I.n GnerrP franco-allemande, page
Ce brave sous-officier se nommait Cornuéjnnls.
La charp:e héroïque du 5" cuirassiers coulait 4 ol'iiciers tués : le colonel, le lieutenant-colonel, un chef d'escadrons' et un lieutenant; 7 officiers blessés; il sousofliciers et !M) hommes hors de combat. Les débris des escadrons refoulés vers la Meuse essayèrent de gagner les ponts et les gués; ceux-ci étaient déjà encombrés par le .V corps. Les cavaliers se jetèrent à la nage, mais le courant, qui était 1res fort, les entraîna, en sorte que beaucoup d'hommes et de chevaux furent noyés, sans qu'il ait été possible de leur porter secours. Quant aux Prussiens, ils ne comptaient que quelques hommes légèrement contusionnés, par ceux des chevaux qui étaient armés jusque sur les rangs.
m. — Attaque de Mouzon et fin de la bataille.
Les débris du 5" corps se précipitaient maintenant en désordre vers le pont de Mouzon, sous la protection de la brigade Gourson de la Villeneuve, qui continuait à lutter. Mais déjà le reste de la 8° division prussienne, renforcé de deux bataillons du régiment d'Anhalt et du détachement bavarois, était arrivé à hauteur du mont de Brune. Débordant cette hauteur par l'ouest, toutes ces forces descendirent la vallée de l'Yoncq, firent ouvrir le feu par les deux batteries bavaroises sur des fractions de nos troupes qui essayaient de gagner par Autrecourt le pont jeté au sud de Villers, rendirent celui-ci inabordable, et coupèrent en deux tronçons celte bande désorganisée. Une partie poursuivit sur Villers sa route affolée, l'autre rétrograda sur Mouzon et se blottit derrière des voitures parquées sur la route de Rouffy, entre le moulin et le faubourg.
Un peu après six heures, toute l'infanterie allemande de l'aile gauche reprit l'offensive, que quinze batteries, arrivées successivement en ligne, appuyaient de leur feu. Gagnant du terrain vers le nord, grâce au nombre de bataillons qu'elle pouvait mettre en ligne, cette infanterie atteignit presque aussitôt par sa gauche Ilouffy, captura un convoi abandonné dont une partie avait été précipitée dans la Meuse, et une caisse de l'armée contenant 18,000 francs. Gependant nos bataillons décimés, acculés à la Meuse sans possibilité de la franchir, trouvaient dans leur situation désespérée un regain d'énergie. Des abords du moulin Ponçay, du parc de voitures, parlait une fusillade meurtrière, qui creusait dans les rangs allemands d'énormes vides, encore élargis par les obus lancés de la rive droite. Il fallut près d une heure de lutte acharnée pour que l'ennemi se rendit mailrc de ces deux points, et réussit à atteindre la Meuse. Sur la rive, encombrée d'hommes qui cherchaient le salut dans le fleuve et y trouvèrent presque tous la mort, il capturait encore trois canons abandonnés...
Pendant ce temps, les li'oupes prussiennes marchant sur la voie romaine avaient abordé le faubourg de Mouzon. Là se trouvaient, dans les maisons qui bordent la
1. Colonel de Coiiloiisoii, lioiiteiiaiit-colonel .\s>;ant, coiiiiiiandaiit IJrincourt.
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J. Gran'l-Duc de Mecklembourg. — 2. Général de Gobeii. — 4. Général de Kirclibacli.
riénéral de Fajjricc.
route, deux bataillons du SO' de ligne' (commandants Lamy et de Lamarcodie), ainsi que quelques groupes du 22"='. Derrière, dans la grande rue qui aboutit à la Meuse, ce n'était que désordre, pêle-mêle et déroute. La brigade Courson de la Villeneuve, les cuirassiers de la brigade de Béville, l'artillerie de réserve du 12° corps, les débris du 5' se heurtaient, se bousculaient, s'écrasaient, et dans la masse confuse s'abattaient en sifflant les projectiles allemands... Des chevaux éventrés encombraient la route, et il fallait abandonner les pièces privées d'attelages. Les cadavres s'entassaient dans la boue sanglante, et la nuit qui tombait ajoutait son horreur à l'horreur du tableau...
Les braves gens qui tenaient le faubourg comprirent la portée de leur dévouement et de leur sacrifice. Encouragés par l'exemple des généraux de Failly, l'Abadie d'Aydren, Abbatucci, qui payaient de leur personne en simples soldats, ils tinrent tête jusqu'à complet épuisement au flot sans cesse grossissant de l'ennemi. Le général de Failly venait d'avoir son cbeval tué sous lui; le maréchal des logis Largentier, du 5" hussards, lui donna le sien. On réunit les quelques pièces encore en état de tirer, tandis que, sur la rive droite, le maréchal en personne faisait mettre en batterie ce qui restait de l'artillerie de réserve, et on tint bon, pour permettre l'écoulement, parle pont, de la masse humaine qui s'agitait confusément dans la grande rue. Les batteries, qui n'avaient plus de munitions, essayèrent les premières de franchir la rivière au moyen du gué ; elles y heurtèrent les débris du 5'= cuirassiers, perdirent six pièces et presque un tiers de leurs chevaux. Le capitaine d'artillerie de Tessières, resté avec une seule pièce, sans hommes ni chevaux, servit sa pièce tout seul, et tira à mitraille tant qu'il eut une gargousse. A sept heures du soir, malgré tant d'héroïsme, les assaillants, débouchant de deux directions, s'emparèrent de l'église et du cimetière. Presque au même instant, un détachement jeté vers le sud, à travers les jardins du faubourg, s'emparait, après avoir enlevé maison par maison, du pont lui-même, sur lequel passaient en ce moment les derniers retardataires, protégés par une batterie de mitrailleuses qui en défendait l'entrée. Les Allemands étaient maîtres de toute la rive gauche, mais quand ils voukn-ent lancer à leur tour quelques troupes dans la ville même, une violente fusillade les obligea à rétrograder.
Tandis que ces événements désastreux se produisaient à l'ouest de Mouzon, les fractions isolées qui tenaient encore au nord de Villen-iontry avaient été obligées de se replier aussi vers le faubourg de Mouzon. On' se souvient que, de ce côté, la 13° brigade prussienne et les Saxons avaient longtemps été tenus en échec à la lisière nord du bois Givaudeau. Mais, une fois le mont de Brune tombé au pouvoir de l'aile gauche du IV" corps, les derniers défenseurs des hauteurs de Villemonlry, assaillis à la fois de front et de flanc, durent ai)an(lonner leurs positions. La ferme Givaudeau, dernier point d'appui de la résistance, fut abandonnée, et tandis que les bataillons éparpillés se précipitaient en désordre vers le pont de Mouzon, l'ennemi