Sous-chef d'ôtat-major général
de vue militaire, pouvait cependant s'expliquer par des considérations politiques. Par suite, ajoutait-il, il serait bon de resserrer les forces allemandes sur leur droite, à toute éventualité. » Mais M. de Moltke ne semblait pas partager cette manière de voir, tant elle lui paraissait peu conforme aux idées qu'il se faisait des conditions normales de la guerre. Persistant au contraire à croire que l'intention du maréchal était toujours de couvrir la capitale, « soit directement, soit en prenant une position latérale, à peu près vers Reims, » il refusa de moditier les instructions données précédemment. Seulement, comme Reims, devenu pour le moment l'objectif des forces allemandes, s'en trouvait plus éloigné que Chàlons, on décida que l'armée du Prince royal serait portée, dès le lendemain "25, sur la ligne qu'elle n"aurait dû, en vertu des ordres reçus, atteindre que le 2G.
Somme toute, si l'on savait maintenant de source sûre que le camp de Chàlons était abandonné, on ignorait encore quel dessein nourrissait l'armée française; seule, la lettre interceptée à Metz pouvait servir d'indication à cet égard, mais ce n'était pas là un document assez précis pour qu'on put baser sur elle des'combinaisons nouvelles. La seule chose absolument certaine, c'est que l'objectif s'était déplacé; il fallait donc, à partir du "25, diriger les forces allemandes sur la nouvelle position, et c'est dans ce but que le 24 au soir, après son arrivée à Bar-le-Duc, M. de Moltke rédigea de nouvelles instructions d'après lesquelles on devait atteindre, le 28, la ligne Suippes-Châlons-Coole, pour de là obliquer sur Reims, ou poursuivre sur Paris, suivant le cas. La cavalerie de l'armée de la Meuse était chargée, pendant l'exécution de ce mouvement, de surveiller au nord, vers la voie ferrée des Ardennes, la frontière belge, enfin les environs de Relhel et de Reims. Mais sur ces entrefaites arrivèrent, à onze heures du soir, de nouveaux renseignements extrêmement intéressants. C'était d'abord un journal de Paris (la Liberté), pris à Chàlons la veille par les éclaireurs de la 4" division de cavalerie, et annonçant que l'armée du maréchal de Mac-Mahon, forte de 150,000 hommes, avait pris position à Reims. C'était ensuite un télégramme envoyé de Paris le 2;} au soir, par la voie de Londres, et contenant ces mots : « L'armée de Mac-Mahon se concentre à Reims. L'empereur Napoléon et le prince sont avec elle. Mac- Malion clierchc à faire sa jonction avec Bazaine. »
Impossible d'être plus afiirmatif. M. de Moltke, devenu assez perplexe, déchira les ordres qu'il venait de dicter, mais n'en rédigea point d'autres ce jour-là. 11 se refusait encore à admettre que l'accomplissement d'un tel projet lut possible, et se demandait comment même il avait pu être formé, le chemin direct de Reims à Metz étant interdit à l'armée française, et un détour par le nord, le long de la frontière belge inviolable, lui paraissant le comble de la témérité. Mais si, d'autre part, la nouvelle était vraie, la continuation du mouvement entamé vers Paris devenait inutile, au moins momentanément. Il allait falloir au contraire chercher à joindre les forces françaises, et pour cela « franchir par des chemins de traverse les vastes forêts de l'Argonne, et s'engager dans une région où rien n'avait été préparé encore pour assurer la subsistance des troupes; il faudrait également assigner une nouvelle direction aux ravitaillements de toute nature dont le
transport était déjà réglé vers l'ouest'... » En un mot, tout était à changer, la ligne d'opérations et la ligne de communications, et, en présence des énormes diflicultés qu'il prévoyait, le chef d'état-major, comme il est facile de le comprendre, demeurait hésitant. Il jugea prudent, en tout cas, de garder l'expectative jusqu'à plus ample informé, et de se borner, pour l'instant, à faire appuyer tout son monde un peu plus au nord-ouest, c'est-à-dire vers Reims, tandis que la cavalerie redoublerait d'activité dans la recherche de renseignements dont l'urgence se faisait de plus en plus énergiquement sentir.
Journée du 25 août. — Massacre de Passavant. — Disparition des derniers doutes. — Le "25 août, à onze heures du matin, il lança ses ordres en conséquence :
« Tons les renseignements recueillis, disait-il, s'accordent à constater que l'ennemi a évacué Chàlons et s'est replié sur Reims. Conformément au.x ordres de Sa Majesté le Roi, la IIP armée et F armée du prince royal de Saxe continueront demain (26 août) dans la direction du nord-ouest, pour suivre le mouvement de F adversaire. Les corps du prince royal de Sa.\e viendront : le XIP à Vienne {avant-garde à Autry et Servon); la Garde à Sainte-Menehould (avant-garde à Vienne-la- Ville et vers Berzieax); le IV° à Villers-en-Argonne (avant-garde vers Dommartin). La cavalerie se portera au loin, pour éclairer sur le front et sur la droite, et s'attachera surtout à atteindre Vouziers et Buzancy.
(( La IIP armée gagnera avec ses têtes de colonnes la ligne Givry-cn-Argonne- Cliangy, au nord-est de Vitry, quelle aura à faire observer.
« A moins d'exigences toutes particulières, les troupes auront repos le 27.
« Dans ce cas, la journée sera mise à profit pour faire serrer les convois et pou'r aligner les vivres, afin d'être en mesure, à la reprise du mouvement, de traverser sans difficulté les parties stériles de la Champagne.
(( Le quartier général de Sa Majesté se transportera demain à Sainte-Menehould. Jusqu'à onze heures du matin, les rapports devront être adressés à Barle-Duc. »
Mais si, en présence des difficultés qu'il prévoyait, M. de Mollke hésitait encore à prendre le jjarti que semblaient imposer les graves nouvelles parvenues au quartier général, au moins jusqu'à ce que celles-ci aient reç^-u confirmation, il n'en préparait pas moins, in petto, certaines dispositions prévoyantes destinées à parer à toute éventualité. C'est ainsi que, dans l'après-midi du 25, il étudiait, pour lui seul, un projet de conversion ])articlle des forces allemandes, qui devait amener le '28, dans le voisinage de Damvillers, les trois corps de l'armée de la Meuse, deux corps (bavarois) de la IIP année et deux corps (les 111° et LV) de l'armée de blocus d(; Metz. 11 comptait ainsi, si l'armée française, partie le "28 de lleims, arrivait le 27 sur la Meuse, occuper une position centrale entre elle et l'armée de Bazaine avec 150,000 hoinmes, el l'arrêter net, soit ([u'elle acceptât la bataille, soil