Prince G. Bibesco, loc. cit., pages 53 et suivantes
sous une pluie battante, déployé et en positions de combat'. Mais comme si ce n'eût pas été assez de ce fâcheux résultat d'une reconnaissance mal faite, l'armée tout entière avait failli se porter au secours du 7° corps. En effet, le général Douay crut devoir informer le maréchal de ce qui se jiassait, par le billet suivant, expédié dans la soirée :
« Le général Bordas me fait savoir de Grandpré qu'il est en présence de forces très supérieures; en conséquence, il va se replier vers Buzancy où il a le second régiment de sa brigade. Je me porte à Longwé pour soutenir ce mouvement. » - Le maréchal répondit aussitôt (a 3 heures du matin) que l'armée allait suspendre sa marche et se porter vers Vouziers, pour soutenir le 7° corps. Quand cette nouvelle parvint au général Douay, celui-ci n'avait déjà plus, sur le sort du général Bordas, aucune inquiétude. Il s'empressa donc d'éclairer, à cet égard, le commandant en chef et lui envoya le commandant Seigland, son aide de camp. Mais il lui fit rendre compte, en même temps, que les têtes de colonnes de la IIP armée occupaient déjà Saintc-Menehould, où venait d'arriver le prince royal de Prusse, tandis qu'une autre armée allemande s'avançait par Varennes. Justement inquiet de ces graves nouvelles, le maréchal, qui s'était transporté au (Ihesne, estima que la situation lui interdisait plus que jamais de poursuivre sa marche vers l'est, et qu'il fallait parer sans délai au danger qui apparaissait, menaçant, sur la droite. En conséquence, le :27, à neuf heures du matin, il renvoya au général Douay le commandant Seigland, avec mission de le prévenir: 1° que la division Bonnemains était mise à sa disposition; -2° que le ["' corps se portait sur Terron; 3° que le 5° corps était envoyé à Buzancy. Il l'invitait, en outre, à chercher, par tous les moyens possibles, à se procurer de nouvelles informations. En somme, ce n'était là qu'une confirmation détaillée des communications faites dans la nuit; mais cet arrêt subit de toute l'armée prouve que déjà l'armée de Chàlons n'avait plus sa liberté d'action.
Ainsi que l'a fait ressortir, en effet, d'une façon si magistrale, M. le colonel Maillard, dans ses « Éléments de la Guerre"^, » les deux facteurs primordiaux de cette liberté sont le temps et F espace. Le temps, qui permet de prendre les dispositions commandées par les circonstances; l'espace, qui donne la faculté de manœuvrer. Or l'armée de Chàlons, engagée dans un mouvement que devait fatalement compromettre le moindre retard, et insuffisamment couverte par une cavalerie toujours collée aux troupes de marche, ne possédait ni l'un ni l'autre. Elle était donc obligée de subordonner ses actions à celles de l'adversaire, c'est-à-dire qu'elle était condamnée à subir la volonté de celui-ci. Elle n'avait pas eu encore avec l'ennemi de rencontre sérieuse que déjà elle se trouvait dans l'impossibilité d'agir, et les dispositions que prenait son chef lui étaient dictées, non par l'action de son libre arbitre, mais par une situation spéciale imposée par les événements.
1. Lo "•• corps était déployé sur les liaiiteurs de (;iicslres et de Longwé, qui bordent la rive droite de l'.\isne, à l'est de Vouziers; rarlillerie derrière des épaulcments construits pendant la nuit.