‹ Les combattants de 1870-71Chapitre 218 sur 262 · trf., page · texte numérisé non relu

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puissiez parvenir rapidement jiisquà Bazaine. Ce n'est pas le prince royal de Prusse qui est à Châlons, mais un des princes, trère du roi de Prusse\ avec une avant-garde et des torces considérables de cavalerie. Je vous ai télégraphié ce matin deux renseignements qui indiquent que le prince de Prusse, sentant le danger auquel votre marche tournante expose et son armée et I armée qui bloque Bazaine, aurait changé de direction et marcherait vers le nord. Vous avez au moins trente-six heures d'avance sur lui, peut-être quarante-huit heures. Vous n'avez devant vous qu'une partie des forces qui bloquent Metz et qui, vous voyant vous retirer de Chàlons à Reims, s'étaient étendues vers l'Argonne. Votre mouvement sur Reims les avait trompées, comme le prince royal de Prusse. Ici tout le monde a senti la nécessité de dégager Bazaine, et l'anxiété avec laquelle on vous suit est extrême. «

Certes, par le seul fait qu'elle ne semblait pas considérer une collision comme imminente, cette dépêche, malgré son ton aftirmatif, montrait que les renseignements du minisire étaient fort incomplets, et cela suffisait à maintenir la conviction du maréchal sur l'impossibilité de toute jonction avec l'armée de Metz ^ Mais il faut convenir que la situation de celui-ci était singulièrement embarrassante, et qu'un refus de sa part à se rendre aux désirs si instamment exprimés du gouvernement devait lui coûter d'autant plus qu'il aurait semblé alors agir dans un but égoïste. Bien que son caractère si élevé et si loyal eût dû le mettre fort au-dessus d'une imputation semblable, le duc de Magenta ne crut pas pouvoir l'encourir; il résista aux observations respectueuses mais instantes de son chef d'état-major, e général P'aure, qui le suppliait de maintenir les ordres de retraite, et accomplit, la mort dans l'âme, ce qu'il croyait être son devoir de soldat. « On veut que nous allions nous faire tuer, dit-il avec une résignation généreuse ; il faut obéir. »

Le sort en était jeté. L'armée de Chàlons perdait sa dernière chance de salut. « Ici, comme à Châlons, la crainte d'une révolution à Paris faisait sacrifier une armée de 100,000 hommes ^ » Immédiatement, de nouveaux ordres furent envoyés dans toutes les directions et le mouvement sur Mézières interrompu. Quelques heures après, le maréchal recevait du ministre une nouvelle dépêche, encore plus pressante dans son laconisme que celle qui avait été adressée à l'Empereur. Elle était inutile, puisque déjà le sacrifice était consommé \

1. Le prince Âlbrecht père, commandant la 4° division de cavalerie.

2. <i Quand le minisire écrivait, à la date du 27 au soir : — Vous aces au moins 36 heures d'avance sur l'ennemi, — il ignorait très certainement qu'à cette date les têtes de colonnes de la IV" armée nous avaient précédés à Dun et à Buzancy. Quant aux troupes du prince royal de Prusse, lo gros do ses forces n'était pas à plus de 12 heures de marche de nous, et son avant-garde allait nous remplacer à Vouziers dès le 28 au matin, u (Prince Bibesco, loc. cit., page 74.)

.3. Ibid., page 73.

4. D'après le colonel Stoffel, l'Empereur envoya au maréchal successivement deux de ses ofliciers, pour lui dire que les télégrammes du ministre ne constituaient pas des ordres et ne devaient pas l'empêcher d'agir suivant son libre arbitre. {La Dépêche dn 20 aoilt, page 8(>.) — Le maréchal crut devoir persister duris sa if-solution. {Déponition dn maréchal devant la Commission d'enquête sur les actes du goucernemeni de la Défense nationale.)

Guerre au maréchal Mac-Mahon, au quartier général. {Urgent, faire suivre.) Paris, 28 août 1870, 1 heure 30 soir.

« Au nom du conseil des ministres et du conseil privé, je vous demande de porter secours à Bazaine, en profitant des 30 heures d'avance que vous avez sur le prince royal de Prusse. Je fais porter le corps Vinoy sur Reims. »

Le 28 donc, avant le jour, le maréchal fit prévenir ses corps qu'ils se porteraient, sans aucun délai :

Le 1" corps, sur le Chesne, au lieu de Venderesse ;

Le b" corps, sur Beauclair, au lieu de Poix ;

Le 7° corps, sur Nouart, au lieu de Ghagny ;

Le 12", sur le Besace, au lieu de Venderesse.

La division Bonnemains devait atteindre les Grandes-Armoises; la division Margueritte était envoyée à Mouzon.

Mais ce changement d'objectif, exécuté brusquement, sans préparation d'aucune sorte, et en pleine marche, ne se fit pas sans de nouvelles fatigues, de nouveaux àcoups et de nouvelles atteintes portées au moral de cette armée qu'on ballottait en tous sens depuis cinq jours. La confusion était à son comble dans les colonnes et les convois; les hommes, découragés, se répandaient en plaintes et en récriminations que les officiers, désarmés, étaient obligés de ne pas entendre. Tant d'irrésolution détruisait le prestige du commandement et portait le plus rude coup à la discipline. « De là aux propos injurieux contre les chefs, il n'y a qu'un pas; et le jour est proche o\x quelques malheureux qui n'ont pas brûlé une cartouche ou qui ont jeté leurs fusils crieront à la trahison ^ ! »

Le 1" corps, qui n'avait que 6 kilomètres à faire pour se porter de Voncq au Ghesne, opéra sa marche sans trop d'encombre. Mais il n'en fut pas de même pour les autres. Ainsi le 7°, parti de Vouziers pendant la nuit, reçut à quatre heures et demie du matin, à Quatre-Ghamps, le contre-ordre qui l'envoyait à Nouart. Il dut s'arrêter pour attendre son convoi qui, parti d'avance, était déjà à Ghagny, et rester sur place pendant 12 heures! Reparti à quatre heures du soir, il ne put pas atteindre Nouart, et bivouaqua à Boult-aux-Bois. Le 12° avait quitté le Ghesne à deux heures du matin, dans la direction de Venderesse. Ge fut avec de grandes difficultés qu'il changea de route, et réussit à gagner le Besace. De là, le général Lebrun envoya la division de cavalerie Lichtlin à Beaumont pour se couvrir.

Ouant au 5° corps, il passa par des péripéties qui devaient avoir sur son moral une influence fâcheuse. Arrivé le 27, comme on l'a vu, à Ghàtillon et à Brieulles, il avait reçu, dans la nuit, par suite de la reprise de la marche vers Montmédy, l'ordre de se reporter immédiatement sur Buzancy, et de là sur Nouart. Il se remit donc en route aux premières lueurs du jour, par un temps affreux et dans un désordre assez grand; mais, comme ses têtes de colonnes allaient dépasser Boult-aux-Bois, il

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