I. Au MARÉCUAL BaZAINE
Le Cliesnc, 27 août 187(1, 3 heures 2.'» soir.
« Maréchal Mac-Mahun prcvioiU maréchal Bazaine que FarrivOc du Prince royal à Chàlons le force à opérer le 28 sa retraite sur Mé/ières, et de là à ïouest, s'il n'apprend pas que le mouvement de retraite du maréchal Bazaine soit commencé. »
Combattants
IL Maréchal Mac-Mahon a Guerre, Paris.
Le Chesne, 27 août 1870, 8 houres 30 soir.
« Les /" et ir armées, plus de 200,000 hommes, bloquent Metz , principalement sur la rive gauche; une force évaluée à 50,000 hommes serait établie sur la rive droite de la Meuse, pour gêner ma marche sur Metz. Des renseignements annoncent que l'armée du prince royal de Prusse se dirige aujourd'hui sur les Ardennes avec 50,000 hommes ; elle serait déjà à Ardeuil. Je suis au Chesne ■avec un peu plus de d 00,000 hommes. Depuis le i9,je n'ai aucune nouvelle de Bazaine \- si je me porte à sa rencontre, je serai attaqué de front par une partie des I" et ir armées qui, à la faveur des bois, peuvent dérober une force supérieure à la mienne ; en même temps, attaqué par l'armée du prince royal de Prusse me coupant toute ligne de retraite. Je me rapproche demain de Mézières, d'où je continuerai ma retraite, selon les événements, vers fouest. k
A l'heure où partait cette dernière dépêche, l'armée française avait ses différents corps sur les points suivants :
1" corps, à Voncq; — 5"^, à Brieulles ; — 7°, à Vouziers ; — ["2% au Chesne; — division Bonnemains, à Stonne ; — division Margueritte, à Beaumont.
Cependant les troupes allemandes avaient continué leur marche vers le nord. Déjà l'armée du prince de Saxe atteignait la Meuse et nous devançait sur les passages du fleuve placés sur notre ligne de marche directe pour aller à Montmédy. Quant à sa cavalerie, elle touchait presque notre flanc droit.
La division saxonne était à Nouart, tenant la route de Vouziers à Stenay.
La 5° division occupait Grandpré et Buzancy.
La 6' division était tout près de Vouziers, à Monthois.
La division de la Garde, tout près de Bayonville'.
L'armée de la Meuse avait le XIP corps à Dun et Stenay; cette dernière ville était mise en état de défense et on détruisait le pont de Sassey, situé en aval. Là Garde, arrivée à Montfaucon, jetait un pont au-dessus de Dun, à Dannevoux\ Le 1V° corps, à l'ouest de Verdun, tenait les. points de passage de Gharny.
Dans la IIP armée, trois corps (le I" bavarois, le IP bavarois, le V°) formaient une première ligne à Nixéville, Dombasle, S.ainte-Menehould. En arrière, le XP corps, la division wurtembergeoise et le \'P corps étaient échelonnés on
1. Cette plirase prouve que le maréclial n'avait pas rei;ii la l'ameuso dopoi-lic du 20 août, envoyée (le Longwy par les agents Habasse et Miès.
2. Le 27, dans la matinée, une patrouille saxonne qui Itatlail l'estrade dans la direction do Beaumont se heurta à des cavaliers de la division Marguerille et l'ut poursuivie par eux jusiiu'au sud de Buzancy. Ce fait indiquait (|uc nous avions du monde à 12 kilomètres à |)eino de .Stenay, sur leiiuol se dirigeait à ce moment le XII" corps. Aussitôt la division de cavalerie saxonne fut lancée sur Nouart et la 13° brigade de cavalerie se porta à Buzancy pour surveiller les troupes du 5" corps français, qui évacuaient ce point. Enfin, la division de cavalerie de la Garde fut envoyée (i Rcnionville et Bayonville pour remplacer la cavalerie saxonne ainsi lancée en avant. C'est ainsi que la cavalerie allemande occupa, le 27 au soir, les positions que nous donnons ci-dessus.
3. Pour donner la main aux deux corps de l'armée do blocus de Metz, appelés & Damvillors.
profondeur de Vieil-Dampierre à Charmont. Cette armée n'était donc pas encore en état de soutenir l'armée de la Meuse, si celle-ci avait eu affaire à trop forte partie, et c'est pour parer à une pareille éventualité que M. de Moltke avait fait, depuis la veille, diriger deux corps de l'armée de blocus de Metz sur Damvillers. Ces corps (II" et IIP) couchèrent le -27 à Étain et Briey. La 111° armée était couverte à l'ouest, vers la Suippes et la Vesle, par la brigade de uhlans bavarois, la 4* division de cavalerie et la cavalerie wurtembergeoise.
Nos positions, à nous, n'étaient couvertes par rien; il en résultait pour les escadrons allemands une facilité vraiment surprenante pour surveiller tous nos mouvements, éventer nos desseins, et fournir à M. de Moltke des renseignements scrupuleusement exacts, sur lesquels il pouvait, en toute connaissance de cause, baser ses combinaisons.
C'est ainsi que dans la soirée du "27, le grand quartier général savait, à n'en pas douter, que l'armée de Chàlons s'avanijait, partie par Buzancy, partie par Beaumont; qu'elle n'avait pas atteint la Meuse, et que, le 27, son mouvement avait, pour une cause inconnue, subi un temps d'arrêt. Cette situation permettait donc d'espérer qu'on pourrait l'atteindre avec des forces supérieures (armée de la Meuse et au moins les deux corps bavarois) sur la rive gauche du fleuve, dont les ponts de Dun et Stenay étaient déjà tenus par le XIP corps. C'est-à-dire qu'un pouvait se passer du concours de l'armée de blocus de Metz^
Le chef d'élat-major général n"hésita pas à contremander les ordres concernant celle-ci, et s'occupa, séance tenante, de grouper les cinq corps de première ligne, pour le 29, entre Crandpré et Nouart. L'itinéraire suivant leur était assigné :
28 août. 29 août.
I" bavarois Varennes Grandpré.
11° — Vienne-le-Chàleau .... Id.
Garde Banthéville Buzancy.
IV corps Montfaucon Banthéville.
Xir corps Dun Nouart.
Les autres corps de la IIP armée devaient arriver, le 29, entre Sommepy el Séchault; les 5° et 6° divisions de cavalerie étaient, jusqu'à nouvel ordre, mises à la disposition du prince royal de Prusse.
Malgré l'excellence de ces dispositions, peu s'en fallut qu'elles n'aboutissent à aucun résultat. A l'iieure même où M. de Moltke les expédiait à ses commandants d'armée, le maréchal de Mac-Mahon venait en effet de prendre une décision ([ni rendait vaines toutes les précautions du savant chef d'état-major allemand, et pouvait seule sauver l'armée de Chàlons de l'étreinte menaçante des masses ennemies. L'abandon de la marche vers Metz, la retraite de l'armée française sur Mézières, et de là sur Paris, devait sauver celle-ci d'un désastre prévu, et épargner à la patrie
1. Le II" corps i'enipl;ii;ait li; IX°, priraitivcnieiil désigné.