Prince Bibesco, loe. cit., pages 9G et suivantes
l'obscurité, s'entassent les unes sur les autres, la 3" division à droite et la 1'° à gauche de la route avec l'artillerie de réserve à l'entrée de la ville. Elles dressent leurs tentes, et se préoccupent beaucoup plus de prendre le repos qui leur est si nécessaire que d'assurer d'une manière efficace le service de surveillance qui doit les protéger.
<c La brigade (Maussion) de la division l'Abadie formant l'arrière-garde n'arrive qu'à cinq heures du matin ; elle traverse Beaumont et va camper au delà sur un petit plateau au nord-ouest, à gauche de la route de MouzonV Les ambulances restent à Beaumont.
« La plupart des officiers et des hommes étaient à jeun et n'avaient pu se procurer de quoi manger ce jour-là. Les forces de tout le monde étaient à bout; après avoir combattu la plus grande partie de la journée et marché toute la nuit, le soldat, épuisé, s'endormait là où il s'arrêtait, et l'officier, dès lors, parvenait à grand'peine à se faire obéir. Un état d'engourdissement général s'est emparé du corps d'armée. L'homme a donné tout ce qu'il avait de forces; inutile de lui en demander davantage.
« Malgré toutes ces difficultés, les généraux et chefs de corps parviennent néanmoins à faire établir des grand'gardes. Mais l'obscurité ne permet pas de les placer convenablement; elles sont trop rapprochées du camp, et leur surveillance ne peut pas s'exercer sur les débouchés qu'il était important de garder.
« Les chevaux de la cavalerie, qui ont combattu en éclairant le corps pendant toute la journée du '29, et qui n'ont pas mangé non plus, ont perdu toute leur vigueur. Les reconnaissances du matin se ressentent de cet état de choses"'...
« Après l'arrivée de l'arrière-garde, vers cinq heures, le silence le plus profond règne dans tous les camps. Hommes et chevaux, épuisés de fatigue, se livrent au repos pendant quelques heures. »
Ajoutons qu'en dehors de ses perles de la veille, le 5° corps avait laissé en arrière nu nombre considérable de traînards, vaincus par la fatigue, et tombés ou près de tomber aux mains de l'ennemi.
Telle était sa situation lamentable. Plus d'énergie, plus de forces, et pas de ]jain. Le général de Failiy, arrivé à une heure du matin, se fit conduire chez le maire; il était agité, nerveux, mais ne semblait pas se douter de la mauvaise situation où se trouvaient ses troupes au point de vue de leur sécurité. Vers sept heures, le maréchal traverse lieaumont, et est frappé de voir le commandant du 5° corps exempt de préoccupation''; il lui donne l'ordre de marcher le plus tôt possible sur Mouzon pour y franchir la Meuse sous la protection du l^*-' corps, mais le général de Failiy fait observer que ses troupes sont épuisées, et qu'il n'y a pas deux heures que les derniers détachements ont rejoint. Depuis trois jours,