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Pour nos derrières, probablement

CoMriATTANTS

était loin, dans l'armée française, de la précision absolue que tout ordre de marche doit nécessairement comporter.

Sur ces entrefaites, le convoi étant arrivé du Chesne, une distribution fut immédiatement faite. Les hommes mangèrent la soupe, nettoyèrent leurs armes, puis, comme le beau temps était revenu, ils tirent sécher leur linge et leurs effets et partirent même à la recherche de provisions. L'artillerie conduisit lous ses chevaux à l'abreuvoir. On eût dit la garnison du camp d'instnicliou tui jmir de repos, tant l'insouciance était partout complète'.

Cependant de graves nouvelles commençaient à circuler. Les paysans, fuyant devant les forces allemandes, accouraient de Stenay, de Belval, de Bois-des- Dames, et annonçaient, tout émus, que des colonnes ennemies s'avançaient à travers les fourrés. Une femme héroïque, M""' Bellavoine, directrice d'un orphelinat qu'elle a fondé en 18B3 à Beauséjour et qu'elle n'entretient que grâce au concours de la charité privée, n'hésita pas à courir, au risque d'être fusillée, auprès du général de Failly pour le prévenir des dangers qui menaçaient le camp de Beaumont. Elle ne put le joindre qu'avec toute sorte de difticultés etfut à peine écoutée. IMeinement l'assuré par les renseignements sans valeur qu'il tenait de reconnaissances insuffisantes et d'avant-postes mal placés, le commandant du 5" corps demeurait convaincu que les Allemands avaient renoncé à le poursuivre et continué leur mouvement sur Stenay.

Tout à coup, à midi et demi, une détonation, immédiatement suivie de plusieurs autres, retentit du côté de la forêt de Dieulet; les projectiles tombèrent à travers les tentes et vinrent atteindre des soldats désœuvrés, au milieu de leurs camarades confondus de stupeur. La surprise était complète, et le canon ennemi se chargeait de tirer brusquement de leur étonnante quiétude le général de P'ailly et son état-major.

Mouvements des iwmées nlleinaiides. — Examinons donc la série des mouvements qui venaient d'amener ainsi les troupes allemandes aussi près de nos l)ositions.

Le prince de Saxe avait reçu, vers une heure du matin, l'ordre expédié de (Irandpré deux heures avant par M. de Moltke. Aussitôt il prescrivit au IV° corps de se porter sur Fossé et Nouart, pendant que le XIT se concentrerait, par division, à Beauclair et à l'ouest du bois de Nouart. (les troupes devaient se trouver aux points indiqués à dix heures du matin, et y faire halte.

(Cependant, vers six heures, arrivèrent des renseignements fournis par hi cavalerie, d'après lesquels on sut que Beaum(ml était encore occupé, mais qu'une partie des corps français avait frainhi la Meuse. I^e prince de Saxe en conclut

1. Un épisode ijui iiionl rc rDtnljieu il l'aiU piMi i\o clmsi' piuir roleviT le moral du soldat Iraiiçais, inoiiift au milieu des plus cruelles cpreuvos, est celui-ii. En arrivant ce jour-là à Rémilly, le f'' corps, ipii depuis moins d'un mois avait subi Wissembourg, Frœscliwiller, la retraite et la niarclio déprimante de CliiVlons à la Meuse, improvisa, dans les prairies situées eij-facede Bazoilles, un bal qui fut offert aux femmes et aux tilles des villages voisins. {L'Année de Mac-Ma/ion, par l'abbé DiiiouiiNV, ouré de Beaumont, page 1.^4.»

qu'il fallait se hâter, et décida de porter immédiatement ses deux corps sui Reaumont. Il leur donna en conséquence l'ordre de se mettre en marche sur quatre colonnes, dans les conditions que voici :

La division de droite du XIP corps, ainsi que la division de cavalerie saxonne, iraient rejoindre, par Laneuville, la grande route de Stenay à Reaumont.

La division de gauche (23") se dirigerait sur la ferme R)elle-Tour, parla forèl de Dieulet.

La 7" division {IX" corps) se porterait également sur cette Terme, par ( '.liam])y et le bois de Relval.

Entin la V division gagnerait Reaumont par Relval et le bois du Petil-Dieulet.

Ouant à la Garde, elle avait ordre de dégager la route de Ruzancy à Reaumont, afin de la laisser à la disposition de la HT armée, et de venir ])rendre, à dix heures du malin, une position de garde-à-vous^ à l'ouest de Nouarl.

L'intention formelle du prince de Saxe, communiquée verbalement à huit lieures du matin aux commandants de corps d'armée, était que « chaque division d'infanterie, après avoir atteint la lisière opposée de la forêt, attemiil que les colonnes latérales eussent débouché à leur tour, et n'engageât provisoirement l'action que par son artillerie- ». Il voulait ainsi éviter les actions partielles, d'autant plus que l'état des chemins faisait craindre que l'une ou l'anlre des colonnes fût retardée assez longtemps.

De son côté, le commandant en chef de la III" armée avait désigné les deux corps bavarois pour soutenir l'attaque projetée sur Reaumont.

Le l" devait se diriger, dès six heures du matin, sur Ruzancy et l!ai\ pdui' gagner de là, par Sommauthe, la grande roule de Reaumont.

Le IP, rompant une heure plus lard, viendrait se masser, en ivsci'nc, à deux kilomètres au sud de Sommauthe.

Le V corps avait ordre de venir à Oclies (par Rriquenay et AulliP), pour s'engager ensuite, soit sur la droite, soit sur la gauche, suivant le cas.

La division wurtembergeoise et le XI" cori)s étaient dirigés sur le Cdiesne : la iiremière par Longwé, Roult-aux-Rois et Châtillon; le second par \ouziers el (Juatre-Cham|)s, avec une colonne latérale passant par Terron.

Kniin, le W corps était envoyé à \'ouziers \nmv y cantonnci', dans le moins d'espace possible, sur la rive gauche de l'Aisne.

Pendant ce temps, la cavalerie recevait une série de missions spéciales ; les 5° et (Y divisions étaient chargées d'inquiéter les communications di' l'aimée française .sur ses derrières, vers Touteron et au nord de Voncq. La ^'élaii envoyée par Senuc jusqu'au nord de Riuzancy. Seule la A", laissée derrièi'e le XI" corps, constituait une réserve prête à tout événement.

Pour com])léter cette série de dispositions nellemeni oITensives, l'élat-major

1. La (iuerre franco-nllemanfle, [ja^rc OSfi. C'psI ce (jup imus a|i|)cloiis niaiiiWMiaut iinc piisiiinii rassemblement.

:;. Ibid.

allemand avait décidé que les troupes ne se feraient suivre que de leur train de combat. Le reste demeurait loin, en arrière.

Ainsi cinq corps d'armée se portaient à l'attaque de celles de nos troupes qui n'avaient point encore franchi la Meuse. Les Allemands avaient donc d'ores et déjà une supériorité numérique assurée ; cependant, comme si ne n'était pas encore assez, ils avaient soin de rapprocher le plus possible toutes Jeiirs forces disponibles, et de faire en même temps menacer notre ligne de communication avec Paris. C'était une terrible épreuve qui se préparait là pour le malheureux 5" corps, déjà si ébranlé moralement, et si épuisé par les secousses des jours précédents.

L — Attaque de Bf^\umont.

Les ordres donnés par le prince de Saxe avaient été exécutés ponctuellement. Vers midi, l'avant-garde de la 8° division prussienne débouchait de la lisière nord du bois du Pont-Gérache et faisait occuper la ferme de la Petite-Forêt par une compagnie de chasseurs. « De la hauteur voisine, on distinguait à six cents pas un camp français au sud de Beaumont, puis un second au nord-ouest'. « En même temps, une reconnaissance d'officier saxon rendait compte qu'on n apercevait pas de poste avancé sui' le front des campements, et qu'au dire d'un paysan, les troupes françaises se reposaient en toute confiance. Dans ces conditions, et malgré les ordres du prince de Saxe, le commandant de la 8" division, lieutenantgénéral de Schœler-, se décida à ne pas laisser échapper l'occasion qui s'offrait à lui de tomber sur un adversaire aussi peu sur ses gardes, et donna l'ordre d'attaquer. Le bataillon de chasseurs rejoignit silencieusement sa compagnie déjà postée à la Petite-Forêt, point derrière lequel devait venir se déployer la [i^ brigade aussitôt, qu'elle déboucherait des bois. Les batteries d'avant-garde prirent position à l'est de Bcauséjour, avec l'ordre d'ouvrir le feu dès que la 16° brigade serait déployée. Enfin le régiment de hussards qui marchait avec l'avant-garde fut masqué sous le couvert.

Tout cela s'exécuta sans que le 5° corps en ait perçu le moindre soupçon. Mais voilà qu'au milieu de ses mouvements l'ennemi crut voir dans nos camps une vive agitation et comme les premiers indices d'une prise d'armes ■\ Supposant que sa présence était découverte, le général d'Alvensleben I", commandant du W corps, accouru là aussi, à son avant-garde, pensa qu'il ne devait même ]ias attendre que la IG" brigade ail terminé son déploiement. .\ midi et demi sonnant, il ordonnait à l'artillerie d'entamer l'action, et consommait ainsi cette surprise funeste qui devait avoir de si graves conséquences pour nous.

1. La Guerre franco-allemande, ])ae-e 993. Le sccmul (miii)) étaii roliii do la lirii;ade Maussion.àla Harnoterie.

2. C'était une pratique constante, dan.s les armées allemandes, qu'à proximité do l'ennemi, le i-onimandant de la colonne marchait avec son avant-garde. Elle donnait d'excellents résultats, en ce sens que le commandant pouvait juger par lui-même de la situation, et agir en conséquence.

3. En exécution des ordres du général de Failly, la brigade Maussion, chargée de former l'avantgarde, lovait son camp à ce moment, et se préparait à partir.

Au premier coup de canon, les soldats du 5" corps avaient couru aux armes. Le désordre était à son comble, dans cette masse d'hommes se précipitant aux faisceaux, de chevaux conduits en main jusqu'aux pièces, de conducteurs courant en tous sens avec leurs attelages. La population de Beaumont, effarée et saisie, s'enfuyait pêle-mêle, en poussant des cris d'épouvante, et personne n'était là pour remettre un peu de calme dans cette foule égarée, qui se sauvait à travers les tentes el les parcs. Cependant, les régiments campés au sud de la ville parviennent assez vite à se ressaisir. Les 11" et 46" de ligne (brigade Saurin) se forment en bataille à côté de la brigade Fontanges (50° et 68'); le 4' bataillon de chasseurs se jette en avant, et malgré l'émoi provoqué par une attaque aussi brusque, la défense s'organise « prompte et vigoureuse' », avec une énergie qui montre quelle était la valeur de nos soldats, même dans d'aussi tristes moments. Les avant-gardes prussiennes se creusent de trouées sanglantes. « Quelques instants suffisent pour faire éprouver aux chasseurs prussiens et aux batteries d'avant-garde des perles si considérables que ces dernières ne disposent plus que de deux. ou trois hommes par pièce; les obus portent également jusque sur les troupes encore en marche sous bois-. » Notre artillerie avait réussi, en effet, malgré des difCicullés sans nom, à atteler ses pièces. Les batteries de la division Goze, celles de la réserve avaient pris position sur les collines au nord-ouest de Beaumont, et ouvert un feu violent sur la lisière du bois. Les lignes d'infanterie, complètement formées maintenant, essayent alors de se porter de l'avant. Sous la vigoureuse direction tlu colonel dcBéhagle, du IL', elles se lancent sur la ferme où sont les chasseurs prussiens, qui sont obligés d'appeler à leur aide tous les reid'nrls disponil)les, et de s'organiser défensivement dans la Pctite-Forèt.

A ce moment commenraient à arriver en ligne les batteries dr l'artilleiic de corps et aussi les têtes de colonnes de la 7" division prussienne. Celle dcrnièiv avait débouché sur la ferme Belle-Tour, et iii.erni sur la hauteur de la llaniolcriila brigade Maussion ipii e<unnu-nrail son mouvement de retniile. Son chel, le général de Schwarlzhotf, se conformant aux ordres du jjrinee de Saxe, et ignorant, par suite de la configuration du sol et des i)ois, ce (pii se passait sui' le front de la 8-^ division ainsi que la jirésence du camp français au sud de l'.eauinonl, di'ploya ses troupes, comptant attendre l'arrivée des cidonncs laléiales. Mais, enleudaul tout à coup le canon retentir à sa gauche, il s'cn-agea aussilèl a son tour, l n régiment se |)orta en avant, à la droite de la l'etile-Forèt, avec une baiteri.'; puis, lin instant après, un autre iv-iment accompagné des trois deinières batteries divisionnaires accourut renforcer celte première ligne, et apporter son concours à la

X° division.

L'arrivée de ces troupes fraîches donna au feu des Allemands une intensité nouvelle. Les pertes que nous subissions étaient nombreuses et cruelles. Le colonel de Béhagle, frappé d'une balle qui lui avait traversé le foie et les reins,

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