La Guerre franco-allemande, [lage
sur ce boulevard de l'adversaire si longtemps et si opiniâtrement défendu. Sur toute la ligne, les tambours battent, les clairons sonnent le pas de course. Les troupes, drapeaux au vent, — quelques-uns avaient déjà changé de mains jusqu'à cinq fois — s'élancent sur les traces de leurs officiers, et d'un commun élan, les Saxons au nord et au nord-ouest, la Garde à l'ouest et au sud atteignent, à peu près en même temps, Saint-Privat en flammes '. »
Atteignent, mais ne s'en emparent pas. Chaque muraille, chaque maison encore debout, l'église, le cimetière ^ nécessitent un nouveau siège et un nouvel assaut. Les derniers défenseurs se défendent à coups de crosse, à coups de baïonnette, et luttent encore avec une énergie décuplée par le désespoir ! L'ennemi doit payer cher son triomphe, et ses soldats tombent encore par centaines dans les décombres fumants. Le général de Craushaar est tué. Enfin, à huit heures passées, « le vainqueur, cruellement éprouvé lui-même, se trouve en possession inconleslée de cette clef de la posilion, défendue avec tant d'acharnement ^ ».
Nos soldats, décimés, épuisés, à bout de munitions et de forces, abandonnent alors, la rage au cn-ur, ce monceau de ruines où sont tombés tant des leurs. L'héroïque Canrolierl, ipii ne veut pas s'avouer vaincu, est entraîné presque de force par son élat-major. La brigade Péchot, ralliée près des carrières de Jaumont, soutient la retraite, avec le 94" et la réserve d'artillei'ie qui vient de se mettre en batterie, trop tard, hélas ! en avant d'Amanvillers. Quand la cavalerie ennemie veut essayer de poursuivre, elle est accueillie par une telle fusillade, qu'elle doit se replier en toute hâte. Le général de Pape et le prince de Saxe essayent alors de remettre lui peu d'ordre dans leurs troupes désorganisées, mais ils constatent bientôt ({ue tout nouveau mouvement en avant est devenu impossible, et ils se bornent à s'installer dans Saint-Privat et Jérusalem, tandis que les soldats du 6° corps se dirigenl sur Woippy, mornes et abattus, mais avec la conscience d'avoir fait tout leur devoir. La brigade Péchot, le 94" et le 48°, qui s'était reporté vers Jaumont pour soutenir aussi la retraite, ([uittèrent à la nuit close ces lieux illustrés par tant de bravoure, et rejoigniiciit, dans la nuit, le 6° corps à Woippy.
Rrlrnilc du A" ror/is. — (;c|)endant la chute de Saint-Privat et de Jérusalem rendait fort critique la position du i" corps. Complètement découvert maintenant sur sa droite, il était pris d'écharpe, surtout la division de Gissey, par une longue ligne de batteries ennemies déployées sur la croupe au sud-ouest de Saint-Privat, lesquelles étaient accourues aussitôt le village aux mains des Allemands. 11 y avait là lrJ4 pièces ', de la Garde, du X" corps et de la division hessoisc, qui tiraient avec une vigueur d'autant plus redoutable qu'elles étaient elles-mêmes moins exposées, et écrasaient de projectiles le village d'Amanvillers et ses abords. La division de Gissey, en butte à leurs coups et menacée en outre sur son tlanc droit par les