Historique du 88" de ligne
Le lieutenant-colonel Démange, amputé de la cuisse, mourut le 12 septembre à l'hôpital de Mouzon. Son corps fut transporté à Bar-le-Duc et inhumé avec tout le respect que méritait sa valeur. Le lieutenant Kelberger avait été tué à l'entrée du faubourg. Quant aux deux autres officiers, ils avaient pu réussir à passer.
W . — La soirée i)V 30 août.
Retraite de l'armée française sur Sedan. — Telle fut cette funeste bataille, véritable prologue du drame plus sanglant encore qui se préparait. Il nous reste, pour en terminer le récit douloureux, à suivre nos corps dans leur retraite, dont la confusion et les péripéties lamentables ne pouvaient déjà laisser subsister aucun doute sur le sort réservé à la tentative que, dans la trop grande loyauté d'une àme chevaleresque, le maréchal de Màc-Mahon avait cru pouvoir poursuivre jusqu'au bout.
d" corps et division Margueritte. — Après avoir installé ses divisions comme il a été dit plus haut, le général Ducrot avait gagné Carignan, où il devait coucher. A peine arrivait-il que le capitaine Bossan, de l'état-major général, venait de la part du maréchal lui apporter l'ordre de couvrir la retraite, qui s'opérerait soit par Douzy, soit par Carignan. « Je ne peux savoir encore ce que je ferai, disait le commandant en chef. Dans tous les cas, que [Empereur parte au plus vite pour Sedan. »
Mais lorsque le général communiqua au souverain ce vœu si impérativement formulé, il se heurta à une résistance marquée. L'Empereur, qui ne connaissait des positions de l'armée que celles du l"' corps, et les trouvait superbes, ne voulait pas ajouter foi au désastre dont on lui communiquait la nouvelle^ sa douleur était telle qu'il ne pouvait prendre aucune détermination, et que son unique pensée pour le moment était de ne pas abandonner l'armée. Dans la soirée cependant, il comprit que sa présence pouvait être une gêne et entraver le libre arbitre du général Ducrot. Il monta en chemin de fer, et arriva à Sedan à onze heures. De la gare, il gagna immédiatement la sous-préfecture où rien n'était préparé pour le recevoir, et assista, l'œil morne et les traits ravagés par la souffrance, fantôme vivant d'une splendeur évanouie, aux préparatifs hâtifs de son installation. « On proposa alors à Sa Majesté de continuer sa route jusqu'à Mézières, où sa jiersonne eût été hors des atteintes de l'ennemi, et d'oii, à la tèle du 13" corps aux ordres du général Vinoy, il pouvait rétrograder sui' Paris. Mais il s'y refusa; il n'avait pas voulu gêner les plans des généraux en chef; il lu- MMihil juis non plus porter le découragement dans l'armée par son départ à l'heure suprême de la iulle; il culendait partager les dangers et le sort de l'armée ^ «
1. .\ ciiii| lieuros trente, au moment même où le S" corps ix'tluait cii dosorilie sur Mouzon, il ti-16grapliiiiit à l'Inipei-atrice : « Il ij a encore eu an petit eni/ai/ement aujourd'linl, aann i/rande importance, et je suis resté à cliecal assez lonr/temps. •>
2. Gonéral Pajol, aide de camp de l'Empereur, Relation de la bataille de Sedan.
Après son entrevue avec l'Empereur, le général Ducrnt attendit de nouveaux ordres; mais estimant, non sans raison, que la seule chance de salut était la ivtraile sur Mézières, et pensant recevoir bientôt des instructions dans ce sens, il lit au préalable filer ses convois vers (jivonne et Illy.
Sur ces entrefaites, le maréchal était parti de Mouzon, dans la soirée, avec le 12° corps et ce qui restait du 5°. Rencontrant près du pont de Douzy les deux divisions Woltî et L'Héritier, laissées là par le général Ducrot, il leur donna directement l'ordre de se porter sur Sedan; en sorte que, de toute l'armée, les deux divisions Pelle et de Lartigue restèrent seules, pendant la nuit du ;iO au 31, campées près de la Chiers, à Garignan.
La division Margueritte avait été, on se le ra|)pelle, dirii^ée dans la journée sur Autreville, pour observer les mouvements delà cavalerie saxonne. Jetée sur la rive droite par le commandant de l'armée de la Meuse. Le soir venu, elle se replia sur Blagny', pour y bivouaquer. Mais là, le général Margueritte reçut un pli du maréchal qui lui recommandait de couvrir la retraite de l'armée, en « laissant à son expérience l'exécution de cette opération délicate ». Le général allait donc prendre ses dispositions en conséquence, quand le commandant du 1" corps, le trouvant trop en ï air, « lui écrivit en lui conseillant de repasser sur la rive droite de la Chiers, et de venir de l'autre côté de Garignan, pour marcher le lendemain sur Sedan, parallèlement à lui. Ainsi fit le général Margueritte'. »
Gelte division de cavalerie, ainsi que les troupes des généraux Pelle et de Lartigue, ne rejoignirent Sedan que dans la journée du 31.
5" et 12" corps. — Les débris du 5° corps, sauf ipielques égarés restés sur la rive gauche et qui gagnèrent Sedan par Villers et Piéinilly, avaient franchi la Meuse pèle-mèle avec les fractions du 1"2° corps envoyées à leur secours. Le désdrdi'c était indescriptible; celte cohue d'hommes brisés de fatigues, d'émotions et de faim, s(; ruait au hasard, sans direction comme sans discipline, siii' la l'niilc (|iii coiuluil de Mouzon à Douzy. Le général de Wimpfeu, ari'ivé de Paris le joui' même pour prendre le commandement du 5° corj)s, venait d'atleiiidie Audilunnnl,- iiuaiul il \it arriver cette foule affolée, roulant au milieu des viiitui-cs, des équipages el des convois. Il s'efforça de l'arrêter, et avec l'aide du général C.onseil-Dumesnil, qui venait avec sa division de franchir la Meuse a \ Ulcrs, il pnl .i^rouper auldui'de lui une force assez sérieuse, à laquelle il lit d'ahoiul disliiliuer (piel(|ues caisses de biscuit prises dans les voitures i[iii passaient''. Puis, sur l'di-ilre du maréchal, il prit la direction de Sedan, au milieu d'un encombrement dont il est difficile de se faire une idée'. A une heure du matin, il pénétrait dans la ville, où le suivaient, par groupes épars, les restes des deux corps d'armée lU'ivés de toute cohésion et