade... Comme j'avais affaire à île braves soldais, à des officiers pleins de dévouement, nous avons tenu jusqu'à sept heures. »